Vivre plus longtemps, mais surtout mieux

Vous visualisez votre futur « vous » qui sirote, assoiffé, une boisson énergisante au terme de son footing quotidien. vendredi 23 août 2019

Comment activer les genes qui nous font rester jeunes
Comment activer les genes qui nous font rester jeunes

Vos capteurs indiquent une fréquence cardiaque raisonnablement élevée. Alors que vous commencez vos étirements, vous sentez une fatigue saine, revigorante, s’emparer de vous. De toutes les choses que vous vous attendiez à faire lorsque vous seriez vieux, un programme d’exercice physique strict n’avait jamais été bien haut sur la liste. Toutefois, vous savez qu’il vous permet de vivre non seulement plus longtemps, mais mieux.

La population mondiale vieillit. D’ici 2050, plus de 2 milliards de personnes auront plus de 60 ans et plus de 430 millions auront dépassé les 80 ans, soit 2 fois plus qu’aujourd’hui. Pour la première fois de l’histoire, la majorité d’entre nous peut s’attendre à vivre jusqu’à 60 ans minimum, voire plus de 100 ans pour les bébés qui naissent aujourd’hui. Cette extraordinaire opportunité n’est toutefois pas sans conséquences. À mesure que nous vieillissons, nous sommes davantage exposés aux maladies, nos besoins médicaux se multiplient et se complexifient, engendrant ainsi une hausse du coût de la vie couplée à une diminution de notre qualité de vie. En plus d’être invalidantes, de nombreuses maladies chroniques associées à la vieillesse, telles que l’arthrose ou la démence sénile, sont également incurables et exigent des soins au long cours. Alors que des traitements efficaces contre le cancer et les maladies cardiovasculaires allongent notre durée de vie, si nous ne nous préparons pas sur les plans physique, mental et financier à vivre plus longtemps, cette supposée bénédiction pourrait bien se transformer en fléau.

Bien que l’espérance de vie moyenne ait atteint les 72 ans, rien n’indique que les personnes âgées sont aujourd’hui en meilleure santé que leurs parents. Le vieillissement est dû à la détérioration des cellules et des molécules qui s’accumulent au fil du temps. Cette dégradation réduit progressivement les capacités physiques et mentales et accroît les risques de maladie. Toutefois, le vieillissement biologique ne repose que partiellement sur l’âge d’une personne : deux septuagénaires ne seront jamais identiques. Si la génétique joue un rôle prépondérant dans la façon qu’a notre corps de vieillir, notre environnement physique et social, notre sexe, notre origine ethnique et notre statut socioéconomique influent tout autant. Ces facteurs entraînent l’adoption ou non de comportements sains – que ce soit en matière d’exercice physique, de régime alimentaire, de santé mentale, de mode de vie – potentiellement essentiels au maintien des fonctions cognitives et des capacités physiques ainsi qu’au retardement de la dépendance. Nous avons en réalité bien plus de contrôle sur notre état de santé futur que nous le pensons. En effet, prendre soin de soi dès le plus jeune âge risque d’être bénéfique lors de notre vieillesse prolongée.

L’exercice physique est sans doute le meilleur moyen de se maintenir en forme sur le long terme. L’activité physique réduit les risques de développer de nombreuses maladies chroniques, l’obésité et le cancer, et atténue les symptômes du diabète, de l’arthrite ainsi que de la maladie d’Alzheimer. Le cardio à faible intensité, comme dans le cas d’une promenade rapide, fait monter notre fréquence cardiaque au-delà de 105 battements par minute – stade auquel l’organisme brûle la graisse corporelle pour produire de l’énergie – et favorise ainsi le maintien d’une masse corporelle saine. Selon certaines études, nous perdons environ 1 % de masse musculaire par an à partir de 50 ans. Mais ce n’est pas une fatalité : il est possible de la maintenir à niveau grâce à un entraînement de faible intensité. Au fil des années, nos muscles se raidissent naturellement et altèrent alors notre mobilité, un problème qu’exacerbent la sédentarité mais aussi l’excès d’exercice. Nous pouvons néanmoins y remédier au moyen d’exercices physiques quotidiens ou de la pratique du yoga – les étirements protègent non seulement les muscles, le cartilage, les tendons et la colonne vertébrale mais décuplent aussi notre résistance face aux blessures. Toute forme d’exercice est la bienvenue et des activités quotidiennes comme le ménage ou le jardinage nous permettent de rester en forme et de conserver notre autonomie plus longtemps.

Notre alimentation change la donne puisque nous sommes ce que nous mangeons. Un régime alimentaire équilibré à base de glucides, de lipides et de protéines nous assure l’énergie dont notre corps a besoin pour être en bonne santé. Si la composition de ce régime fait débat, la consommation d’aliments colorés divers et variés à chaque repas garantirait les vitamines, minéraux et antioxydants nécessaires à l’organisme. Ce que nous buvons est tout aussi essentiel – selon plusieurs études, le café réduirait les risques de démence, par exemple. Si la modération est de mise en matière d’alcool et de caféine, nous ne pouvons absolument pas nous passer d’eau plate. La consommation d’eau en grande quantité prévient presque n’importe quelle maladie. En effet, un organisme bien hydraté élimine les toxines, réduit l’inflammation, assouplit les articulations, favorise le bon fonctionnement du métabolisme, génère de l’énergie et améliore la digestion ainsi que les capacités cognitives.

L’importance accordée à notre condition physique vaut également pour notre santé mentale. Alors que le stress accélère le vieillissement des cellules et menace notre système immunitaire, le stress chronique peut faire le lit des problèmes cardiaques, du diabète, de l’obésité, du cancer, de l’asthme, de la dépression et de la maladie d’Alzheimer. Apprendre à gérer son stress, que ce soit à travers la méditation ou tout simplement en levant le pied, peut changer la donne. De même, les interactions sociales régulières avec notre famille, nos amis ou notre communauté, la poursuite d’objectifs et la recherche de nouvelles expériences peuvent contribuer à retarder un éventuel déclin cognitif. La démence représente une bombe à retardement pour le système de santé puisqu’on estime que le nombre de cas devrait presque doubler d’ici 2030, pour atteindre 74 millions de personnes à travers le monde. Les exigences en matière de soins médicaux sont extrêmement élevées : les soins apportés aux personnes souffrant de démence représenteraient la 18e plus grande économie au monde s’ils étaient un pays.

Le vieillissement de la population constituera l’une des transformations sociales les plus importantes de notre siècle. Nous devons nous préparer à vivre bien plus longtemps que ce que nous imaginons, ce qui implique de prendre soin de notre futur état de santé en jouant sur les facteurs que nous pouvons contrôler. Si nous n’aimons pas songer à vieillir, peut-être devrions-nous réfléchir à la façon dont nous pourrions rester jeunes plus longtemps. Comme le disait l’ancien président américain Theodore Roosevelt à l’époque où l’espérance de vie ne dépassait pas 50 ans aux États-Unis : « La vieillesse est comme tout le reste. Pour réussir, il faut commencer jeune. »

Lire la suite