Voyage

Etats-Unis : plongée dans les espaces sauvages

750 zones estampillées « Wilderness » échappent totalement aux véhicules mécaniques et à toute exploitation commerciale. Une nature à l’état brut à découvrir !

De Elizabeth Kolbert / Photographies de Michael Medford

Le ciel est d’un bleu soutenu, l’air magnifiquement limpide et il reste 1 m de neige au sol, en ce début de printemps, dans la Sandwich Range Wilderness, au coeur du New Hampshire. Je parcours la forêt depuis plusieurs heures, le plus souvent hors sentier, au côté de Fred Lavigne, bûcheron à l’occasion et homme de plein air à temps complet. Comme il l’observe joyeusement, nous ne relevons aucune empreinte humaine.

La Sandwich Range Wilderness n’est pas spécialement grande (140 km2). Mais c’est l’endroit idéal pour évoquer l’héritage du Wilderness Act, qui fête ses 50 ans cette année, car l’aire constitue un îlot préservé pour au moins 70 millions d’habitants alentour. Cette loi, signée le 3 septembre 1964 par le président Lyndon Johnson, est un merveilleux cadeau fait à la Nature.

Le texte a subi plus de soixante versions avant son adoption. Seul le Congrès est habilité à classer une terre en « Wilderness » (aire sauvage). Dès qu’un espace intègre cette catégorie, il échappe aux entreprises commerciales, comme l’exploitation forestière ou minière. Il reste ouvert à l’exploration humaine, mais pas aux véhicules mécaniques – les chevaux et les canoës, oui ; les VTT, non.

« Une aire sauvage, observe avec lyrisme le texte du Wilderness Act, est un lieu où la terre et sa communauté de vie ne sont point entravées par l’homme, et où l’homme lui-même n’est qu’un visiteur de passage. »

En 1964, la loi a distingué 54 zones de ce type ; depuis son approbation, le nombre des aires officiellement déclarées sauvages a grimpé à plus de 750. Elles vont de la minuscule Pelican Island Wilderness, et ses 2,2 ha au coeur de la Floride, à l’immense Wrangell-St. Elias Wilderness, plus étendue que la Belgique avec près de 3,7 millions d’hectares. L’ensemble de ces aires représente 5 % des États-Unis – soit plus que la Californie.

Mais la définition d’une aire sauvage reste vague. De nombreux espaces peuvent prétendre à l’appellation. Voilà quinze ans, Fred Lavigne a mené une campagne pour ajouter 4 000 ha à la Sandwich Range Wilderness. Il a gagné. Et la taille de l’aire a été augmentée de 40 %.