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L'astéroïde qui a causé l'extinction des dinosaures s'est écrasé au "pire endroit possible"

Selon un nouvel article, seuls 13 % de la surface terrestre seraient composés de roches susceptibles de provoquer un épisode d'extinction de masse d'une telle ampleur.

De Michelle Z. Donahue
La disparition des dinosaures aurait été causée par la collision d'un météore géant avec la péninsule du Yucatán, il y a 66 millions d'années.

De tous les endroits sur Terre où aurait pu s'écraser un astéroïde, la péninsule du Yucatán était vraisemblablement celui le plus mal choisi.

C'est du moins ce qu'indique une nouvelle étude sur la collision survenue il y a 66 millions d'années entre un astéroïde de 12 kilomètres de diamètre et l'océan bordant aujourd'hui la ville portuaire de Chicxulub, au Mexique. L'impact a provoqué la disparition soudaine des dinosaures, décimant une grande partie de ces créatures emblématiques et 75 % de toute forme de vie terrestre.

D'après ce nouvel article, la collision de l'astéroïde avec une sorte de poudrière pétrolière serait à l'origine de ce phénomène d'extinction de masse. La suie ainsi libérée dans l'atmosphère aurait alors provoqué un refroidissement climatique extrême.

Selon les résultats de l'étude, la température de la planète se serait située entre -10 °C et -8 °C après l'impact, avec une chute oscillant entre -8 °C et -1 °C sur les sols.

Seuls 13 % de la surface terrestre sont composés de roches susceptibles de libérer une telle quantité de suie, comme l'indique l'équipe responsable de l'étude dans la revue Scientific Reports. En d'autres termes, les dinosaures non aviaires auraient bien pu ne pas disparaître si l'astéroïde avait atterri presque dans n'importe quelle autre région du monde.

« Cet article est passionnant et démontre qu'en dépit de la taille imposante du corps impacteur, la probabilité d'une extinction de masse était très faible », déclare Paul Chodas, directeur du Center for Near Earth Object Studies au Jet Propulsion Laboratory de la NASA.

« Nous avons souvent fait allusion à la malchance des dinosaures lors de cet impact massif et, à l'inverse, à notre chance pour arriver au sommet de la famille des mammifères. Cette étude nous donne désormais une idée de l'ampleur de ce que nous affirmions ! »

 

PÉTROLE EXPLOSIF

Selon Kunio Kaiho, auteur principal de l'étude, l'impact survenu à Chicxulub aurait brûlé une quantité de roches sédimentaires riches en pétrole suffisante pour libérer près de 1,7 milliard de tonnes de particules fines de carbone noir dans l'atmosphère, soit une quantité de suie à même de remplir un stade de baseball couvert.

Si la pluie a rapidement nettoyé le ciel de la majorité de la suie située à faible altitude, environ 385 millions de tonnes auraient continué de circuler dans la haute atmosphère, obstruant ainsi la lumière du soleil, pourtant vitale.

Un squelette de tyrannosaure surplombe les visiteurs du Naturalis Biodiversity Center, situé aux Pays-Bas.

Les estimations du chercheur reposent sur la reconstitution d'une carte des régions susceptibles d'avoir regorgé de roches sédimentaires pétrolifères à la fin du Crétacé. Situées essentiellement sur les côtes, ces zones correspondent plus ou moins aux régions pétrolifères que nous connaissons aujourd'hui.

L'auteur de l'étude avait auparavant analysé la suie post-impact de couches de roche du monde entier. Il avait alors constaté une similarité entre la suie des échantillons prélevés en Haïti, relativement proche de l'impact de Chicxulub, et celle d'échantillons extraits en Espagne, à des milliers de kilomètres donc.

« Ces similitudes signalent l'existence d'une seule et même source de suie et laissent à penser qu'elle proviendrait des roches impactées par l'astéroïde à Chicxulub », explique Kunio Kaiho. « La quantité d'hydrocarbures présents dans les roches sédimentaires du lieu de l'impact pourrait avoir été déterminante dans le niveau de refroidissement des terres et des océans. »

Selon la théorie privilégiée, l'apparition de la suie dans les fossiles datant de cette époque et extraits dans de nombreuses régions serait due à d'immenses feux de forêt provoqués par le retour de roches en surchauffe sur Terre suite à l'impact.

Les récents travaux de Kunio Kaiho réfutent cette hypothèse. Il affirme que des feux au sol auraient été incapables de libérer une quantité de suie en haute altitude à même d'engendrer un refroidissement climatique. D'après lui, la suie relâchée par l'astéroïde n'aurait pas été distribuée de façon homogène ; une théorie qui fait écho aux données indiquant un refroidissement plus intense de l'hémisphère Nord, à opposer au rapide rétablissement de l'hémisphère Sud de la planète.

 

NE S'AGIRAIT-IL PAS PLUTÔT DE SOUFRE ?

Un élément vient cependant ternir l'hypothèse soutenue par Kunio Kaiho : peu d'hydrocarbures ont été découverts lors du forage récent des roches du cratère de Chixculub.

Selon Sean Gulick, géologue à l'université du Texas d'Austin qui a participé aux expéditions de forage d'échantillons de roches extraits dans les zones sous-marines du cratère, ce refroidissement soudain était vraisemblablement dû à une évaporation de soufre et non à de la suie.

La coresponsable de l'expédition Joanna Morgan a indiqué dans le cadre d'une étude distincte publiée la semaine dernière que la collision aurait probablement libéré près de 325 milliards de tonnes de soufre. Il s'agit là d'une estimation prudente et cette quantité aurait été plus que suffisante pour engendrer le refroidissement temporaire de la planète.

Pour Sean Gulick, la suie prélevée à Haïti, à environ 650 kilomètres de Chicxulub, pourrait bel et bien avoir été déposée par des feux au sol. Il ajoute que les analyses à venir des échantillons prélevés à Chicxulub aideront à faire la lumière sur les événements.

Il reconnaît cependant le postulat de départ de l'étude de Kaiho, à savoir que l'astéroïde a frappé la région qu'il fallait éviter à tout prix. Par le passé, d'autres astéroïdes conséquents ont touché la Terre et laissé leurs marques, notamment dans la baie de Chesapeake aux États-Unis et dans l'ouest de la Bavière en Allemagne. Toutefois, les fossiles indiquent que ces événements n'ont engendré aucune extinction de masse, probablement car les zones touchées ne présentaient pas la bonne combinaison de roches.

« Les régions du monde où un astéroïde de 12 kilomètres de largeur peut provoquer un tel changement atmosphérique sont rares », affirme le géologue.

Que le soufre ou la suie soient tenus pour responsables, les travaux de Kaiho sont utiles à l'élaboration de modèles climatiques reproduisant les changements survenus sur notre Terre au fil des millénaires.

« Nous pouvons inclure ces facteurs à nos modèles et analyser les conséquences : que se passe-t-il lorsqu'une énorme quantité de soufre, de suie ou de dioxyde de carbone est relâchée ? Nous pouvons tester ces hypothèses et en apprendre davantage sur la composition chimique de notre atmosphère », s'enthousiasme Sean Gulick.

« C'est absolument essentiel pour analyser les effets du changement climatique que nous connaissons aujourd'hui. »

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