Voyage

À l'assaut des eaux turquoise slovènes

Quoi de mieux qu'un canoë pour partir à la découverte de cet écrin de verdure méconnu ? Lundi, 14 janvier

De Matt Carroll

À l'approche de la Soča, l'extraordinaire couleur de l'eau me laisse bouche bée. Tandis que Jakob, mon guide, s'affaire à préparer notre canoë, je me tiens sur un petit pont duquel j'observe, subjugué, le filet d'eau turquoise qui s'insinue entre les parois étroites des falaises situées plus bas. La végétation d'un vert vif des collines alentours donne presque l'impression que quelqu'un s'est amusé à retoucher les couleurs de Dame Nature.

Le contour des cimes escarpées qui bordent le fleuve donne à ces paysages un tour encore plus onirique. Il semblerait que les Alpes juliennes, la chaîne de montagnes de calcaire qui s'étend du nord-ouest de la Slovénie à la région du Frioul-Vénétie julienne en Italie, aient conspiré afin de garder secret ce pays des merveilles, à l'abri des touristes.

Et l'on dirait bien que cette stratégie fonctionne. La Slovénie a beau se trouver au cœur de l'Europe, à deux pas de pays touristiques incontournables que sont l'Autriche et l'Italie, elle reste un grand mystère pour de nombreuses personnes. Ce pays possède pourtant tout ce dont rêve le commun des mortels — plages cristallines, cimes majestueuses, gastronomie de renom et vallées secrètes —, le tout à seulement deux heures de route de la capitale, Ljubljana.

La terre, le vent, le feu et l'eau ont sculpté les paysages slovènes, laissant leur empreinte au fil des millénaires. Pour ma part, je me contente aujourd'hui de me laisser porter par le courant, pagayant avec paresse.

Si la Soča est célèbre pour les rapides qui émaillent ses 136 kilomètres, de nombreuses sections satisferont celles et ceux qui préfèrent les promenades paisibles — précisément ce que je recherche, à mesure que Jakob et moi descendons le courant.

Nous entrons juste en dessous de la Velika Korita, les « grandes gorges » en slovène, un étroit couloir rocheux où il est presque impossible de pagayer par endroits. Les jours de beau temps — et autant dire qu'ils sont nombreux —, vous pourrez voir des corps hâlés s'agglutiner sur les rochers escarpés. De temps à autre, un vacancier plonge dans l'eau depuis les rochers, acclamé par une foule de spectateurs curieux.

À l'ouest, les eaux peu profondes du fleuve nous surprennent. Une truite mouchetée d'eau douce tournoie sur les fonds sableux, à l'affût d'une mouche qui passerait par là. Les pêcheurs se positionnent de façon stratégique le long du rivage, ayant pour objectif de ramener une belle prise pour le dîner, qu'ils pourront également arborer fièrement sur leur compte Instagram.

Mais Jakob et moi ne sommes pas venus ici pour pêcher. Nous avons prévu de pagayer le long de la vallée de Trenta jusqu'à Boka, à environ 13 kilomètres à vol d'oiseau.

À mesure que nous progressons sous la lueur tachetée des arbres se dressant au-dessus de nous, les signes de vie s'estompent peu à peu. De chaque côté, les flancs de coteaux boisés laissent place aux cimes dentelées.

Les paysages sauvages rappellent davantage le Montana que l'Europe centrale. Le bruit de l'éclaboussure d'une pagaie ou le chant d'un oiseau surpris sur le rivage viennent par moment interrompre notre délicieuse solitude.

Tandis que le soleil s'estompe progressivement derrière nous et que les dernières lueurs du jour baignent les alentours d'une couleur chaude, un pont nous indique que nous sommes arrivés à Boka. Nous dérivons à droite et amenons le canot sur la rive, avant de remonter un sentier qui mène à l'hôtel éponyme, où nous attendent une bière et des hamburgers bien mérités.

 

SUIVRE LES TRACES...

La capitale slovène, Ljubljana, étant toute proche, pourquoi ne pas en profiter pour démarrer la journée autour d'un brunch dans l'un des cafés ou restaurants qui longent le rivage ? Empruntez ensuite la route incroyable qui mène au fleuve Soča par le col de Vršič. En seulement deux heures, vous vous retrouvez propulsé au cœur de paysages sublimes pour une retraite des plus paisibles, après avoir dégusté un café au lait dans la capitale.