Sciences

Le fossile d’un ancêtre du Tyrannosaurus rex mis au jour dans l’Utah

Ce prédateur dégingandé aide les paléontologues à comprendre comment les tyrannosaures sont parvenus au sommet de la chaîne alimentaire du Crétacé. Vendredi, 22 février

De Michael Greshko

Arpentant l’actuelle Amérique du Nord d’un pas lourd, le puissant Tyrannosaurus rex était le « roi des lézards tyrans ». Mais il s’avère que ses ancêtres n'étaient pas à la hauteur de cette réputation. Petits, dégingandés et rapides, ils étaient faits pour vivre dans l’ombre de carnivores bien plus imposants.

Un fossile mis au jour dans l’Utah aide aujourd’hui les paléontologues à mieux comprendre comment les tyrannosaures de la région, sont passé de roturiers au statut de princes. Pesant environ 80 kg et mesurant moins d’1,5 m, la nouvelle espèce, nommée Moros intrepidus, est l’un des plus petits dinosaures de son genre qui vivaient au Crétacé, il y a entre 145 à 66 millions d’années.

Vieux de 96 millions d’années, Moros intrepidus est aussi le plus ancien squelette de tyrannosaure du Crétacé excavé dans cette région : il a 15 millions d’années de plus que l’ancien détenteur du record.

« Moros nous aide à comprendre pourquoi, quand, où et comment les tyrannosaures se sont hissés au sommet de la chaîne alimentaire en Amérique du Nord », explique Lindsay Zanno, paléontologue au Musée des sciences naturelles de la Caroline du Nord. C’est son équipe qui a dévoilé le fossile le 21 février dans la revue Communications Biology.

Il n’est donc pas surprenant que le nom de genre de ce dinosaure soit Moros, d'après la divinité grecque personnifiant un sinistre imminent.

 

DES FOSSILES EXTRÊMEMENT RARES

À l’aube du Crétacé, les tyrannosaures ne ressemblaient guère aux titans que nous visualisons aujourd’hui. C'étaient de petits prédateurs dégingandés qui chassaient aux côtés de dinosaures carnivores bien plus imposants, les allosaures. Mais il y a 80 millions d’années, ces derniers avaient disparu et les tyrannosaures ont énormément grandi, multipliant par 10 leur taille. Ils ont alors pu prendre de façon spectaculaire la place des allosaures au sommet de la chaîne alimentaire.

Mais la manière dont les tyrannosaures d’Amérique du Nord sont devenus aussi impressionnants demeure encore un mystère, car les archives de fossiles du continent datant du Crétacé moyen sont très peu fournies. Hormis la mise au jour de quelques dents isolées, les paléontologues n’avaient découvert aucun squelette de tyrannosaure d’Amérique du Nord datant d’il y a 150 à 88 millions d’années.

Par conséquent, les chercheurs, dont Lindsay Zanno, ont poursuivi les fouilles dans des formations rocheuses du Crétacé moyen. Et en 2013, la paléontologue a touché le jackpot : alors qu’elle marchait sur un site de la formation de Cedar Mountain, située dans le centre de l’Utah, où elle menait des fouilles, elle a aperçu des os de membres qui sortaient d’un flanc de coteau.

« Cela fait 10 ans que nous ratissons cette zone et ce sont les seuls ossements de cet animal que nous avons mis au jour », indique-t-elle. « L’équipe a eu besoin d’énormément de temps et de beaucoup de chance. »

 

UN DINOSAURE GLOBE-TROTTEUR

Les os du pied de Moros sont si minces que le spécimen semble même plus dégingandé que les jeunes des espèces de tyrannosaures plus imposantes qui apparaîtraient par la suite. Mais Moros n’était pas un juvénile : en étudiant de près les sections transversales de ses os, les scientifiques ont estimé que le dinosaure était âgé d’au moins six ou sept ans au moment de sa mort et qu’il s’agissait donc d’un spécimen presque adulte.

Le minuscule fossile indique que les tyrannosaures d’Amérique du Nord ont conservé une petite taille au moins jusqu’à l’époque de Moros. Par conséquent, pour devenir les monstres que l’on voit au cinéma, les tyrannosaures auraient réalisé un sprint évolutionnaire en seulement 16 millions d’années. La patte arrière de Moros révèle aussi des caractéristiques adaptées à la course, les mêmes que celles observées chez de plus gros tyrannosaures apparus ultérieurement.

« C’est cela qui rend Moros si important ; il est le premier exemple de tyrannosaures qui finiront par devenir les dinosaures imposants que nous connaissons », explique Thomas Carr, paléontologue au Carthage College et spécialiste des tyrannosaures qui n’a pas pris part à l’étude.

De plus, Moros ressemble beaucoup aux tyrannosaures qui vivaient en Asie au Crétacé précoce. L’étude suggère donc que les ancêtres de Moros auraient franchi un pont terrestre reliant l’Asie à l’Amérique du Nord. Ce type d’échange entre les deux continents est très bien documenté chez d’autres groupes de dinosaures. En l’honneur de son périple, les scientifiques ont donné à Moros le nom d’espèce intrepidus.

Maintenant que le fossile de Moros a été découvert, Lindsay Zanno a hâte d’en savoir plus sur son habitat marécageux. Moros a été mis au jour dans des roches similaires à celles dans lesquelles étaient emprisonnés un allosaure massif du genre Siats et plusieurs dinosaures herbivores, dont certains qui devaient vraisemblablement vivre dans des terriers. La paléontologue collabore également avec des chercheurs pour étudier les fossiles de végétaux de la zone.

« Avec un peu de chance, nous allons faire toute une série de découvertes qui vont nous permettre d’en apprendre plus sur cet écosystème disparu du Crétacé. »

 

Cet article a initialement paru sur le site nationalgeographic.com en langue anglaise.

Lire la suite