Amenhotep III et Tiyi, le premier couple souverain de l'Égypte ancienne

Au pouvoir pendant 38 ans, le couple a régné sur un empire vaste et prospère de 1391 à 1353 avant notre ère, sous la 18e dynastie égyptienne.

De Teresa Armijo
Publication 18 sept. 2020, 16:22 CEST
Portrait du jeune Amenhotep III, à gauche, portant un khépresh. Musée égyptien du Caire. Le portrait de Tiyi, ...

Portrait du jeune Amenhotep III, à gauche, portant un khépresh. Musée égyptien du Caire. Le portrait de Tiyi, à droite, a été créé après la mort de son mari. Musée égyptien de Berlin

Photographie de Gauche : ARALDO DE LUCA ; Droite : BPK/SCALA, FLORENCE

Le long règne d'Amenhotep III et son épouse royale, Tiyi, fut un âge d'or pour l'Égypte. Au pouvoir pendant 38 ans, le couple a régné sur un empire vaste et prospère de 1391 à 1353 avant notre ère, sous la 18e dynastie égyptienne. Le royaume d'Égypte, qui tirait alors sa richesse de Nubie et du Levant, finança une nouvelle ère de constructions et d'expressions artistiques.

Le règne d'Amenhotep III est l'un des mieux documentés de l'Égypte ancienne. Son père, Thoutmôsis IV, lui transmit un royaume prospère et vaste, puissant et influent. L'empire d'Amenhotep s'est lui étendu sur 1 930 kilomètres, de l'Euphrate dans l'actuelle Syrie jusqu'à la quatrième cataracte du Nil dans l'actuel Soudan. Au début de son règne, Amenhotep mena avec succès des campagnes militaires contre la Nubie, une terre riche en or. Après avoir revendiqué ce nouveau territoire pour l'Égypte, son règne fut principalement pacifique.

Le grand temple de Louxor d'Amenhotep III reste l'un des temples les mieux conservés et les plus admirés d'Égypte.

Photographie de FABRICE CATELOY/AGE FOTOSTOCK

Ce règne placide fut synonyme de production de nombreux documents et archives, à la grande satisfaction des archéologues et historiens. Les premières années de son règne furent documentées à travers une série de scarabées en stéatite qui vantaient les succès d'Amenhotep. Au cours de leur règne, Amenhotep III et Tiyi firent édifier jusqu'à 250 structures massives : des palais, des complexes mortuaires, des temples et des monuments, tous décorés d'œuvres d'art intemporelles qui faisaient le récit du règne du roi. Les trois célébrations du jubilé du roi furent documentées avec moult détails.

Le couple royal a également tenu des registres minutieux de leurs interactions avec les puissances étrangères. Les chercheurs ont notamment pour référence les Lettres d'Armana, un riche trésor de correspondance détaillant les négociations et les affaires entre l'Égypte et ses alliés. Avec ces récits détaillés, notre connaissance de cette période dépasse celle de presque toutes les autres périodes de l'Égypte ancienne, et la vie de Tiyi et Amenhotep peut être aujourd'hui racontée avec plus de détails que celle de n'importe quel autre membre de la famille royale égyptienne.

Une procession porte des figures d'Amenhotep III et de la reine Tiyi. Tombe du prêtre Ameneminet, 18e dynastie.

Photographie de AKG/ALBUM

ARRIVÉE AU POUVOIR

Au pouvoir pendant environ neuf ans, le pharaon Thoutmôsis IV noua de précieuses alliances qui assurèrent la richesse de l'Égypte avant sa mort. Les chercheurs peinent à s'accorder sur l'âge exact d'Amenhotep III au moment où celui-ci a succédé à son père et est devenu pharaon ; beaucoup croient qu'il n'était encore qu'un enfant, âgé de 7 à 12 ans. Le nouveau pharaon étant très jeune, sa mère, la deuxième épouse de Thoutmôsis IV, la reine Moutemouia, assura la régence. Plus tard au cours de son règne, Amenhotep verrait l'histoire de sa conception divine gravée sur les murs du temple de Louxor : le dieu Amon-Rê, sous la forme du pharaon Thoutmôsis IV, rendit visite à Moutemouia, endormie. À son réveil, Amon-Rê annonça : « Amenhotep, gouverneur de Thèbes, est le nom de l'enfant que j'ai placé dans ton corps. Il sera un bon roi pour tout le pays. »

Un scarabée de pierre produit par Amenhotep III donnait à lire le récit de ses chasses au lion. British Museum, Londres

Photographie de RMN-GRAND PALAIS

Les archéologues ont mis au jour de nombreuses amulettes scarabées produites pendant le règne d'Amenhotep pour commémorer des événements extraordinaires. Sculptés dans la stéatite, bon nombre de ces objets en forme de scarabées comportent des inscriptions qui relatent les grandes actions d'Amenhotep III et donnent également un aperçu des différentes périodes de son règne. Plus de 200 artefacts ont été mis au jour sur des sites essaimés dans l'empire égyptien. 

La description vibrante des exploits du pharaon - capable, disait-on, de tuer des dizaines de taureaux sauvages - vantait non seulement ses prouesses et sa force, mais était aussi un avertissement subtil pour tout vassal qui aurait le désir de se rebeller.

Les archéologues se sont également basés sur ces scarabées pour déterminer quand Amenhotep et Tiyi s'étaient mariés. Une autre série d'amulettes a été créée juste pour commémorer l'événement. Cinquante-six d'entre elles ont été mises au jour, et chacune proclame l'union royale avec joie et révérence. 

Alors que les universitaires continuent de débattre des rôles et des origines exacts des parents de Tiyi, il est communément accepté qu'ils étaient nobles et que Tiyi a grandi à la cour. Fiancée au roi à un très jeune âge, Tiyi fut éduquée en vue de devenir reine. Elle était cultivée et possédait sa propre bibliothèque.

De leur union naquirent au moins six enfants : quatre filles, Sitamun, Henuttaneb, Isis et Nebetah ; et deux fils, Thoutmôsis et Amenhotep. Les scarabées de mariage n'attribuent pas une année exacte à la cérémonie, mais d'autres scarabées indiquent que le couple s'est marié avant la deuxième année de règne d'Amenhotep. Ils montrent également que peu de temps après le mariage, Tiyi a été nommée à un rang quasi équivalent à celui du pharaon.

 

ÉPOUSES ROYALES

Les pharaons égyptiens pouvaient prendre de nombreuses épouses, et leur grande épouse royale était la principale d'entre elles. Amenhotep construisit un harem, mais sa relation avec Tiyi resta distincte des autres. Les historiens ont découvert qu'elle exerçait une grande influence à la cour, ce qui était inhabituel pour une femme à cette époque. Son nom figurait sur des actes officiels, notamment l'annonce du mariage d'Amenhotep avec une princesse étrangère. 

À la dixième année de son règne, Amenhotep demanda à plusieurs reprises au roi du Mitanni, dans le nord de la Mésopotamie, de lui accorder la main d'une de ses filles. Et finalement une princesse fut envoyée en Égypte chargée de cadeaux. Pour commémorer son arrivée, une autre série de scarabées fut produite, dont l'un disait :

La grande reine Tiyi... merveilles qui ont été apportées à sa majesté la fille de Suttarna, chef de Naharin [Mitanni]. Gilukhepa et les principales dames de son harem : 317 femmes.

La reine Tiyi fut celle qui annonça la nouvelle épouse du roi, Gilukhepa. Bien que le pharaon épousa une princesse d'Arzawa, deux de Babylone et deux autres pricesses du Mitanni, aucune d'elle n'acquit le statut ou le pouvoir de Tiyi. Souvent, les noms de ces princesses étrangères ont été perdus ou effacés, tandis que la présence de Tiyi, la grande épouse royale, est réitérée dans les sources, ne laissant aucun doute sur l'identité de la femme qui exerçait le pouvoir sur l'Égypte. Un an après l'arrivée de Gilukhepa en Égypte, un autre scarabée annonça le cadeau que le pharaon avait offert à sa grande épouse royale, Tiyi : un lac artificiel construit près de sa ville natale.

 

PARTAGE DU POUVOIR

L'étude des œuvres d'art créées sous le règne d'Amenhotep montre comment l'influence de Tiyi s'est développée au fil des ans. Les premières représentations la montrent comme minuscule ; dans les représentations ultérieures, Tiyi est plus grande et sa tenue plus richement décorée. Dans les représentations du couple royal, elle et Amenhotep font la même taille, symbolisant une relation d'égal à égal. 

Le temple de grès d'Amenhotep III à Soleb en Nubie (actuel Soudan) était le sanctuaire le plus méridional de tous ceux construits par le pharaon. Il a fait construire un temple similaire dédié à la reine Tiyi à Sedeinga, également en Nubie.

Photographie de PANTHER MEDIA GMBH/ALAMY/ACI

Le pharaon incluait par ailleurs sa femme dans les affaires gouvernementales, nationales et internationales. Plusieurs sceaux, qui servaient à sceller les papyrus, ont été retrouvés portant son cartouche royal. Les historiens qui étudient les lettres d'Amarna, une collection de correspondances entre les dirigeants égyptiens et leurs alliés, mettent en lumière des mentions de Tiyi par des dirigeants étrangers, qui l'appelaient par son nom et reconnaissaient ses compétences et son intelligence. L'écriture de la reine démontre qu'elle a peut-être étudié des langues étrangères ; sa correspondance avec le roi Tushratta du Mitanni semble indiquer qu'elle connaissait l'akkadien.

Au cours de son règne de 38 ans, Amenhotep célébra trois jubilés et fit de Tiyi une partie prenante de ces rituels. Tiyi fut la première reine à participer à ces célébrations. À partir de la trentième année du règne d'Amenhotep, les sculptures les représentant ensemble les dépeignent comme remarquablement jeunes. 

L'union d'Amenhotep et de sa reine fut une base sur laquelle le pharaon commanda de grands monuments, des temples, des parcs publics et des palais. Le plus magnifique d'entre eux fut peut-être son temple funéraire, construit sur la rive ouest du Nil près de Thèbes (l'actuel Louxor). Plus grand que tout autre complexe pharaonique, il reste peu de choses de l'ancienne structure massive, endommagée par un tremblement de terre environ un siècle après sa mort. Les pharaons qui succédèrent à Amenhotep pillèrent le site de ses statues et pierres pour édifier leurs propres monuments, et les inondations du Nil finirent de l'endommager. Deux immenses statues d'Amenhotep III se trouvent toujours à l'ancienne entrée du site, où les archéologues ont entamé de nouvelles fouilles pour révéler la splendeur passée du temple.

Le pouvoir partagé entre Tiyi et son mari est représenté dans un relief sur la tombe de l'intendant de Tiye Kheruef à El Assasif, une partie de la nécropole thébaine. Tiyi apparaît à côté du pharaon assis sur une plate-forme surélevée ; dessous se trouvent les peuples liés des États conquis par l'Égypte. L'image est destinée à représenter le pouvoir suprême du pharaon en tant que monarque de l'univers. Sur les reliefs latéraux du trône de la reine, deux prisonnières sont menottées pour souligner l'égalité de la reine avec son mari et leur règne commun. Tiyi apparaît même sous la forme d'un sphinx écrasant les ennemis de l'Égypte, un motif classique utilisé pour représenter les dirigeants masculins triomphants.

Photographie de ARALDO DE LUCA

PAR-DELÀ LA MORT

Amenhotep III mourut en 1353 avant J.-C. et son tombeau (aujourd'hui identifié comme WV22) est situé dans la Vallée des Rois. Après sa mort, Tiyi reçut des lettres de dirigeants étrangers, notamment Tushratta du Mitanni, exprimant leurs condoléances et resserrant leurs liens avec le nouveau monarque, Amenhotep IV, fils du défunt pharaon et de Tiyi, qui changea son nom pour Akhenaton quand il imposa des réformes religieuses au royaume d'Égypte

Tiyi survécut à son mari, mais les chercheurs ne savent pas de combien temps. Sa tombe n'a pas été identifiée, contrairement à celle de sa mère et à celle de son époux. Le tombeau d'Amenhotep a été pillé peu de temps après sa mort, mais les prêtres ont déplacé sa momie pour la protéger des pilleurs. En 1898, des érudits ont mis au jour la momie du pharaon cachée dans KV35, le tombeau de son grand-père Amenhotep II. D'autres momies royales y étaient également cachées, y compris celle d'une femme longtemps restée inconnue. Cette momie a été identifiée bien plus tard par analyse ADN comme étant la reine Tiyi, réunie dans la mort avec son mari.

 

Cet article a initialement paru sur le site nationalgeographic.com en langue anglaise.

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