Voyage

Les îles Outer Banks, une nouvelle destination à découvrir au large de la Caroline du Nord

Les Outer Banks, des îles de Caroline du Nord, sont chères au photographe David Alan Harvey. Habitant des lieux par amour du site, il nous fait découvrir les recoins des ces terres paradisiaques. Jeudi, 9 novembre

De David Alan Harley

J’ai du mal à expliquer à certaines personnes pourquoi j’ai fini par vivre sur ce qui n’est, au fond, qu’un banc de sable sujet aux ouragans. Mais j’ai commencé à venir dans les Outer Banks de Caroline du Nord – souvent surnommées « OBX » – en 1956, à l’âge de 12 ans. C’est à peu près à la même époque que j’ai développé une passion pour la photographie.

Aujourd’hui, les parfums, la lumière et la météo imprévisible qui caractérisent les OBX font partie de moi. Quand je ne suis pas sur une piste poussiéreuse du Sénégal ou en train de danser au carnaval de Rio, je suis aux Outer Banks.

Après plus de quarante reportages pour le magazine National Geographic, j’ai vu beaucoup de choses et vécu intensément. Mais rien ne m’est plus agréable que ce que je vois depuis ma véranda.

Pour moi comme pour tous ceux qui y habitent, les Outer Banks sont une histoire de cœur. Personne ne vient ici pour faire carrière. Pour en fuir une, oui. Même si, quand je suis là, je travaille, le rythme de vie me convient davantage. Lorsque je venais avec mes parents, c’était un petit coin tranquille, avec quelques chalets d’été éparpillés au milieu des arbres.

Je campais sur la plage et je faisais du bodysurf. Adolescent, je prenais la Chevy ’53 familiale et je conduisais un peu trop vite avec mes copains dans les vasières, coude à la portière et radio à fond.

Mais mes souvenirs ne suffisent pas à expliquer l’emprise que les Outer Banks exercent sur moi. Il y a quelque chose de plus primitif, quelque chose qui est lié aux humeurs du temps. Chaque journée dévoile son cocktail inédit de soleil, de vent, de vagues et de pluie. Le ciel immense offre une large scène au spectacle des bourrasques estivales qui frappent la région.

Un banc de nuages blancs apparaît à l’horizon, puis s’obscurcit brusquement. Des éclairs retentissent, des colonnes d’eau s’élèvent de l’océan, des rideaux de pluie mêlée de sable martèlent les fenêtres. Et soudain, tout s’arrête. Le soleil revient et la brise fait à nouveau danser les cerfs-volants.

Ces petites tempêtes nous rappellent qu’à tout moment les vents capricieux peuvent précipiter un bateau sur les bancs de sable (comme en témoignent les épaves de deux ou trois mille bateaux qui jonchent le littoral des Outer Banks). Ou bien vous envoyer dans les airs (c’est grâce à eux que les aviateurs Wilbur et Orville Wright sont devenus célèbres). Vivre ici est un pari sur la météo.

Les îles sont des amas de sable très mobiles, que l’Atlantique grignote et déplace petit à petit. Des ouragans et des tempêtes tropicales importants passent régulièrement par ici, creusant parfois de nouveaux bras de mer. L’an dernier, le cyclone Irene a emporté le chalet d’été de mes voisins Billy et Sandra Stinson.

Il appartenait à la famille de Billy depuis plus de cinquante ans et c’était l’une des dernières maisons authentiques de Nags Head. Il avait été construit sur pilotis sur un terrain sec, mais, peu à peu, les eaux du détroit s’étaient glissées en dessous. Billy et Sandra sont fermement décidés à le reconstruire. Coup classique de joueur – on double la mise sur la météo.

Pourquoi vouloir vivre dans une telle insécurité ? Parce que nous sommes tous des joueurs et que nous pensons que notre chance durera. Et aussi parce que, quand il n’y a pas d’ouragan, la vie touche à sa plénitude. C’est aussi simple que cela. 

Les Outer Banks ont depuis longtemps le goût du spectacle. Les marlins et les grands requins capturés par les plaisanciers lors d’excursions en haute mer ont toujours attiré les curieux sur les docks. Et tout le monde ou presque a une histoire à raconter sur les chiens surfeurs. Mais le clou du show se trouve peut-être dans la fascination que les OBX ont toujours eu pour la pyrotechnie.

Dans le temps, les gens apportaient des cargaisons de feux d’artifice sur la plage et concevaient eux-mêmes des tableaux éblouissants. Ce n’était pas dangereux car il y avait moins de choses susceptibles de s’enflammer. Il y a quelques années, des règlements ont été mis en place, mais le spectacle du 4 Juillet vaut toujours le détour. Tous les soirs, en été, on peut encore entendre un bouquet de pétards sur la plage. 

Dans les années 1960, quand j’étais adolescent, les Outer Banks étaient un endroit où on se laissait pousser la barbe, où on louait un bateau pour aller pêcher le thon et le maquereau, et où on se prenait pour Barbe-Noire (qui est mort ici, en 1718). Mais ce qui caractérise vraiment un été aux OBX, c’est la vie insouciante que l’on y mène. Lorsque je me promène

à vélo dans mon quartier pour prendre des photos, je vois un lieu familial, où on peut emmener les enfants à la fête foraine, où les adolescents font ce que font tous les adolescents l’été, où on peut méditer et profiter du vent, des vagues et du temps inconstant.

Les gens sont-ils déconnectés ? Je l’espère – même s’ils doivent retourner tôt ou tard à la réalité. C’est en tout cas comme ça que je me sens ici : détaché de tout, sauf de ce qui est, à mes yeux, la plus belle bande côtière de la planète.