Animaux

Partez à la découverte des lémuriens protégés de Madagascar

De nouveaux projets de tourisme durable ont pour but de mieux protéger ces primates endémiques de Madagascar. Lundi, 7 janvier

De Michaela Trimble

Associé à la destruction et à la dégradation de leur habitat, le braconnage s’est révélé être la menace la plus grave pour la population en déclin des lémuriens de Madagascar. D'une taille allant du microcèbe pygmée mesurant 14 cm et pesant 31 grammes à l'indri de 73 cm et près de 8.5kg en moyenne, ces primates sont endémiques de Madagascar, une nation insulaire située au large de la côte sud-est de l'Afrique. Au bord de l'extinction, plus de 100 espèces répertoriées dans le pays sont actuellement considérées comme étant en voie de disparition.

« La dégradation de leur habitat est désastreuse à Madagascar », explique Russell Mittermeier, responsable de la conservation de Global Wildlife Conservation et président du groupe de spécialistes des primates. « C'est l'une des pires situations de conservation au monde, avec l'érosion la plus grave que j'ai jamais vue. À présent, seulement 10 % de l'écosystème reste intact et la destruction continue. »

Alors que toutes les espèces de lémuriens sont en déclin en raison d'une importante perte d'habitat, certaines, comme les lémurs couronnés, sont plus touchées par le braconnage que d'autres. Rien qu'en juillet 2016, 62 ont été braconnés dans la forêt de Bobankora, une zone protégée destinée à servir de refuge aux lémurs couronnés. « Ils sont principalement ciblés comme sources de nourriture », explique Mittermeier. « Mais ce n'est souvent pas pour la subsistance, mais plutôt pour le marché de la restauration locale. »

Pour lutter contre ce problème, Time and Tide Miavana - un complexe hôtelier privé de 14 villas situé à Nosy Ankao, au nord-est de Madagascar - a collaboré avec Mittermeier et la communauté locale de l'île pour lancer un transfert de lémurs couronnés sans précédent. Quatre lémuriens adultes et un nourrisson ont été transportés de la forêt de Bekaraoka à Nosy Ankao, marquant le premier transfert enregistré de cette espèce dans le nord-est de Madagascar.

« Peu d’espèces de lémuriens s'en sortent bien en captivité ; ils doivent être conservés à l'état sauvage », explique Mittermeier en présentant le projet. « L'écotourisme défendu par Time and Tide Miavana représente l'avenir de l'économie malgache et de sa biodiversité, particulièrement importante pour les communautés locales. Nous ne disposons d'aucun outil de conservation plus précieux que lorsque l'écotourisme est correctement géré. »

À la suite d'incidents de braconnage de masse en 2016, Ny Sanda Ranaivoson, chargée de programme à la Fondation Time and Tide de Madagascar, a collaboré avec Time and Tide Miavana et une multitude d'organisations locales - l'Université d'Antsiranana, Zoos Victoria, Partenariat pour la biodiversité de Madagascar et Zone protégée de Loky Manamabato, dirigée par l'ONG Fanamby - pour soumettre une proposition au ministère de l’Environnement malgache. Cette proposition garantissait le financement d'un projet de conservation durable bénéficiant aux lémuriens couronnés tout en générant un tourisme communautaire.

Les partenaires du projet espèrent créer une incitation à dissuader les activités de braconnage illégales. « Nous avons contacté les communautés riveraines de la forêt de Bekaraoka pour leur parler du programme », explique Ranaivoson. « Ils avaient envie de travailler avec nous et grâce à leur soutien, nous avons pu obtenir un financement pour la recherche sur ces lémuriens, ce qui comprend le prélèvement et le transport d'échantillons, ainsi que la nouvelle capture et le transfert des lémuriens à Nosy Ankao. »

Depuis leur arrivée à Nosy Ankao, les lémuriens couronnés sont à l'abri des pressions de la chasse sur le continent malgache. Une équipe environnementale de la population locale de Nosy Ankao les surveille quotidiennement. L'écosystème s'est révélé capable de remplir le régime alimentaire de l'espèce et, depuis le transfert, les lémuriens ont déjà pris du poids.

« Notre objectif à long terme est de relocaliser la progéniture de lémurs couronnés de Nosy Ankao dans la forêt de Bekaraoka, mais nous ne le ferons que lorsque le braconnage aura diminué et que les communautés seront effectivement engagées dans des activités d'écotourisme et de conservation », a déclaré Ranaivoson.

Pour voir le projet de visu, les voyageurs de Time and Tide Miavana sillonnent la forêt avec Simon Andrianiaina, guide terrestre principal du complexe. « Nous faisons des excursions [pour voir des] lémuriens à un niveau encore inégalé à Madagascar », explique Andrianiaina. « Nous allons dans des endroits si reculés que seuls les naturalistes purs et durs seraient disposés à y aller. C'est pourquoi nous y allons en hélicoptère, réduisant ainsi le trajet de 10 heures à 30 minutes et offrant une vue panoramique sur la campagne malgache. »

Les voyageurs se rendent sur le continent malgache pour aller au mont Amber où ils peuvent voir le lémur de Sanford et la zone protégée de 2590 kilomètres carrés de Loky-Manambato, où ils peuvent rechercher les rares ropithèques de Tattersall et lépilémurs de Daraina. Enfin, ils retournent sur les sentiers sablonneux et plats de la forêt côtière de Nosy Ankao pour apercevoir les lémurs couronnés déplacés.

Cet accès privilégié à l'habitat des lémuriens sacrés de l'île est rendu possible par une collaboration étroite avec la communauté des Amparihirano. La Time and Tide Foundation forme et emploie des rangers pour surveiller les lémuriens et signaler tout cas de braconnage ou d'activité illégale. À l'aide de colliers radio, l'équipe environnementale répertorie les activités quotidiennes et l'emplacement des lémuriens sacrés dans la forêt de Nosy Ankao, ce qui leur permet de cartographier les zones habituelles d'alimentation et de repos et de déterminer le temps qu'il leur a fallu pour choisir leur propre territoire dans la forêt. Bien que les lémuriens puissent être observés toute l'année, leurs habitudes changent de saison en saison.

Les gardes forestiers dirigent également les efforts de reboisement de la région pour réduire la perte d'habitat des espèces animales. Cela inclut un projet formé par 15 femmes de la région - une pépinière construite pour se protéger contre l’agriculture traditionnelle sur brûlis dans la région de Loky-Manambato.

« Sur le continent et à Nosy Ankao, nos clients ont le privilège d'interagir avec les lémuriens sans se mêler à d'autres touristes », explique Andrianiaina. « Et une fois que les lémuriens de Nosy Ankao auront dépassé la phase de familiarisation, les visiteurs n'auront pas à quitter l'île à moins qu'ils ne veuillent découvrir le reste de Madagascar et de sa faune.»

 

Michaela Trimble est une journaliste et photographe spécialisée dans les voyages, basée dans le sud de la Floride. Suivez-la sur Instagram @MichaelaTrimble et Twitter @Mich_Trimble.