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Le Japon reprendra la pêche commerciale à la baleine dès le mois de juillet

Des spécialistes se prononcent sur le retrait du Japon de la Commission baleinière internationale (International Whaling Commission) et expliquent les conséquences que cette décision aura. Jeudi, 3 janvier

De Rachel Fobar

Les Japonais tâtent le terrain.

Comme l’a rapporté Kyodo News le 20 décembre, le Japon aurait décidé de se retirer de la Commission baleinière internationale (CBI), qui interdit la pêche commerciale à la baleine depuis 1986, afin de reprendre cette activité dans ses eaux côtières. La commission, composée de 89 gouvernements membres, a été créée en 1946 pour protéger les baleines et gérer la pêche de ses mammifères dans le monde entier.

Des représentants du Japon ont indiqué que l’article en question était mensonger et que le gouvernement n’avait pas encore décidé si le pays allait reprendre ou non la pêche commerciale à la baleine. « La position officielle du Japon, à savoir que nous voulons reprendre la pêche commerciale à la baleine dès que possible, n’a pas changé », a confié au Guardian un représentant d’un organisme de gestion des pêches qui a préféré garder l’anonymat. « Mais les déclarations annonçant que nous allons quitter le CBI sont incorrectes. »

Le Japon est le principal marché de viande de baleine ; toutefois, la consommation de cette dernière y est limitée. Selon un rapport réalisé conjointement par l’organisation à but non lucratif Animal Welfare Institute, qui cherche à réduire la souffrance animale, et Environmental Investigation Agency, qui surveille la criminalité internationale liée aux espèces sauvages, les Japonais consomment environ 28 g de viande de baleine par personne et par an, soit entre 4 000 et 5 000 tonnes chaque année pour l’ensemble du pays.

Astrid Fuchs, directrice du programme de la pêche à la baleine pour l’ONG britannique Whale and Dolphin Conservation, estime que le retrait du Japon serait principalement une décision politique, prise pour montrer que le pays peut utiliser les océans comme bon lui semble. (Découvrez comment la communauté internationale a récemment agi pour mettre un terme à la pêche de rorquals boréals au Japon).

Comme le Japon est le chef de file des pays en faveur de la pêche à la baleine, son retrait pourrait inspirer d’autres pays, tels que la Corée du Sud et la Russie, à faire de même, a-t-elle ajouté.

La pêche à la baleine à visée scientifique n’est pas concernée par l’interdiction et les biologistes peuvent donc étudier le statut reproductif, le contenu de l’estomac et les effets des changements environnementaux sur ces mammifères. Le Japon est accusé depuis longtemps de cacher ses activités derrière cette exemption : en effet, les pêcheurs à la baleine fournissent aux chercheurs quelques parties du corps des mammifères et vendent la viande pour la consommation humaine.

« Ils se moquent du moratoire et de la volonté des citoyens internationaux depuis longtemps », confie Kitty Block, présidente de Humane Society International.

Cet été, lors de la réunion annuelle de la commission, les membres ont voté au sujet de la proposition du Japon d’autoriser la pêche commerciale à la baleine. Celle-ci a été rejetée.

« Ils ont investi beaucoup d’argent dans cela », explique Astrid Fuchs. « Une partie du gouvernement pensait vraiment qu’ils seraient capables de faire changer d’avis quelques pays lors de la réunion. »

Après la réunion, des représentants tels que Masaaki Taniai, vice-ministre des Pêches, et Joji Morishita, commissaire du Japon à la CBI, ont déclaré qu’ils envisageaient de se retirer de la commission, une menace que le pays avait déjà formulé par le passé.

Toutefois, Astrid Fuchs pense que cette fois, les choses seront différentes. « Il semblerait qu’ils aient vraiment l’intention de le faire », a-t-elle déclaré.

Un avis que partage Kitty Block. « Lorsqu’ils ne parviennent pas à leurs fins lors de ces réunions internationales, ils disent qu’ils vont se retirer. Cela fait de nombreuses années désormais qu’ils font cette menace en l’air. Mais cette fois, elle semble un peu plus virulente. »

Si le Japon se retire de la commission, le pays ne pourra plus bénéficier de l’exemption de la CBI relative à la pêche à la baleine à visée scientifique dans les eaux internationales et devrait donc cesser de pêcher en haute mer. La raison ? La Convention des Nations unies sur le droit de la mer, qui requiert de ses signataires, dont fait partie le Japon, de travailler à la conservation des mammifères marins par le biais « d’organisations internationales appropriées ». Pour les juristes, cela fait référence à la CBI, même si un pays n’en est pas membre. En se retirant de la commission baleinière internationale, le Japon profitera d’un seul avantage : celui de certainement reprendre la pêche à la baleine dans ses eaux territoriales sans aucun contrôle extérieur.

Ceci pourrait constituer une bonne nouvelle pour les baleines qui vivent dans l’Antarctique, où le Japon a tué plus de 300 spécimens en 2016 dont plus de 200 femelles en gestation, mais pas pour les espèces présentes dans les eaux japonaises.

Il subsiste une inquiétude toute particulière quant au statut des baleines de Minke, désignées par le terme « J-stock », qui vivent au large du Japon et sont fréquemment pêchées. Celles-ci sont victimes de la pêche car elles sont assez abondantes : elles n’ont pas été décimées lorsque la pêche commerciale à la baleine était à son paroxysme dans les années 1970.

Selon Natalie Barefoot, professeur de droit à l’Université de Miami et spécialiste des lois relatives aux baleines, il serait possible de simplifier les choses de certaines façons si le Japon était honnête quant à son intention de poursuivre la pêche commerciale à la baleine.

« Nous avons cet échange où le pays prétend qu’il pêche des baleines pour la recherche scientifique », déclare-t-elle. « Si le Japon changeait de position et déclarait : « Oui, c’est ce que nous faisons. Nous pratiquons la pêche commerciale à la baleine », eh bien d’une certaine façon, ce serait un soulagement car nous pourrions avoir une vraie discussion au sujet des activités du pays dans les eaux internationales. »

Si le Japon se retire de la commission, il ne sera affecté par aucune conséquence formelle ; toutefois, d’autres pays pourraient prendre les choses en main et imposer des sanctions, comme par exemple refuser au Japon l’accès à leurs eaux territoriales pour y pêcher. Cette décision signifierait également que le pays ne participerait plus au dialogue international relatif à la pêche à la baleine.

« À mesure que nous devenons une communauté de plus en plus internationale, il est préférable que tout le monde soit assis autour de la table, même si vous êtes en désaccord, et de poursuivre le travail, tout simplement », a indiqué Natalie Barefoot. « Nous abordons des problèmes internationaux et nous avons besoin de les aborder tous ensemble. »

Selon Astrid Fuchs, le Japon n’a pas choisi au hasard de formuler sa dernière suggestion de retrait de la commission : avec les fêtes de fin d’année, le pays espère faire face à moins d’opposition.

Elle ajoute qu’avec des sujets aussi controversés que la pêche à la baleine au Japon, « il est assez courant que des fuites pas vraiment accidentelles se produisent. » Cela permet au pays de « tâter un peu le terrain et de voir les réactions que cela suscite avant de faire son annonce. »

Mise à jour : le gouvernement japonais a annoncé le 26 décembre reprendre la chasse commerciale des baleines dès le mois de juillet 2019.

 

Cet article a initialement paru sur le site nationalgeographic.com en langue anglaise.