Thaïlande : course contre-la-montre pour secourir les enfants coincés dans une grotte

L'état de santé des enfants, les passages submergés dans la grotte et les fortes pluies prévues dans la région compliquent les opérations de sauvetage.jeudi 5 juillet 2018

Les 12 derniers jours ont été particulièrement éprouvants pour la jeune équipe de football thaïlandaise retrouvée dans une grotte. Coincés dans cette dernière depuis plus d'une semaine, un défi dangereux les attend dans les jours à venir : sortir de la grotte en plongeant dans ses tunnels submergés.

La grotte, accessible pendant la saison sèche, se remplit souvent d'eau lors de la mousson, qui s'étale de juillet à octobre en Thaïlande. C'est à cause des fortes pluies que les enfants se sont retrouvés pris au piège dans la grotte où ils s'étaient réfugiés pour s'abriter de la montée rapide des eaux.

Les secours ont essayé, en vain, de pomper l'eau pour libérer un chemin de sortie. Pour le moment, un seul itinéraire de sortie est possible entre le monde extérieur et la petite cavité où se trouvent les douze enfants et leur entraîneur : il consiste à emprunter les passages submergés et parfois étroits de la grotte en plongeant.

Le petit groupe a été retrouvé au fond de la grotte Tham Luang en Thaïlande, où ils étaient bloqués depuis 10 jours. La marine thaïlandaise a bénéficié du soutien d'autres pays pour ratisser la zone où les enfants étaient coincés. Ce sont des plongeurs britanniques qui les ont retrouvés, enfoncés à presque 5 km dans la grotte.

Maintenant que les enfants et leur entraîneur ont été retrouvés, il convient de déterminer quel est le meilleur moyen de les sortir de la grotte. Il existe deux possibilités : apprendre aux enfants la plongée souterraine et les faire remonter à la surface à la nage accompagné d'un sauveteur ou leur demander de patienter encore quatre mois avant de voir la lumière du jour, le temps que la mousson s'achève et que le niveau de l'eau dans la grotte descende.

Chaque option a son lot de difficultés.

Si les enfants patientent pendant quatre mois, comme l'explique le New York Times, malgré la nourriture et la lumière artificielle, ils risquent de développer des infections, de se blesser ou de souffrir de dommages psychologiques.

La deuxième option, celle qui consiste à les faire remonter en plongée souterraine est également dangereuse. L'inexpérience des enfants et leur état de fatigue pourraient compromettre leur sécurité lors de la remontée. De plus, il faut d'abord trouver le bon équipement pour les enfants et leur entraîneur, le descendre et ensuite préparer le petit groupe aux difficultés qu'ils rencontreront sur leur chemin.

Carsten Peter, photographe National Geographic qui a déjà fait de la plongée souterraine, précise qu'en temps normal, cette activité est déjà difficile. Mais il est particulièrement dangereux de plonger à Tham Luang, en raison de la mauvaise visibilité et des passages étroits de la grotte. Le photographe ajoute que si les sauveteurs parviennent à pousser ou tirer chaque enfant à travers les passages, ils risquent quand même d'être séparés de l'enfant si quelque chose se passe mal.

Le groupe ne pourra pas faire la remontée ensemble en tout cas, à cause de l'étroitesse de nombreux passages. Les sauveteurs devront peut-être faire plusieurs allers-retours, remontant un enfant à la fois ou par petits groupes. Ces nombreux trajets compliqueront encore plus le sauvetage : à chaque passage, les sédiments des tunnels seront remués et la visibilité en pâtira. Ce problème est très fréquent en plongée souterraine.

Comme si la mauvaise visibilité ne suffisait pas, la mobilité posera aussi un problème. Dans les passages étroits, les plongeurs pourraient avoir des difficultés à remonter à la surface et risquent de devoir se tortiller pour passer dans les trous étroits. Ils devront aussi peut-être retirer leur bouteille d'oxygène, la pousser devant eux ou bien la tirer pour progresser.

La condition physique des enfants peut aussi jouer sur l'opération de sauvetage. « Apparemment, les enfants sont très faibles », a confié Carsten Peter. « Ils n'ont pas mangé depuis une dizaine de jours. Ils vont bien mentalement mais ils sont très, très faibles et ont du mal à se tenir debout ».

Ménager leurs émotions et leur santé mentale est donc aussi important que leur condition physique. Les enfants pourraient paniquer en nageant dans les passages submergés et devenir un danger pour eux-mêmes, mais aussi pour leurs sauveteurs.

« Une partie de l'équipe n'a aucune expérience de plongée. Certains enfants ne savent même pas nager », ajoute le photographe. « Ce sauvetage va beaucoup dépendre de leur mental. Si vous avez déjà fait de la plongée et que vous avez confiance en l'équipement, alors ce sera moins inquiétant. Mais si vous avez peur de l'eau, vous risquez de paniquer et en paniquant, vous respirez plus, donc consommez plus d'oxygène. Les réserves des bouteilles d'oxygène sont alors réduites et votre panique peut aussi mettre en danger les sauveteurs ».

Le temps est compté : d'après le photographe, de la pluie est prévue dans les jours qui viennent là où se trouve la grotte. Le niveau de l'eau à l'intérieur de celle-ci pourrait donc augmenter durant les opérations de sauvetage.

« J'ignore s'ils doivent plonger contre le courant ou bien le descendre », a-t-il ajouté. « Cela pourrait poser un gros problème, surtout s'il pleut encore ».