Voyage

Dans les bottes des cowboys du Montana

Le rude isolement du nord du Montana ne dissuada pas les colons américains de s’y installer. Très soudés, leurs descendants affichent la même détermination. Jeudi, 9 novembre

De David Quammen

La véritable histoire des fermiers et des éleveurs dans le nord du Montana a débuté avec une méprise qui confinait au mensonge : des terres gratuites, et en quantité suffisante pour nourrir toute une famille ! Or les terres n’étaient ni tout à fait gratuites ni suffisantes – loin s’en faut.

En 1862, le Congrès américain avait approuvé une loi réglementant cette idée fausse et la transformait en promesse nationale. Quiconque bâtissait une maison dans l’endroit de son choix, y cultivait la terre et y résidait pendant cinq ans pouvait prétendre à 65 ha : un titre de propriété lui serait accordé.

L’offre valait pour toutes les terres fédérales non encore privatisées ; la plupart d’entre elles se situaient à l’ouest du Mississippi et incluaient l’actuel Montana. Le tiers nord du futur État s’étirait sur 160 km vers le Sud depuis la frontière canadienne et, vers l’Ouest, aussi loin que le piémont des Rocheuses – soit 10,5 millions d’hectares, surtout des plaines semi-arides cou- vertes de prairies d’herbe rase et d’armoise.

Le gouvernement souhaitait que des colons blancs s’installent sur ces terres afin d’effacer peu à peu toute idée de revendication territoriale chez les Indiens. James J. Hill, le fondateur de la compagnie ferroviaire Great Northern Railway, voulait qu’elles soient occupées par des clients qui rempliraient ses wagons de marchandises, à l’aller avec leurs besoins matériels (équipements agricoles et pour chevaux, articles domestiques, semences) et, au retour, avec leur production (du blé, pour l’essentiel).

Des gens venus du Minnesota, de l’Illinois, d’Écosse, de Norvège et d’ailleurs se présentèrent pour relever le défi. Ils troquèrent sur un coup de dés leur travail, leur jeunesse et leurs espoirs pour des horizons vides et lointains, verts au printemps, bruns en été et en automne, puis implacablement blancs. C’est ce qu’on appelait le homestead – l’appropriation de terres fédérales pour l’exploitation.

Les colons atteignirent le nord du Montana tardivement, après la préemption des premières terres les plus aisément exploitables. Ils suivaient la voie ferrée achevée en 1893. Celle-ci empruntait la vieille piste tracée par les chariots traversant les terres indiennes.

Le Homestead Act fut révisé en 1909, en 1912 et en 1916, raccourcissant l’obligation de résidence à trois ans et augmentant les surfaces attribuées à environ 130 ha – le double en cas d’élevage. Ces changements, plus le battage publicitaire de la compagnie de chemin de fer, amenèrent beaucoup de prétendants dans la région. Mais, avec le temps, les lots allaient s’avérer encore bien trop petits.

Les colons remplirent 114 620 demandes de concession entre 1909 et 1923 dans le Montana. La plupart de ces terres se situaient à une jour- née de chariot du chemin de fer. La voie ferrée traversait l’État à environ 48° de latitude Nord. La population et les services aux entreprises la suivaient – à défaut des pluies.

Ainsi poussèrent le long de la ligne des villes aux noms exotiques et lointains : Glasgow, Malta, Harlem, Havre, Inverness, Dunkirk, Kremlin. D’autres recevaient des noms de personnes, telles Culbertson (un négociant en fourrures) et Shelby (un sous-fifre de James J. Hill). Quelques autres noms avaient une résonance plus locale : Cut Bank (berge abrupte), Chinook et Poplar (deux tribus indiennes), Wolf Point (pointe du loup). 

À la voie ferrée reliant ces communautés finirent par s’ajouter des routes en dur. Au Montana, cet ensemble de chaussées, de chemin de fer, de villes et les paysages alentour reçut le nom de Hi-Line – « ligne haute ». Sa beauté est austère, subtile et horizontale. Elle ne convient pas à tout le monde. Mais elle donne lieu à des tableaux, des vies et des voix dotés d’une force singulière.

La voix de Lloyd Kanning est l’une d’entre elles. Celle d’un homme robuste de 76 ans, aux cheveux blancs et aux yeux bleu pâle. Il conduit un tracteur depuis qu’il a 10 ans. « Cultiver, me dit-il alors que nous sommes assis dans son séjour, à Shelby, c’est comme faire la guerre. »

Il liste alors les catégories d’ennemis. « Pour commencer, vous luttez contre le temps. » Vous attendez le bon moment, vous plantez les semences – et si votre tracteur ou d’autres engins cruciaux sont vieillissants, vous vous battez pour les garder en état de marche. Ensuite, il y a les maladies.

Puis les parasites. Une fois tous ceux- là vaincus, vous admirez une bonne surface de blé qui pousse bien, vire à l’ambre à l’automne, « quand arrive la grêle, qui vous met tout par terre ». Ou ce sera le vent, qui fouette les céréales si fort que les grains tombent des épis et vous fait perdre la moitié de votre récolte sur pied.

Ou la récolte mûrit bien, sans grêle ni vent, les sauterelles vous ratent, vous êtes prêt à moissonner, lorsque, à l’automne, des pluies détrempent vos cultures : vous devez remplir votre magasin à grain de blé mouillé, puis l’aérer pour sécher le grain ou, à tout le moins, le garder au frais.

« Maintenant, il va falloir se battre sur le prix. » Si votre blé est pauvre en protéines, l’acheteur au silo local peut baisser le tarif jusqu’à 5 cents pour chaque pourcent en dessous du barème. Imaginez qu’un blé riche en protéines se vende à 22 cents le kilo et que le vôtre soit 2% sous le taux de référence : c’est comme si votre récolte n’avait jamais existé. « Ça ressemble vraiment à une guerre, dis-je. – C’est une guerre. »

Au début, les règles de l’engagement n’étaient pas perceptibles. L’espérance était grande. Une brochure publiée en 1912 par la Great Northern Railway vantait les bénéfices du climat, un hiver « peu rude grâce à l’air sec » (la bonne blague !) et le rendement « phénoménal » du blé d’hiver. Pour profiter de cette bonne affaire, lisait-on, « vous feriez bien de vous mettre en route vers le Montana dès maintenant ».

Les premières bonnes années et les espoirs fous durèrent jusqu’en 1916. Puis sept années de sécheresse terrible survinrent. Pas un événement exceptionnel, plutôt un simple retour de balancier typique des cycles à long terme – mais que les promoteurs du homestead n’avaient pas pris en compte.

Les pluies devinrent insuffisantes et les champs autrefois généreux, parcimonieux. Les gens firent le nécessaire pour survivre pendant ces temps difficiles, en trouvant d’autres gagne-pain pénibles ; sinon ils s’en allaient.

Un jeune homme du Minnesota, Henry Luken, s’était installé près de Rudyard. Lors d’une des années de sécheresse, il vit toute sa récolte de blé se perdre. L’hiver venu, il partit en emportant ses seuls biens mobiles – quatre chevaux – et trouva du travail dans une mine de charbon.

En économisant sur son salaire, Luken put acheter du fourrage pour ses chevaux, de nouvelles semences et des fournitures suffisantes pour l’été. Il revint à sa ferme. Les sauterelles dévorèrent sa récolte. Il prit ses précieux chevaux, passa un second hiver à la mine, de nouveau travailla dur pour économiser et remit tout son argent dans sa ferme.

Il contracta aussi un prêt bancaire en hypothéquant ses chevaux. La troisième année, Luken toucha l’argent de sa première récolte. Il paya ses dettes et finit par acheter d’autres terres – à d’autres fermiers qui laissaient tomber –, agrandissant ainsi assez sa propriété pour prospérer durant les bonnes périodes et tenir durant les mauvaises.

Cette approche devint l’un des secrets de la survie le long de la Hi-Line : acheter quand on peut, s’agrandir, prendre le risque de l’expansion contre la prudence. Le grand-neveu de Luken, Bob Toner, qui m’a raconté l’histoire, tient un magasin de pneus à Rudyard et travaille encore à la ferme.

Toner a entendu ce récit maintes fois de la bouche de son père, venu du Minnesota en 1934 pour travailler comme ouvrier agricole pour son oncle Henry. Lequel parvint à faire ce qu’il fit pour une seule raison – ainsi qu’il le raconta au père de Bob, qui le raconta à Bob, qui me l’a raconté : il possédait quatre chevaux.

Quel secret ingrédient personnel permit à certains de prospérer – ou de perdurer, à tout le moins – tandis que d’autres échouaient et renonçaient ? L’intelligence ? l’audace ? l’intuition ? ou une sorte de main verte magique ? «La ténacité», affirme Lloyd Kanning. Et d’autres avec lui.

Né en 1906, le grand-père de Dana Darlington vivait avec sa mère, veuve, dans une maison en mottes de gazon, dans le sud du comté de Chouteau. Dès qu’il fut en âge, il gagna un peu d’argent en rassemblant les têtes de bétail abandonnées, pour le compte de la banque locale.

« C’était vraiment dur. Beaucoup de gens partaient », raconte Dana Darlington. Nous sommes chez lui, à 30 km au sud de Big Sandy, et sa mère nous sert du chocolat chaud et des cookies au beurre de cacahuète. « Quand les gens renonçaient, ils s’en allaient subitement, laissant leurs bêtes dans la nature. » Son grand-père devait ramener bétail, chevaux et mules avant qu’ils ne meurent de faim ou que les pumas ou les loups ne mangent ces objets d’hypothèques.

« C’était une période très dure, même avant le Dust Bowl [période d’aridité extrême et de tempêtes de poussière, dans les années 1930]. Les sauterelles. La sécheresse. Je crois que beaucoup d’ceux qu’ont tenu le coup ont juste eu une sacrée veine – et une sacrée détermination. »

Darlington, solide quadragénaire vêtu d’une chemise de flanelle blanc et rouge, foulard de soie bleu autour du cou sous un visage ovale bronzé, respire aussi la détermination. C’est un jour froid de novembre, et les rafales de neige grondent comme un avertissement. Darlington revient de nourrir les vaches. Son foulard de soie, élimé, est là pour lui tenir chaud plutôt que pour le style. Ce n’est pas lui qui mettra fin à une tradition familiale de quatre générations.

Les hommes n’étaient pas les seuls à braver les éléments. Pas mal de ces colons étaient des femmes. Célibataires ou veuves, elles avaient fait route vers l’Ouest et enregistré leurs demandes en leur nom propre.

Parmi elles figurait la grand-mère maternelle de Vicki Olson : venue de Pennsylvanie, elle s’établit en 1920 au sud de Malta, malgré la sécheresse. En parallèle, son frère et l’homme qui allait bientôt devenir son mari déposaient une demande de concession et s’en sortaient bien sur leurs terrains, non loin de là.

La fin des années 1920 fut marquée par des pluies abondantes, de verts pâturages pour le bétail et des rendements de blé élevés. Certaines familles purent agrandir leur domaine car les parcelles abandonnées auparavant devenaient abordables.

Dans le cas des grands-parents paternels de Vicki Olson, leur ferme tournait grâce aux moutons. Mais un grand troupeau nécessitait bien plus de 260 ha. « La formule du Homestead Act ne marchait pas, me dit Vicki Olson, un après-midi, dans un café de Malta. Il avait été concocté dans l’Est, où les gens disposaient de plein de terres fertiles. Ils n’avaient pas la moindre idée de comment la terre était ici. »

Mais l’Est mit aussi en œuvre quelques améliorations, dont le Taylor Grazing Act. Voté par le Congrès en 1934, il permettait la location de terres fédérales aux éleveurs de bétail. Douze ans plus tard, juste après la Seconde Guerre mondiale, le tout nouveau Bureau of Land Management (BLM) absorbait le service des pâtures (l’US Grazing Service) ; de nos jours, il rend encore possible l’élevage extensif, en louant des prairies fédérales pour du bétail privé.

Les conditions et les effets des baux du BLM peuvent donner lieu à d’infinis débats. Mais l’un de leurs résultats a été d’assurer la survie des fermes familiales d’élevage bovin – ou de certaines d’entre elles.

Vicki Olson gère le Double O Ranch avec sa sœur et leurs deux maris. Ses 4 000 ha comprennent toute la surface accumulée par leurs grands- parents, en acquérant à la fois des fermes en faillite et des terres sous bail du BLM.

Si cela vous évoque les seigneurs de l’élevage, façon Ben Cartwright et son ranch Ponderosa dans la série télé Bonanza, vous vous méprenez : cette famille d’éleveurs ne joint les deux bouts que grâce à une gestion parcimonieuse.

La grand-mère de Dick Iversen était une autre de ces femmes indépendantes qui firent une demande de propriété. Elle venait de Suède, via le Minnesota et la Californie, travailla en route dans des restaurants, et arriva dans le Montana mère célibataire d’une petite fille.

Elle s’installa sur un lot de 65 ha, juste en haut de la route qui passe là, me raconte Iversen, dans la cuisine de son ranch moderne, situé au milieu de collines ondulantes, au sud de Culbertson. Elle s’appelait Marie Youngstrom et rencontra son grand-père – un autre Suédois, qui conduisait la diligence.

Mais ils ne se marièrent pas avant que chacun ait fait une demande de terre, la loi accordant un lot par chef de famille. « Leurs fermes étaient adjacentes, décrit Dick Iversen, et, jusqu’au jour où ma grand-mère est morte, il y a eu sa ferme à elle et sa ferme à lui. » Marie Youngstrom n’avait jamais cessé d’être chef de famille.

J’ai quitté Wolf Point à 5 h 45, ce matin-là, et conduis dans la traîne d’un blizzard, par – 28 °C, pour être à l’heure à mon rendez-vous de 7 h 30. Les éleveurs se lèvent tôt – Dick Iversen a déjà fini de disperser le foin pour ses vaches. Connie, sa femme, a cuisiné un gâteau à la cannelle, fumant et odorant, que nous dégustons tout en parlant de grand-mère Marie.

« Elle était du genre matriarche », explique Dick Iversen. Le fils de Marie finit par racheter la ferme de son père mais elle s’accrocha à la sienne. Ils partagèrent ensuite un jardin mais il y eut des tensions. « C’est ce qui rend la situation des fermes familiales difficile. Les vieux ne veulent pas décrocher », ironise Dick Iversen, conscient qu’il sera bientôt vieux lui-même.

Mais il touche là à un sujet crucial, qui émerge souvent lors de mes discussions avec les gens d’ici : la succession. Comment transmettre sa ferme à la génération suivante ? Comment prendre sa retraite ?

Le problème est plus complexe qu’il n’y paraît. La taille est cruciale pour la viabilité économique. Des ranchs ou des fermes assemblés par des parents et des grands-parents tenaces ne peuvent pas être démembrés au profit de tous les enfants adultes.

Et tous les fils et filles ne peuvent pas rallier l’exploitation avec époux et enfants. Celle-ci ne suffit simplement pas à faire vivre les différentes générations d’une famille étendue. Si les vieux ne décrochent pas, c’est notamment parce qu’ils ne peuvent pas se le permettre.

« Les autres enfants avaient des skateboards, m’explique Buster Brown. Moi, j’avais des chevaux. » Quand il avait 3 ans, ses deux sœurs aînées fréquentaient l’école primaire ; sa mère l’envoyait atteler son poney à une petite charrette pour ramener ses sœurs à la maison.

Buster et sa femme Helen dirigent aujourd’hui un élevage dans les Sweet Grass Hills, près de la frontière canadienne, dans un repli de terrain trop accidenté pour y cultiver des céréales. Le bœuf Black Angus est leur principale production et le cheval Quarter Horse une activité secondaire.

B. J. et Jack, les fils athlétiques de Buster et Helen, sont à l’université lors de ma visite mais attendus pour les fêtes. Tous deux ont hérité du goût et du talent pour les chevaux : ils sont des pratiquants accomplis du rodéo, à la monte et au lasso.

Je m’apprête à quitter Shelby à l’aube, par – 23 °C. En buvant du café noir au bar de la cuisine, Buster me parle de son grand-père, John Brown. Forgeron, celui-ci travaillait pour la ligne de trolleybus de Great Falls, puis vint dans les Sweet Grass Hills, où il déposa une demande de propriété vers 1898.

Son fils, Elmer Brown, également forgeron, fit aussi une demande. John avait construit une maison en rondins ; Elmer en bâtit une à structure en bois. Le fils finit par les réunir, en installant sa maison sur des roues et en guidant l’attelage depuis une fenêtre de la chambre. Il recouvrit le tout de stuc. C’est dans cette maison que Buster a grandi.

Depuis lors, sa famille a agrandi l’exploitation petit à petit, de 130 ha à environ 4 000. Au bout de quatre générations, malgré cette croissance ou à cause d’elle, la ferme n’est pas totalement payée – pas tout à fait. Comment est-ce possible ?, se demande Buster, qui répond ensuite : « C’est simple, il n’y a pas tant d’argent qui rentre dans la caisse. » « On a beaucoup de patrimoine, ajoute Helen, mais très, très peu de liquide. »

Ce patrimoine comporte les terres mais aussi des éléments immatériels : la liberté, la continuité familiale, l’épaisseur de la vie quotidienne et la conscience de ce qui les entoure… Un visiteur indiscret pourrait demander à ces bonnes gens, ainsi que je l’ai fait : « Comment votre famille a-t-elle réussi à s’accrocher ? Et pourquoi ? »

La première question ouvre une vaste conversation portant sur le climat, les temps difficiles, les valeurs, l’innocence, la chance, l’adaptabilité, le respect de la terre, l’entêtement, les politiques gouvernementales (celles que l’on hait, celles dont on dépend), le marché mondial et le taux en protéines du blé. La seconde interrogation – pourquoi ? – relève d’une énigme suscitant des réponses qui se font poétiques et laconiques.

Lloyd Kanning mentionne la ténacité. Bob Toner ajoute : « C’est une excellente façon d’élever des enfants.» Craig French, d’une autre vieille famille, se tient debout devant les larges fenêtres de la maison qu’il a édifiée sur une hauteur, à 30 km au sud de Malta, et qui donne sur une prairie ondulant vers Beaver Creek.

« J’aime me lever et regarder ce que j’ai sous les yeux chaque matin. » Il évoque là la terre, le wapiti, le cerf mulet, l’antilocapre et l’aigle royal, et non ses vaches. Karen et Murray Taylor, qui habitent à 30 km au nord de Devon, prennent mes deux questions à cœur.

Murray, un homme mince coiffé d’une casquette, caresse doucement le bras de sa femme quand elle s’exprime. Le grand-père de Karen, originaire de Norvège, s’installa là en 1909. Maintenant, elle et Murray veulent prendre leur retraite.

Mais ils n’ont ni pension de retraite ni « investissement » autre que la sueur de leur front pour valoriser la ferme. Ils appellent leur exploitation le cercle 7, « parce qu’avec nos cinq enfants, nous sommes devenus un cercle de sept personnes et avons tous construit cet endroit. »

Ils peuvent se battre pour le reste de leur vie, dit Karen, ou vendre et jouir d’une retraite aisée. Elle sort l’album photo de la précédente récolte, un événement familial avec dix-huit personnes, gendres, belles-filles et petits-enfants grimaçant au milieu des moissonneuses-batteuses, camionnette apportant les repas et camions à grain remplis de blé doré.

« Nous voulons voir cet héritage prospérer », explique Karen. Tout fermier d’une exploitation familiale ressent cela, suppose-t-elle, « ou sinon il ne serait plus ici ». Il ne s’agit pas seulement d’une activité que l’on poursuit à tort ou à raison. Cela devient « une part de ce que vous êtes », affirme Karen. Puis elle ajoute simplement : « Votre identité. »

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