Animaux

Les araignées sauteuses dévorent des reptiles trois fois plus gros qu'elles

Pour la première fois, des scientifiques ont rendu publiques leurs observations au sujet des araignées sauteuses dévorant des vertébrés.Thursday, November 9

De Traci Watson
Une araignée sauteuse royale femelle (Phidippus regius) déguste une rainette cubaine (Osteopilus septentrionalis) à Lake Placid, dans l'État de Floride, aux États-Unis.

Les araignées servent habituellement de repas aux reptiles et aux amphibiens. Or, au cours d'une inversion des rôles surprenante, ces arachnides font de leurs prédateurs potentiels leur repas.

Selon une nouvelle étude publiée dans le Journal of Arachnologyl'araignée sauteuse royale (Phidippus regius) peut s'attaquer à des grenouilles et des lézards faisant deux à trois fois son poids.

Pour la première fois, des scientifiques ont rendu publiques leurs observations sur les araignées sauteuses (la plus grande famille d'araignées) qui mangent des vertébrés.

« Nombreuses sont les espèces de grenouilles et de lézards connues pour intégrer les araignées à leur régime alimentaire », explique par e-mail Martin Nyffeler, co-auteur de l'étude et biologiste spécialiste en conservation à l'université de Bâle, en Suisse.

« Je suis très impressionné qu'une espèce d'araignée sauteuse puisse tuer et manger de petites grenouilles et lézards. »

Très répandue dans l'État de Floride, l'araignée sauteuse royale longue de plusieurs centimètres est l'une des plus grosses au monde, un atout potentiel contre des animaux comme la rainette cubaine, originaire des Caraïbes mais qui envahit désormais l'État du Soleil (surnom donné à la Floride). 

Loret Setters, blogueuse spécialiste de la nature originaire d'Holopaw, en Floride, a vu de ses propres yeux une rainette cubaine prise au piège des mâchoires d'une araignée sauteuse.

« Elle me fixait et semblait dire : "tu es la prochaine sur la liste !" », se souvient-elle. « J'étais absolument stupéfaite. »

 

UN FAIBLE POUR LES CUISSES DE GRENOUILLES

À la recherche de comptes-rendus et de photos sur cet étrange phénomène, Martin Nyffeler a parcouru la Toile et a trouvé huit autres cas dans sept comtés de l'État de Floride.

Jeff Hollenbeck, spécialiste amateur des araignées, a photographié une araignée sauteuse royale femelle en train de dévorer un anole vert (Anolis carolinensis) dans le comté de Marion, aux États-Unis.

Selon les chercheurs, l'anole (un lézard rapide friand d'araignées) était près de deux fois et demi plus long que sa prédatrice, mais ne faisait pas le poids face au venin et aux énormes pattes avant épineuses de l'araignée.

« J'étais très étonné, alors qu'il n'y avait finalement pas de quoi l'être », écrit le spécialiste dans un e-mail.

Une araignée sauteuse royale femelle déguste une rainette cubaine dans un quartier résidentiel de Land O' Lakes, en Floride.

L'araignée sauteuse royale est une « une araignée sauteuse qui n'a pas froid aux yeux et femelles comme mâles n'hésitent pas à éliminer des proies plus grandes qu'eux, telles que des sauterelles, libellules, etc. ».

Contrairement à d'autres araignées, les araignées sauteuses ont un œil extrêmement aiguisé et utilisent leur vision stéréoscopique et leur sens chromatique pour traquer et se jeter sur leurs proies.

L'araignée sauteuse royale a très certainement recours à son « excellente vision » lorsqu'elle traque lézards et grenouilles, confirme le co-auteur de l'étude et biologiste.

 

DÉVORER L'ENNEMI

Pourquoi donc une araignée qui s'en tient habituellement à des victimes plus petites et plus faciles (en règle générale, des insectes) jette-t-elle son dévolu sur des animaux plus dangereux ?

Ils pourraient tout simplement se trouver au bon endroit, au bon moment. Selon Thomas C. Jones, écologiste comportemental à l'université d'État de l'Est du Tennessee, la recherche montre que les araignées savent évaluer les risques et ajuster avec précision leur partie de chasse en conséquence.

« Elles ont tendance à se faire plus téméraires à mesure que leur faim grandit », explique l'écologiste qui n'a pas participé à l'étude.

Bien que ce phénomène soit probablement rare, Martin Nyffeler soupçonne que ces préférences alimentaires soient passées inaperçues en raison de la timidité des arachnides.

Si les araignées sauteuses sont les chouchoutes du biologiste, il reconnaît avoir de la peine pour les grenouilles et les lézards : « je suis certes un grand fan des araignées, mais j'aime également les grenouilles et les lézards ».

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