Histoire

Le chef-d’œuvre de Delacroix aurait été peint avec des restes de momies

Pendant des siècles, les artistes ont utilisé un pigment à base de momies égyptiennes.

De Olivier Liffran

Exposée au Louvre, La Liberté guidant le peuple est l’œuvre emblématique du peintre Eugène Delacroix (1798-1863). Mais les visiteurs du musée sont loin de se douter que ce tableau a probablement été peint avec des restes humains. Du XVIe au XXe siècle, un pigment fabriqué à partir de momies égyptiennes a été utilisé par de nombreux artistes, en raison de son intense couleur brune qui lui a valut son surnom de “brun de momie”.

Dès le XVe siècle, les momies sont exportées en Europe, où elles sont utilisées pour leurs supposées vertus thérapeutiques. Vendues en poudre par les apothicaires, elles avaient la réputation de guérir l’épilepsie, les maux d’estomac et les meurtrissures. Dans son livre “L’Espace de la mort”, l’écrivain Michel Ragon raconte que “François Ier portait ainsi toujours sur lui un petit paquet de momie pulvérisée avec de la rhubarbe, prêt à être absorbé en cas de chute”. Mais cet usage médical est progressivement détourné par les peintres, qui mélangent des résidus de cadavres avec de l’huile sèche ou du vernis.

Cette pratique prend un nouvel essor à la faveur de la campagne d’Égypte menée par Napoléon à la fin du XVIIIe siècle. De nombreuses cargaisons de momies arrivent illégalement en Europe. Certains cadavres sont transformées en pigment ; d’autres servent d’engrais pour les cultures ou de carburant pour les moteurs à vapeur, grâce à leur contenance en charbon.

Au XXe siècle, les stocks de momies s’amenuisent. En 1933, le principal fournisseur de “brun de momie”, la compagnie américaine C. Roberson and Co, cesse de le proposer dans son catalogue. Les scientifiques ne peuvent pas encore déterminer avec certitude quelles sont les peintures réalisées avec du “brun de momie”. Mais il y a fort à parier que des restes d’anciens Égyptiens hantent encore les toiles du musée du Louvre.

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