Sciences

Dinosaures : nouvelles théories sur la cause de leur extinction

Un astéroïde qui s'est écrasé sur Terre il y a 66 millions d'années a joué un rôle déterminant dans l'extinction des dinosaures, mais il n'est pas le seul responsable.

De Ker Than

D’après de nouvelles découvertes, il se pourrait que l’astéroïde que l’on soupçonne d’avoir exterminé les dinosaures n’ai fait que porter l’estocade à des reptiles qui souffraient déjà d’un climat capricieux causé par des éruptions volcaniques bien avant la collision.

« L’impact [avec l’astéroïde] fut le coup de grâce », a affirmé dans une déclaration Paul Renne, géologue à l’université de Californie.

La recherche, détaillée dans l’édition du 8 février 2013 de la revue Science, vient s’ajouter à l’actuel débat scientifique sur la cause exacte de l’extinction des dinosaures.

Le débat portait autrefois sur la question de savoir si le coupable avait été un dérèglement climatique causé par un astéroïde, ou par l’activité volcanique. Aujourd’hui, il a évolué pour prendre en compte la possibilité que plusieurs facteurs environnementaux aient eu un rôle à jouer.

Avec son équipe, Renne a réussi récemment à déterminer la date la plus précise à ce jour de la collision de l’astéroïde dans la péninsule du Yucatán, au Mexique.

L’utilisation d’une technique de datation très précise sur des tectites (des roches de la taille d’un galet formées lors de l’impact d’une météorite) en provenance d’Haïti a permis à l’équipe de conclure que l’impact a eu lieu il y a 66,038 millions d’années, soit un tout petit peu plus tard qu’on le pensait auparavant.

En tenant compte de la marge d’erreur, la nouvelle date coïncide avec la date de l’extinctiondes dinosaures, affirme l’équipe. Les deux évènements auraient donc été simultanés.

Renne ajoute que ces découvertes devraient enterrer les doutes qui persistent concernant la responsabilité d’un astéroïde dans la disparition des dinosaures.

« Nous avons pu démontrer qu’il s’agit d’évènements quasi-simultanés », ajoute Renne, « et par conséquent, le rôle majeur de l’impact dans l’extinction ».

Cela ne veut pas dire en revanche que l’astéroïde, qui a creusé le dénommé cratère de Chicxulub, a été la cause unique de la disparition des dinosaures.

Nous avons aujourd’hui la preuve que de gigantesques explosions volcaniques en Inde qui précèdent l’impact ont aussi joué leur rôle en causant des changements climatiques responsables de la disparition de certains groupes de dinosaures avant l’impact.

Par exemple, « personne n’a jamais trouvé de fossile de dinosaure non-aviaire exactement à la couche de l’impact », a écrit Renne dans un email. « Ainsi, à proprement parler, les dinosaures non-aviaires », c’est-à-dire ceux qui n’ont aucune relation avec les oiseaux, « avaient peut-être déjà disparu au moment de l’impact. »

 

LA MORT VENUE DU CIEL

En fait, la thèse qui attribue à l’activité volcanique la responsabilité de la disparition des dinosaures précède celle de l’impact. Elle correspond à ce que l’on sait des autres évènements d’extinction massive sur Terre.

« Il s’avère que de nombreuses extinctions massives ont coïncidé avec des éruptions volcaniques de grande envergure », a déclaré Heiko Pälike, paléo-océanographe à l’université de Brème en Allemagne.

Dans les années 1980, le duo père-fils Luis et Walter Alvarez, respectivement physicien et planétologue, ont présenté une nouvelle théorique audacieuse.

Après avoir découvert qu’une couche d’argile que l’on retrouve partout sur la planète et qui coïncide avec la fin de la période du crétacé était enrichie en iridium, un élément rare sur Terre mais répandu dans les astéroïdes, ils ont avancé la théorie selon laquelle c’est une météorite qui a anéanti les dinosaures.

« Au fur et à mesure que la théorie de l’impact s’imposait, en particulier auprès des scientifiques plus tournés vers la physique (…) les partisans de la théorie de l’activité volcanique ont perdu du terrain », a expliqué Renne.

La théorie de l’impact a été renforcée dans les années 1990 par la découverte dans la péninsule du Yucatan d’un cratère de 180 kilomètres de diamètre remontant à la limite entre le Crétacé et la période Tertiaire, la « limite K-T », époque de la disparition des dinosaures.

La taille du cratère indiquait que l’objet qui l’avait créé faisait environ 10 kilomètres de diamètre.

L’impact d’un astéroïde de cette taille avec la Terre aurait des conséquences dévastatrices, comme des vagues de pression destructrices, des incendies d’échelle mondiale, des tsunamis, et une « pluie » de roche fondue qui rentrerait dans l’atmosphère.

De plus, « une grande quantité supplémentaire de matière particulaire serait restée en suspension dans l’atmosphère pendant plusieurs semaines, plusieurs mois, voire plusieurs années. Cela aurait bloqué le rayonnement solaire et par conséquent tué la végétation et causé une chute catastrophique des températures », a expliqué Hans-Dieter Sues, paléontologue au Museum National d'Histoire Naturelle de la Smithsonian Institution à Washington.

 

UNE THÉORIE DE L'EXTINCTION DES DINOSAURES

La théorie de l’activité volcanique, après avoir été mise de côté, a refait surface ces dernières années grâce à de nouvelles connaissances portant sur une période ancienne d’activité volcanique soutenue en Inde et à la découverte du fait que la diversité des dinosaures avait déjà entamé son déclin avant la collision avec l’astéroïde.

Le débat porte désormais sur la question de savoir « si l’impact du Chicxulub a été ‘l’arme du crime’, comme l’affirment de nombreux chercheurs, ou s’il n’en a été que l’un des nombreux facteurs », explique Sues.

Renne fait partie du camp affirmant qu’une série d’éruptions volcaniques en Inde, ayant produit les anciennes coulées de lave que l’on connaît sous le nom de Trapps du Deccan, ont provoqué des variations colossales du climat, dont de longues vagues de froid, qui auraient débuté l’extinction des dinosaures avant l’impact avec l’astéroïde.

Il ne fait aucun doute que l’activité volcanique, à une échelle assez grande et rapide, peut à elle seule provoquer des extinctions », a dit Renne. « D’où mon avis sur le fait que l’impact n’ait été que le coup final et non la seule cause. »

 

DES QUESTIONS SANS RÉPONSES

Toutefois, la nouvelle théorie hybride doit encore répondre à quelques questions importantes. Par exemple, à quel point est-ce que les éruptions volcaniques en Inde ont affecté les dinosaures.

« Certains renvoient à l’éruption du Mont Pinatubo [en 1991] qui a refroidi la Terre pendant une courte période à cause des aérosols et de la poussière qui ont été éjectés », a dit Pälike.

Mais « d’autres affirment que sur le long terme, les volcans ont probablement rejeté plus de dioxyde de carbone dans l’atmosphère et ont ainsi causé un réchauffement de la planète, au moins de façon temporaire ».

On ne connaît pas non plus la fréquence des éruptions qui ont causé les Trapps de Deccan. « Nous savons qu’elles ont commencé quelques millions d’années avant la fin du Crétacé et ont duré plusieurs millions d’années, même après [l’impact de l’astéroïde] », explique Pälike.

« Cependant, il a été suggéré qu’il s’agissait en fait d’une séries d’éruptions rapprochées sur une période de quelques dizaines de milliers d’années. »

Il est important de connaître la date des éruptions, a ajouté Pälike, parce que si elles ont eu lieu vers la fin du Crétacé, leur rôle dans l’extinction des dinosaures est plus probable que si la plupart d’entre elles se sont produites il y a deux millions d’années.

Pälike est d’avis que le fait de dater plus précisément les couches de cendre volcanique indiennes pourrait apporter une réponse à certaines des questions qui subsistent : « C’est la prochaine étape de l’enquête. »

Connaître ce qui a causé la fin des dinosaures n’est pas juste un projet académique, commente Jonathan Bloch, conservateur adjoint en paléontologie des vertébrés au Muséum d’Histoire Naturelle de Floride à l’université de Floride.

« C’est important pour bien comprendre la façon dont réagissent les écosystèmes à de fortes perturbations », explique Bloch, « que ce soit un changement climatique graduel ou une catastrophe. Nous nous devons en tant qu’êtres humains de nous poser ces questions. »

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