Léonard de Vinci : les cinq visages d’un génie complet

Cinq cents ans après la mort de l’artiste, la créativité et l’intuition de Léonard de Vinci dans le domaine des sciences, des arts et des techniques étonnent encore. Zoom sur les talents hors norme du savant italien de la Renaissance.

De Rédaction National Geographic
C’est à Florence que Léonard de Vinci se fait connaître par son talent prodigieux et reçoit ses premières commandes. S’offrir ses services constitue alors « un ornement, un symbole de pouvoir », selon l’historien des sciences Paolo Galluzzi. À gauche, Valter Conti, un artiste de rue italien, grimé en Léonard de Vinci, se dirige d’un pas tranquille vers la Galerie des Offices, où il prendra la pose pour les touristes.
C’est à Florence que Léonard de Vinci se fait connaître par son talent prodigieux et reçoit ses premières commandes. S’offrir ses services constitue alors « un ornement, un symbole de pouvoir », selon l’historien des sciences Paolo Galluzzi. À gauche, Valter Conti, un artiste de rue italien, grimé en Léonard de Vinci, se dirige d’un pas tranquille vers la Galerie des Offices, où il prendra la pose pour les touristes.
photographie de PAOLO WOODS et GABRIELE GALIMBERTI

L’ANATOMISTE

Sur ce feuillet, Léonard de Vinci décrit les os et les muscles du bras, de l’épaule et du pied.
Sur ce feuillet, Léonard de Vinci décrit les os et les muscles du bras, de l’épaule et du pied.
photographie de ROYAL COLLECTION TRUST/© SA MAJESTÉ LA REINE ÉLISABETH II, 2018

Grand observateur du monde naturel, Léonard de Vinci entreprend des expériences pour en comprendre le fonctionnement, se penchant notamment sur le cycle de l’eau. Il étudie la façon dont le liquide parvient au sommet des montagnes et finit par conclure qu’il circule grâce à l’évaporation, aux nuages et à la pluie.

Décidé à comprendre chaque fibre du corps humain, l’homme s’intéresse aussi à l’anatomie. Léonard dissèque des cadavres et, avec des siècles d’avance, décrit le mésentère, une structure en éventail qui relie le petit et le grand intestin à la paroi postérieure de l’abdomen, ou les valves cardiaques. Il souhaite publier un traité complet sur la discipline, mais ne le fera jamais. S’il l’avait fait, il serait peut-être devenu le père de l’anatomie moderne.

 

L’INGÉNIEUR

Sur une page du Codex Atlanticus, l’un de ses carnets de travail, il esquisse une aile mécanique.
Sur une page du Codex Atlanticus, l’un de ses carnets de travail, il esquisse une aile mécanique.
photographie de VENERANDA BIBLIOTECA AMBROSIANA/BRIDGEMAN IMAGES

Fasciné par les principes de la conception technique, Léonard dessine des plans de ponts, de bâtiments et d’engins militaires. Ses inventions sont souvent conceptuelles, élaborées pour des mécènes ou pour le plaisir. Ses talents d’ingénieur se retrouvent dans d’innombrables croquis, à travers lesquels il cherche à améliorer des éléments ordinaires tels que la vis, la roue ou le ressort.

Poussé par ses mécènes et par sa fascination pour les outils qui amplifient la force humaine, bien qu’il soit pacifiste, le savant conçoit des armes : mitrailleuse à ressort, char d’assaut en bois ou encore machine à déchiqueter les voiles des mâts des navires ennemis.

Mais il rêve par-dessus tout d’inventer une machine volante. Pour y parvenir, il observe de près le vol des oiseaux et des chauves-souris. Cette obsession occupera ses travaux pendant plus de vingt ans. Même s’il n’a pas pu concrétiser ces projets de son vivant, les deux machines volantes qu’il a conçues (un planeur et une sorte d’équipement ailé) se sont avérées fonctionnelles bien des siècles plus tard.

 

LE PEINTRE

Récemment restauré, L’Adoration des mages révèle des coups de pinceau, des couleurs et des détails longtemps restés dissimulés sous la poussière et le vernis jauni. Commandé en 1481, le tableau, inachevé, dévoile la façon de travailler de Léonard. Il est exposé à la Galerie des Offices.
Récemment restauré, L’Adoration des mages révèle des coups de pinceau, des couleurs et des détails longtemps restés dissimulés sous la poussière et le vernis jauni. Commandé en 1481, le tableau, inachevé, dévoile la façon de travailler de Léonard. Il est exposé à la Galerie des Offices.
photographie de Paolo Woods et Gabriele Galimberti

Les données scientifiques recueillies par Léonard dans ses carnets inspirent chacun de ses coups de pinceau. Ses études anatomiques, par exemple, lui permettent de connaître en profondeur la biologie des expressions faciales.

Son analyse de l’ombre et de la lumière l’aide également à éclairer les formes avec une délicatesse incomparable. Il abolit les lignes de contour traditionnelles, en mettant au point la technique du sfumato (« enfumé »), un travail visant à adoucir les bords des personnages et des objets, caractéristique de la peinture Renaissance.

Ses connaissances en optique et en géométrie aboutissent à une représentation ingénieuse de la perspective, qui s’illustre dans La Cène. Son sens de l’observation lui permet, enfin, de traduire une profondeur émotionnelle chez ses personnages, jamais vue à l’époque.

 

LE MUSICIEN

Léonard étudie l’acoustique, chante et improvise des mélodies sur sa lyre à bras (un instrument à cordes et à archet de la Renaissance). Il conçoit également divers instruments de musique, dont des tambours, des cloches et des bois. À gauche, il explore des idées pour une combinaison clavier-cordes, appelée viola organista.
Léonard étudie l’acoustique, chante et improvise des mélodies sur sa lyre à bras (un instrument à cordes et à archet de la Renaissance). Il conçoit également divers instruments de musique, dont des tambours, des cloches et des bois. À gauche, il explore des idées pour une combinaison clavier-cordes, appelée viola organista.
photographie de VENERANDA BIBLIOTECA AMBROSIANA/BRIDGEMAN IMAGES

Parmi ses nombreuses activités, Léonard improvise des mélodies sur la lira da braccio (« lyre à bras »), un instrument à cordes de la Renaissance. Il étudie les complexités de l’acoustique et de la conception musicale. Il conçoit également divers instruments de musique, dont des tambours, des cloches, des bois et imagine une viola organista, un instrument qui combine un clavier et des cordes frottées, comme celles des violons.

En 2009, le pianiste polonais Sławomir Zubrzycki est subjugué par la possibilité qu’un unique instrument permette de fusionner deux familles musicales. Il se lance dans sa fabrication. Le résultat est spectaculaire. Cet instrument allie la capacité polyphonique d’un clavier (ce qui lui permet de jouer plusieurs mélodies à la fois) à la sensibilité et à la gamme émotionnelle des cordes. Il ressemble à un piano à queue miniature, mais produit un son comparable à celui de tout un ensemble de cordes, éclatant et joyeux. En musique, comme en tout, Léonard ne se satisfaisait jamais de la norme.


LE CARTOGRAPHE

Représentation d’une région de Toscane par Léonard de Vinci.
Représentation d’une région de Toscane par Léonard de Vinci.
photographie de ROYAL COLLECTION TRUST/© SA MAJESTÉ LA REINE ÉLISABETH II, 2018

Cinquième facette du génie de Léonard de Vinci : la cartographie. Cette représentation d’une région de Toscane montre la capacité de Léonard de transmettre des informations géographiques à travers l’art. Des siècles avant que la photographie aérienne et la programmation de haute technologie révolutionnent le domaine, le savant italien crée des vues de villes et de paysages, qui semblent être saisies depuis le ciel.

On pourrait encore trouver bien d’autres disciplines auxquelles le Florentin s’est intéressé. Domenico Laurenza et Martin Kemp ont ainsi collaboré à une nouvelle analyse du Codex Leicester, l’un de ses carnets de travail, qui révèle qu’il a également participé à la naissance de la géologie moderne. Il y explique, bien des siècles avant que ne soit avancée la théorie de la tectonique des plaques, comment se forment les montagnes et la raison de la présence de fossiles dans les couches géologiques. De même que Léonard n’entrevoyait pas de fin à sa quête de connaissance, ses carnets n’en finissent pas de livrer de nouvelles révélations sur ses intuitions visionnaires.


Dans le numéro 236 du magazine National Geographic, un hommage au génie de la Renaissance à l’occasion des cinq cents ans de sa mort.

Lire la suite