Sciences

Le pôle Nord magnétique se déplace plus rapidement que prévu

Selon de récentes études, le déplacement du pôle Nord magnétique pourrait rendre obsolète le modèle magnétique mondial à l’origine de certains outils de navigation modernes.

De Arnaud Sacleux
Le pôle Nord magnétique se dirige vers la Russie et devrait croiser le pôle Nord géographique de notre planète.

Il est important de différencier le pôle Nord géographique et le pôle Nord magnétique. Si le premier est, par définition, le point le plus au Nord de notre planète où les méridiens et fuseaux horaires se croisent, le second désigne un point errant où le champ magnétique de notre planète pointe vers le bas. L’aiguille de nos boussoles est attirée par ce point et nos systèmes de localisation et de navigation modernes reposent en partie dessus. Cependant, s’il est connu des chercheurs que ce pôle magnétique Nord se déplace de manière aléatoire, plusieurs études récentes montrent que son mouvement se serait accéléré sans que l’on ne comprenne pourquoi. Pour certains scientifiques, cela pourrait signifier le début du processus d’inversion des pôles Nord et Sud de notre planète.

 

LE CHAMP MAGNÉTIQUE PERD LE NORD

Le pôle Nord magnétique de la Terre s’est éloigné du Canada, où il était localisé depuis un siècle, pour se diriger vers la Sibérie se rapprochant ainsi du pôle Nord géographique. Il se déplace à une vitesse de 55 km par an depuis les années 1990. Avant cela, sa vitesse n’était enregistrée qu’à une dizaine de km par an.

Le pôle Nord magnétique a été situé pour la première fois en 1831 par l'officier James Clark Ross. Depuis, ce point se déplace dasn la région du Canada et se dirige petit à petit vers la Sibérie.

Les pérégrinations de ce pôle Nord magnétique sont influencées par les mouvements chaotiques et, selon une publication parue dans la revue Nature, les courants à grande vitesse du fer liquide présents dans le noyau terrestre, provoquant des ondes hydromagnétiques. Ces courants, selon Phil Livermore, géomagnétiste à l’Université de Leeds, semblent affaiblir le champ magnétique sous le Canada au profit de la Sibérie, faisant ainsi se déplacer le pôle Nord magnétique. « Le rythme de variation du champ magnétique reflète à peu de chose près les mouvements dans le noyau » précise Gauthier Hulot, directeur de recherche au CNRS à nos confrères de La Croix.

 

LE WMM, OBSOLESCENCE NON-PROGRAMMÉE

Le Modèle magnétique mondial (WMM) reprend l’ensemble des fluctuations du champ magnétique terrestre. Il est à la base de nos systèmes de navigation GPS modernes et de certains systèmes de gestion militaire comme ceux de l’Otan : le champ magnétique a l’avantage de ne pas pouvoir être brouillé. Ce système standardisé est régulièrement mis à jour par les chercheurs. Sa dernière version remonte à 2014 et devait être valide jusqu’en 2020. Seulement les changements brutaux du pôle Nord magnétique conduisent les scientifiques à anticiper sa mise à jour : lors des vérifications annuelles, les chercheurs de la National Oceanic and Atmospheric Administration (NOAA) et de la British Geological Survey d’Edimbourg se sont rendus compte que le WMM était devenu trop imprécis, dépassant la limite acceptable des erreurs de navigation. Une mise à jour serait donc prévue le 30 janvier 2019.

Arnaud Chulliat, géophysicien au NOAA, précise que les causes de l’obsolescence du WMM peuvent également être trouvées ailleurs. En 2016, il y a eu une impulsion géomagnétique sous l’Amérique du Sud, le champ magnétique mondial s’est accéléré. Ce changement non anticipé a eu lieu un an seulement après la mise à jour du WMM, ce qui en a biaisé la précision initiale.

Ce phénomène n’a cependant aucune incidence sur les systèmes de positionnement GPS hors Arctique, qui fonctionnent grâce aux satellites.

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