Sciences

Les Hommes et les dinosaures pourraient-ils vraiment cohabiter ?

Grâce aux dernières avancées scientifiques, il se pourrait qu'un jour, les dinosaures refassent leur apparition sur Terre.

De John Pickrell

Dans le film Jurassic World: Fallen Kingdom, un dilemme de taille se présente aux humains. Alors que leur existence est menacée par l'éruption d'un volcan, doivent-ils sauver les dinosaures ramenés à la vie par la science ou doivent-ils les laisser disparaître à nouveau ?

Ce scénario, nous amène à nous demander s'il serait possible de ressusciter les dinosaures. Et si tel était le cas, que se passerait-il si nous devions soudainement partager notre planète avec ces animaux aujourd'hui disparus ? Voici ce qu'en dit la science.

 

LA RECHERCHE CONTINUE D'ADN 

Dans les films Jurassic Park, les scientifiques sont parvenus à extraire de l'ADN de dinosaures à partir de moustiques emprisonnés dans de l'ambre. Dans la réalité, de nombreux insectes et autres invertébrés pris au piège dans de l'ambre ont été retrouvés, de même que des tiques datant du Crétacé.

Mais depuis 1993, date de sortie du premier film Jurassic Park, la science a fait mieux que la fiction : fin 2016, des paléontologues ont annoncé la mise au jour de la queue presque complète d'un dinosaure dans de l'ambre. Celle-ci était très bien conservée et présentait encore des morceaux de peau et des plumes.

Malgré ces parties de dinosaures fossilisées dans l'ambre et d'autres spécimens parfaitement conservés qui présentent encore des traces de leur matière organique, il est quasiment impossible de découvrir de l'ADN de dinosaure intact, malheureusement.

Les dinosaures non aviaires ont disparu il y a 66 millions d'années, lorsqu'une comète ou un astéroïde a frappé la Terre. Jusqu'à maintenant, il semblerait que l'ADN n'ait pas été conservé assez longtemps pour être utilisable.

« Le plus vieil échantillon ADN du registre fossile date d'il y a environ un million d'années, ce qui ne nous permet pas de ressusciter les dinosaures à partir de leur ADN, comme cela a été le cas dans les films Jurassic Park », a déclaré Susie Maidment, paléontologue au Muséum d'Histoire Naturelle de Londres, au Royaume-Uni.

Toutefois, la paléontologue précise « qu'il y a de plus en plus de preuves que les protéines et autres tissus mous sont capables de se conserver sur plusieurs échelles de temps géologiques. Un jour, nous pourrions bien extraire de l'ADN de dinosaure à partir d'un fossile ».

Cela fait donc 25 ans, depuis la sortie en salle de Jurassic Park, que les paléontologues du monde entier sont à la recherche d'ADN de dinosaure fossilisé, comme l'explique Steve Brusatte, explorateur National Geographic et auteur du livre The Rise and Fall of the Dinosaurs.

« Si nous étions les premiers à découvrir ne serait-ce qu'un fragment d'ADN de dinosaure, notre carrière serait plus que réussie. Mais pour le moment et malgré les nombreux efforts, personne n'y est parvenu. Nous n'avons pas réussi cela, donc nous sommes encore bien loin de trouver des génomes complets ou quasiment complets, nécessaires pour cloner un dinosaure », a-t-il expliqué.

« L'ADN s'endommage très rapidement. En une centaine d'années, il ne reste plus que de minuscules fragments qui ne servent plus à rien », a annoncé Mike Benton, paléontologue à l'Université de Bristol au Royaume-Uni. « Il faut une technologie très performante pour lier ces bouts d'ADN ensemble. Nous pourrons envisager de cloner les dinosaures lorsque quelqu'un aura trouvé de l'ADN de dinosaure. »

 

LES DINOSAURES DE RETOUR D'ICI 25 ANS ?

À l'heure actuelle, plusieurs équipes de scientifiques américaines travaillent très dur pour ressusciter ces animaux disparus. Pour ce faire, ils ont recours à la technologie de modification des gènes et aux séquences d'ADN ancien. Mike Benton précise que pour le moment, les scientifiques ne parviennent même pas à ramener à la vie des espèces éteintes il y a 20 ans.

Toutefois, CRISPR, une technologie de modification des gènes, progresse extrêmement vite. Les scientifiques sont déjà parvenus à réunir des morceaux d'ADN de différents animaux, à l'instar des films Jurassic Park.

Dans le premier film, des généticiens se servent de l'ADN de grenouille pour combler les éléments manquants de l'ADN de dinosaures retrouvé dans de l'ambre. Dans la réalité et dans le cadre du projet de résurrection du mammouth, les chercheurs travaillant avec le généticien George Church, de l'Université de Harvard, tentent d'introduire des gènes de mammouth issus d'anciens échantillons ADN au sein du génome de l'éléphant d'Asie moderne.

« J'hésite à dire que c'est impossible », confie Victoria Arbour, spécialiste des thyréophores au Musée royal de l'Ontario à Toronto au Canada, au sujet de la « désextinction » des dinosaures. « Des avancées spectaculaires sont faites dans de nombreux domaines scientifiques en permanence. Par conséquent, quelque chose de difficile à imaginer aujourd'hui, comme ressusciter les dinosaures, pourrait être possible d'ici 25, 50 voire 100 ans ».

Par conséquent, si les scientifiques parviennent à surmonter l'obstacle qu'est la reconstruction d'un génome disparu pour ramener les dinosaures d'entre les morts, ajouter des traits spécifiques et intéressants pour créer une espèce sur-mesure comme dans le film de fiction Indoraptor sera plutôt facile.

 

COHABITER AVEC DES VOISINS IMPOSANTS

Imaginons que nous avons réussi à créer et à améliorer par la génétique les dinosaures des temps modernes grâce à des technologies qui n'existent pas encore, pourraient-ils survivre et prospérer à nos côtés ?

Les humains ne cohabitent pas très bien avec les prédateurs, comme le montre notre relation avec les grands carnivores modernes, comme les lions, les loups et les ours. Dans la plupart des cas, l'Homme l'emporte sur ces animaux qui voient leur nombre diminuer.

Victoria Arbour adorerait vivre dans un monde peuplé d'ankylosaures. Mais il serait encore plus difficile pour de grands animaux herbivores de cohabiter avec les humains. Pourquoi ? Nous utilisons tout simplement trop d'espace pour nous nourrir ainsi que pour construire nos maisons et autres infrastructures.

« Nous n'aimons pas que de grands animaux empiètent sur notre territoire », a-t-elle indiqué. « Je ne peux donc pas imaginer qu'une cohabitation avec un prédateur aussi imposant que le Tyrannosaurus rex soit possible. Nous n'avons pas accepté la présence des loups dans la plupart des régions sauvages et nous sommes presque parvenus à les supprimer. Alors, comment pourrions-nous vivre aux côtés d'un prédateur 70 fois plus gros qu'un loup ? »

De plus, comme le souligne Susie Maidment, les dinosaures vivaient dans des écosystèmes qui n'existent plus sur Terre aujourd'hui. L'herbe et les prairies n'avaient pas encore évolué au Crétacé et les grands mammifères n'existaient pas.

« Que mangeraient les dinosaures aujourd'hui ? Leur système digestif serait-il adapté ? Que se passerait-il avec les mammifères prédateurs ? Où vivraient-ils ? Quels droits auraient-ils ? Je pense que les problèmes éthiques que soulève le clonage des dinosaures sont aussi difficiles à résoudre que les problèmes scientifiques », confie-t-elle.

« Dans notre monde, les dinosaures seraient des extraterrestres », confie Steve Brusatte. « Ils ont évolué il y a des dizaines, des centaines de milliers d'années. À cette époque, la Terre était très différente. Les continents étaient positionnés autrement, l'atmosphère était différente, tout comme les plantes. Peut-être qu'ils ne pourraient pas survivre à tout cela ».

 

LES OISEAUX, CES DINOSAURES MODERNES

Steve Brusatte souligne tout de même un point très important : les dinosaures vivent déjà à nos côtés, sous la forme des oiseaux. En effet, ces derniers descendent des premiers oiseaux, ceux qui ne pouvaient pas voler et qui ont survécu à la destruction des forêts de la planète entière il y a 66 millions d'années.

« Les dindes, les autruches et les aigles ressemblent un peu physiquement et au niveau de leur comportement à certains dinosaures disparus comme le vélociraptor. Il est donc évident que les humains et les dinosaures peuvent vivre ensemble », ajoute Steve Brusatte. « Nous avons des dinosaures pour animaux de compagnie, nous les mangeons, nous apprécions les observer dans la nature et dans les zoos et ils sont même les mascottes de certaines de nos équipes de sport favorites ».

Si les recherches actuelles sur la résurrection des espèces disparues intéressent beaucoup Victoria Arbour, elle espère tout de même que la communauté scientifique va concentrer ses efforts sur la sauvegarde des espèces menacées d'extinction.

« Lorsque nous regardons des fossiles de dinosaures dans les musées, nous sommes émerveillés. Cet émerveillement peut nous permettre de comprendre ce qu'extinction veut dire et nous encourager à protéger les espèces qui vivent aujourd'hui sur Terre, à nos côtés ».

 

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