Environnement

La France connaît des épisodes de sécheresse inédits

L’été a été chaud et sec, excessivement même. Exception ou avant-goût d’un chamboulement climatique ?vendredi 27 octobre 2017

es effets de la sécheresse en France, à Saint-Andre-de-Corcy, au mois d'août 2015.
es effets de la sécheresse en France, à Saint-Andre-de-Corcy, au mois d'août 2015.

L’été 2017 a été marqué par un climat anormalement chaud dont les effets sont encore sensiblement ressentis pendant les weekends d’octobre. L’été indien dans toute sa chaude splendeur. Si les amateurs de plage automnale s'en sont réjoui, les agriculteurs, eux, se sont inquiétés de ne pas voir arriver la fin de cette année aux saisonnalités déréglées. En Corse, les habitants n’ont pas vu une goutte de pluie depuis mars.

En début de saison estivale, c’est la situation du sud-ouest de la France qui était préoccupante. Habituée à des précipitations régulières, la région Aquitaine a dû faire face à un automne et un hiver 2016 assez secs et les précipitations printanières ont été majoritairement absorbées par les plantes, ce qui a défavorisé l’hydratation des sols. Mais il apparaît que les régions sud-est ont été les plus affectées. À tel point que le Ministère de la Transition Ecologique avait décrété le niveau de sécheresse le plus élevé possible sur la grille Propluvia. Il s’agirait, selon Météo France, de la sécheresse la plus importante mesurée sur ces 60 dernières années. Les chiffres du déficit pluviométrique sont parlants :

?Nîmes (Gard) : 281 mm de pluie entre le 1er janvier et le 24 octobre, soit 52 % de moins que la valeur de référence

?Carpentras (Vaucluse) : 59 % de pluie de moins sur la même période

?Calvi (Haute-Corse) : 62 % de déficit

Rapport à la moyenne mensuelle de référence 1981-2010 des cumuls de précipitations
Rapport à la moyenne mensuelle de référence 1981-2010 des cumuls de précipitations

Le site Reporterre rapporte que ce sont les activités agricoles qui pâtissent le plus de cette situation. Les vignes auraient produit 30 à 40 % moins qu’en moyenne, a fortiori en région PACA où la production s’est vue réduite de 30 à 60 % en fonction des cépages. Même constat pour les châtaignes, les fruits, les agrumes… Le manque à gagner est énorme. À juste titre, certains agriculteurs s’inquiètent de voir l’été se prolonger indéfiniment et redoutent un hiver sec. Les réserves d’eau ont été épuisées par ce long épisode de sécheresse : il n’y aura pas d'eau pour affronter la même situation l’été prochain.

Trouver une solution à long terme va devenir l’enjeu crucial des années à venir car il est de plus en plus difficile de compter sur les réserves aquifères. Selon le Bureau de Recherches Géologiques et Minières (BRGM), environ 74 % de nos nappes phréatiques étaient classées en niveau bas à très bas au début de l’été. Cette situation est à l’origine de la mise sous arrêtés de 82 départements allant de 17 départements en simple vigilance ; et de la déclaration de 30 départements en situation de crise.

D’après les climatologues, cet été ne sera désormais plus un cas isolé. L’ONG Climat Central pointe du doigt le réchauffement climatique comme origine de la crise : « La probabilité qu’une vague de chaleur similaire se reproduise est aujourd’hui dix fois plus importante que s’il n’y avait pas de changement climatique. » On découvre également que de telles températures pourraient se répéter tous les 10 à 15 ans. L’étude de l’impact a été poussée jusque 2050, période à laquelle ces températures auront lieu un an sur deux et seront donc normalisées. Sébastien Cabot, animateur de la branche corse de la Confédération paysanne, a d’ailleurs déclaré à Reporterre « Météo France est venu nous faire une présentation. À Ajaccio, en 2050, on aura le climat de Tunis ».

Au-delà du réchauffement climatique, la responsabilité est également imputable à la consommation d’eau faite en France. Chaque année, nous prélevons 33 milliards de mètres cubes en eaux de surfaces. Environ 17 milliards concernent l’alimentation des centrales électriques suivie de l’agriculture et de la consommation d’eau potable. À problème globalisé, responsabilité partagée.

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