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À qui profite le big data ?

15 ans ont été nécessaires à l’aboutissement du premier séquençage du génome humain, qui s’élevait alors à plus de 2,5 milliards d’euros. Il peut aujourd’hui être réalisé en une journée pour moins de 1 800 euros. C’est là tout le pouvoir de l’informatique Mardi, 28 mai

De Jon Heggie

Alors que le réveil de votre smartphone retentit, vous le balayez d’un doigt pour « snoozer », ou repousser l’échéance. Mais au cours des minutes qui séparent votre lit de votre douche, vous êtes loin d’être inactif. Vous consultez votre calendrier et confirmez une réunion par e-mail. Vous regardez le temps qu’il fait, prévoyez votre trajet sur une application et envoyez un message à un collègue. Après une rapide recherche sur Internet au sujet de la réunion à laquelle vous êtes sur le point d’assister et un coup d’œil à l’actualité afin de démarrer la conversation, il vous reste le temps de poster quelque chose sur les réseaux sociaux. Lorsque le réveil sonne à nouveau, vous avez généré une quantité considérable de données. Le tout sans poser le pied hors du lit.

À l’heure où le monde est de plus en plus connecté, nous produisons 2,5 trillions d’octets de données par jour, une quantité d’informations numériques proprement ahurissante. Nous envoyons plus de 16 millions de SMS, 156 millions d’e-mails et partageons plus d’une centaine de millions de photos et de vidéos. Notre univers numérique représentera bientôt 44 zettaoctets de données – soit 44 billions de gigaoctets –, dont 90 % ont été générés au cours des deux dernières années. En 2005 déjà, l’idée circulait que ces données dissimulaient des schémas, des liens et des informations clefs susceptibles d’être utiles et rentables. Le big data était né.

L’expression désigne d’énormes ensembles de données d’une extrême complexité qui dépassent les possibilités des outils informatiques classiques. Défini à l’origine par trois V pour grand Volume, grande Vitesse et grande Variété, le big data requiert un V supplémentaire pour être mis à profit : celui de Valeur. La science des données est passée à un tout autre niveau grâce à des ordinateurs toujours plus puissants, des logiciels avancés et des algorithmes compliqués qui passent au crible des téraoctets, des pétaoctets et des exaoctets de données souvent déstructurées jusqu’à dénicher la perle : une information fiable et précieuse. Il s’agit d’un marché mondial aux revenus avoisinant les 200 milliards de dollars (plus de 176 milliards d’euros). Mais à qui profite le big data ?

Alors que son coût et sa complexité le cantonnaient au monde des grandes entreprises à ses débuts, le cloud computing et les technologies en accès libre telles que Hadoop ont réduit les coûts de façon exponentielle. Les mégadonnées – l’autre nom du big data – sont désormais accessibles à la plupart des organisations, quelle que soit leur taille, des PME aux gouvernements, en passant par les agriculteurs locaux et les organismes médicaux internationaux. Tous exploitent ses capacités infinies en vue d’atteindre leurs objectifs plus rapidement et plus efficacement. Devenues omniprésentes, les mégadonnées impactent chaque aspect de notre vie.

Le commerce de détail fut l’un des premiers secteurs à tirer profit du big data, révolutionnant l’expérience d’achat afin de répondre aux attentes des consommateurs férus de technologie. Armées d’une quantité gigantesque d’informations, les enseignes connaissent leurs clients sur le bout des doigts, leur permettant ainsi de prévoir les tendances, de choisir un produit qui sera plébiscité, de s’assurer de sa disponibilité, de le vendre à un prix compétitif et de le commercialiser auprès de la bonne clientèle – quitte à leur envoyer des SMS annonçant des promotions suite à leur déplacement à proximité d’un magasin. S’emparant de l’opportunité, le géant mondial de la grande distribution Walmart a récemment fait construire un data center à même de gérer 2,5 pétaoctets d’informations liées à ses magasins par heure. De même, la chaîne de magasins américaine Macy’s attribue au big data de meilleures interactions avec ses clients, se traduisant par une hausse de 10 % des ventes en magasin.

En 2012, l’administration Obama annonçait d’ores et déjà l’investissement de 200 millions de dollars (plus de 176 millions d’euros) dans des projets liés au big data. Un grand nombre de gouvernements à travers le monde y ont recours en vue de redoubler d’efficacité dans de nombreux domaines. Le maintien de l’ordre fait partie de ces secteurs clefs ; les systèmes de reconnaissance automatisée de plaques d’immatriculation permettent d’identifier, de suivre et d’intercepter des véhicules recherchés, tandis que l’analyse prédictive peut être utilisée pour calculer les zones sensibles et déterminer les responsables de certains crimes. Avec 20 000 caméras de vidéosurveillance pour quadriller le seul quartier de Manhattan, notre capacité à analyser un nombre considérable d’images et à surveiller les conversations en ligne d’internautes du monde entier pourrait être déterminante lorsqu’il s’agit de déjouer une attaque terroriste.

Des cultures à notre table, les mégadonnées sont en train de révolutionner l’agriculture grâce aux informations fournies par d’innombrables capteurs qui contrôlent le sol, les cultures, les animaux et les machines à toutes les étapes de l’exploitation agricole. Des prévisions météorologiques à la qualité du sol, en passant par les zones les plus fertiles et le moment le plus opportun de réaliser certaines interventions (quantité de pesticides, irrigation supplémentaire), autant de renseignements utiles sont apportés par ces indications. Aux États-Unis, le ministère de l’Agriculture a eu recours au big data afin d’accroître le rendement des cheptels laitiers. Il a analysé les données génétiques de taureaux et identifié parmi eux les plus susceptibles de procréer des vaches à haut rendement.

Le milieu médical est sans conteste l’un des domaines où les mégadonnées sont les plus utiles. Les dossiers médicaux numérisés, les rapports de recherche et même les vêtements représentent une mine d’informations sur la santé d’individus et de populations tout entières. Outre la réduction des coûts, chiffrée à des centaines de milliards de dollars aux États-Unis uniquement, l’analyse de données de santé permet de prévoir l’apparition d’épidémies, de se prémunir de décès évitables, d’accroître la qualité de vie ainsi que de détecter, comprendre et soigner des maladies, notamment le cancer. Un patient atteint d’un cancer peut générer jusqu’à un téraoctet de données. Mises bout à bout, ces informations déterminent la recherche des traitements les plus efficaces. Ainsi, un antidépresseur très répandu a été découvert comme étant une solution potentielle contre le cancer du poumon.

À l’heure actuelle, il est estimé que seules 0,5 % des données accessibles de par le monde sont analysées et exploitées. Avec des volumes appelés à doubler tous les deux ans, autant dire qu’il sera difficile de suivre le rythme. Mais l’évolution et le perfectionnement permanent des technologies de traitement des mégadonnées laissent présager de grandes choses. L’exploitation de ces quantités inimaginables d’informations ne fait que commencer. Alors que nous sommes encore loin d’avoir saisi toute la mesure de son potentiel, les bénéfices à l’échelle de l’individu et de la planète se font déjà ressentir. Anticiper les pannes mécaniques, entraîner des modèles d’apprentissage automatique, obtenir des informations exploitables en temps réel : à l’avenir, les possibilités du big data semblent aussi infinies et universelles que le big data lui-même.

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