Environnement

Dans l'Atlantique Nord, le volume de plastique a triplé depuis 1960

Une étude scientifique visant à évaluer les populations de plancton a, sans le vouloir, enregistré l'augmentation sur des dizaines d'années de la pollution plastique. Mercredi, 17 avril

De Sarah Gibbens

Cet article a été réalisé en partenariat avec la National Geographic Society.

 

Pendant plus de 60 ans, des scientifiques du Royaume-Uni ont recueilli des données sur le plastique marin et ont ainsi construit l'une des bases de données les plus complètes sur le volume de plastique ayant atteint l'Atlantique Nord depuis l'apparition de ce matériau dans la vie quotidienne des ménages.

L'équipe de chercheurs, dont les résultats ont été publiés mardi dans la revue Nature Communications, est la première à confirmer de manière quantifiable la drastique augmentation du volume de plastique dans les océans depuis les années 1990.

 

COMMENT ONT-ILS FAIT ?

Calculer la quantité de plastique dans l'océan pose un réel défi. De nombreuses recherches s'appuient sur une étude parue en 2015 dans le journal Science qui estimait que la quantité annuelle de plastique déversée dans les océans était comprise entre 4,8 et 12,7 billions de morceaux. Cette fourchette est le résultat de diverses méthodes de calcul des déchets, d'observation des habitudes en matière de gestion des déchets, de consommation et des capacités de recyclage.

Les chercheurs ont également conscience que le plastique se retrouve partout dans l'océan grâce à des preuves visuelles comme le sac plastique aperçu dans la fosse des Mariannes ou l'enveloppe plastique d'un paquet de cigarette retrouvée à l'intérieur d'une méduse.

Pour détecter les augmentations de la quantité de plastique dans l'Atlantique Nord, les scientifiques ont eu recours à un vieux mais fiable appareil appelé Continuous Plankton Recorder (CPR, compteur continu de plancton). En forme de torpille, cet appareil échantillonne l'Atlantique Nord à la recherche de plancton depuis les années 1930.

Attaché à l'arrière d'un bateau via un câble métallique, il est ensuite traîné à la surface de l'eau.

« Ils sont très robustes, » indique l'auteure de l'étude Clare Ostle, biochimiste marin pour la Marine Biological Association. « Ils ont été conçus dans les années 1920 et leur design n'a pas changé. C'est pourquoi nous avons cette base de données. »

Au cours de l'histoire du CPR, ces petits dispositifs en métal ont parcouru plus de 12 millions de kilomètres à travers l'Atlantique Nord, parfois tirés à grande vitesse par des navires cargo ou des ferrys.

« Dans ce contexte, le CPR est vulnérable aux enchevêtrements au même titre que les mammifères marins qui passent un certain dans les eaux de surface, » fait remarquer l'étude.

Sur les 16 725 trajets effectués par le CPR, 669 ont eu ce genre d'incidents avec du plastique. Bien que le CPR n'ait jamais été destiné au dénombrement des déchets plastique, ce registre des trajets défectueux a fourni une base de données s'étalant sur plusieurs décennies.

En retraçant les événements enregistrés par le CPR, Ostle a pu constater que, depuis 1960, la quantité de plastique dans les océans avait triplé. La hausse la plus importante se situant entre 1990 et 2000.

 

COMMENT LES CHERCHEURS PEUVENT-ILS UTILISER CETTE INFORMATION ?

Après 2000, le type de plastique le plus couramment détecté par les chercheurs était celui des équipements de pêche. L'Atlantique Nord accueillant une activité intensive de pêche, Ostle souhaite à présent examiner la relation entre les types d'équipement de pêche, les pratiques et le volume de plastique détecté dans les eaux.

Distinguer les lieux où le plastique a tendance à se concentrer sera important pour la conservation, confie Ostle.

« C'est important pour la gestion des déchets et pour nos stratégies visant à remettre de l'ordre. » conclut-elle.

 

National Geographic s'est engagé à réduire la pollution de plastique à usage unique. En savoir plus sur nos activités à but non lucratif sur natgeo.org/plastics. Découvrez ce que vous pouvez faire pour réduire votre propre consommation de plastique à usage unique et engagez-vous.

National Geographic Society et Sky Ocean Ventures sont à l'initiative du projet Ocean Plastic Innovation Challenge dont l'objectif est d'amener divers acteurs du monde entier à collaborer pour développer des solutions innovantes afin de contrer la pollution provoquée par les déchets en plastique. Si vous avez une idée, n'hésitez pas à la partager avant le 11 juin à l'adresse oceanplastic-challenge.org.

Cet article a initialement paru sur le site nationalgeographic.com en langue anglaise.