Animaux

Découverte : les loutres sont capables d'utiliser des outils

Les techniques précédemment utilisées pour étudier l'utilisation des outils chez l'Homme et les primates sont maintenant appliquées aux loutres de mer. Lundi, 8 avril

De Sydney Combs

Les archéologues peuvent en apprendre beaucoup en étudiant des restes préhistoriques. Des tas de pierres ébréchées et des coquilles brisées, écrasées par des humains jadis affamés, peuvent nous révéler où et comment nos ancêtres vivaient et pendant combien de temps.

À présent les scientifiques appliquent cette même approche archéologique pour déceler des comportements insoupçonnés chez un mammifère en voie de disparition.

Les loutres de mer sauvages ouvrent habituellement les moules en les écrasant sur des pierres stationnaires, ce qui en fait l'une des rares espèces animales capables d'utiliser des outils. En observant les loutres de mer du sud se livrer à de tels comportements le long de la côte californienne, puis en analysant l'usure des pierres et des coquillages déposés à proximité, les chercheurs ont pu tirer des conclusions surprenantes.

Par exemple, des fissures persistantes du même côté des moules mises au rebut suggèrent que la plupart des loutres sur le site étaient droitières. Pendant des décennies, les chercheurs ont estimé que seuls les grands singes et les humains avaient une préférence marquée pour une main, mais les kangourous, les baleines bleues et maintenant les loutres de mer montrent eux aussi des préférences.

Selon une étude récemment publiée dans la revue Scientific Reports, la taille des dépôts de coquilles et l’usure des roches fournissent également une base de référence permettant d’estimer le nombre de décennies d’alimentation des loutres sur ce site. En prouvant la viabilité de ces méthodes archéologiques, les futurs chercheurs pourront revenir et créer une chronologie d'activité sur ce site et ailleurs.

Forts de cette découverte, « nous pourrions en savoir plus sur la durée d'utilisation des outils par les loutres et sur l'étendue de leur utilisation », explique Jessica Fujii, responsable de l'étude, chercheuse principale à l'aquarium de Monterey Bay.

Les chercheurs pourraient également tenter de savoir pourquoi les loutres de mer du Sud - les sous-espèces vivant en Californie - sont plus susceptibles d'utiliser des outils que les loutres de mer du Nord, originaires du nord-ouest du Pacifique et de l'Alaska.

 

QUAND L'ARCHÉOLOGIE SE TOURNE VERS LES ANIMAUX

L'archéologie s'est déjà intéressée au règne animal, mais jusqu'à cette étude, les recherches étaient principalement axées sur les primates tels que les chimpanzés.

En 2016, les archéologues spécialistes des primates ont découvert que les singes capucins barbus utilisaient des enclumes de pierre plus de 600 ans plus tôt que précédemment imaginé et dans des régions que cette espèce de singe n'était pas sensée fréquenter.

D'ailleurs, des archéologues spécialistes des primates se sont associés à des biologistes spécialistes de la loutre de mer pour cette nouvelle étude.

« Nos collègues spécialistes de la loutre de mer travaillent depuis des décennies sur l'utilisation de la pierre et des outils par cette espèce », explique Natalie Uomini, scientifique principale à l'Institut Max Plank en histoire des sciences humaines à Munich.

Maintenant que l'archéologie animale s'est infiltrée dans les environnements marins, des découvertes similaires pourraient être faites chez d'autres espèces aquatiques capables de manier des outils. L’utilisation d'outils n’a été constatée que chez quelques animaux marins, dont les dauphins, qui utilisent des éponges pour protéger leur bec lorsqu’ils chassent des poissons au milieu des coraux.

Comme les loutres de mer, les labres à taches noires écrasent toutes leurs proies - des oursins aux tortues de mer juvéniles - contre leurs pierres stationnaires préférées.

« Il y a tellement de similitudes que c'est à peine croyable », déclare Culum Brown, biologiste au Fish Lab de l'Université Macquarie, en Nouvelle-Galles du Sud, en Australie.

« En utilisant les mêmes méthodes que l'archéologie traditionnelle », par exemple en fouillant des fragments de carapaces ou des tas de coquilles abandonnées, « vous pouvez voir depuis combien de temps les sites sont occupés ».

 

Cet article a initialement paru sur le site nationalgeographic.com en langue anglaise.