Animaux

Un « ver géant » de 8 mètres observé au large de la Nouvelle-Zélande

Également surnommé « cafard de mer », ce ver géant est en réalité un pyrosome. Jeudi, 28 février

De Demi Guo

Le 25 octobre 2018, Steve Hathaway tournait une publicité pour promouvoir le tourisme sur une île au large des côtes néo-zélandaises lorsque son ami, Andrew Buttle, l'a appelé pour lui montrer quelque chose d'étrange.

« Il se moque de moi », c'est ce que Hathaway dit avoir pensé en entendant ce que Buttle avait trouvé. Il a enfilé son équipement de plongée et s'est jeté à l'eau. C'était une créature translucide ressemblant à un ver qui mesurait près de 8 mètres de long, s'apparentant à une manche à air géante. Il s'agissait en réalité d'un pyrosome. Cela faisait des année qu'Hathaway souhaitait en voir un.

Nager tout autour de lui « était vraiment incroyable », dit Buttle. « On pouvait voir des centaines de milliers de minuscules créatures de si près.»

Cela est dû au fait qu'un pyrosome n'est pas un seul animal, c'est une colonie flottante de centaines ou de milliers d'organismes individuels appelés zooïdes. Les zooïdes sont eux-mêmes de petites créatures multicellulaires qui filtrent la nourriture en pompant l'eau à travers leur propre corps, en attrapant du phytoplancton, des bactéries, des particules d'excréments animales ainsi que tout ce qu'ils peuvent nettoyer.

Ce processus consistant à pomper de l'eau dans un siphon puis à l'expulser par un autre en fait un groupe appelé les tuniciers, ou « ascidies ». Un autre surnom ? « Cafards de mer », pour leur capacité à filtrer même la nourriture des environnements les moins hospitaliers.

Le pyrosome et son cousin, le salpidé, sont une source de nourriture « extrêmement importante et très abondante », explique Andrew Jeffs, professeur de sciences de la mer à l'Université d'Auckland. Tous deux sont des aliments pour la faune marine, y compris les tortues et la spécialité de Jeff, les homards à épines. Les prédateurs peuvent s'accrocher à ces tubes pendant des semaines et se nourrir.

« C’est comme si nous, humains, nous suspendions à un éléphant pour le manger. », dit-il. « Ils peuvent se permettre de prendre le temps et de manger suffisamment pour en tirer les bienfaits dont ils ont besoin. » Cependant, les animaux meurent souvent en mangeant par erreur des sacs en plastique qui leur ressemblent, à eux ou à d'autres organismes gélatineux comme des méduses.

Pour se nourrir, les pyrosomes nagent verticalement vers la surface de l'océan la nuit pour capturer du phytoplancton puis retournent dans les profondeurs lorsque le jour se lève, probablement pour éviter les prédateurs qui se nourrissent le jour.

Ces corps tubulaires gélatineux brillent grâce à une bioluminescence naturelle. C'est ainsi qu'ils ont reçu le nom pyrosome, du grec « feu » et « corps ». Ils peuvent être aussi petits qu'un centimètre ou aussi gros que (ou plus gros que) celui de la vidéo. 

Ce processus de construction inclut à la fois la reproduction sexuée et asexuée, explique Moira Decima, écologiste en zooplancton à l'Institut national de recherche sur l'eau et l'atmosphère de Wellington. Ils grandissent rapidement, mais il est difficile de cerner à quelle vitesse exactement. Il existe plus de recherches sur les salpidés, qui sont constitués d'un seul zooïde et sont plus communs que les pyrosomes.

Cependant, cela pourrait changer. Decima souligne qu'il y a eu une énorme prolifération de pyrosomes sur la côte ouest des États-Unis en 2017 et affirme que de plus en plus d'efforts sont déployés pour comprendre ces créatures. 

Buttle et Hathaway, tous deux plongeurs expérimentés, ont réussi à repérer ce pyrosome pendant la saison chaude en Nouvelle-Zélande. L'île de Whakaari se trouve à moins de 50 km au large du continent. Également connue sous le nom d'île blanche, il s'agit d'une attraction touristique réputée pour son stratovolcan actif.

Les températures plus élevées durant la saison estivale entraînent une mutation de la faune et de la flore océanique. « On tombe toujours sur quelque chose de nouveau à cette époque », déclare Hathaway. Après une carrière de onze ans comme vidéographe, il avait déjà vu bien des choses de la vie océanique, y compris des raies mantas et des baleines. Buttle et lui ont tous deux nagé autour du pyrosome pendant environ quarante minutes.

Une des choses qu'il souhaiterait tirer de cette expérience, ajoute-t-il, serait de le partager sur sa plate-forme de divertissement éducatif pour enfants, Young Ocean Explorers. « Je sais que les enfants vont adorer », dit-il. « Pour eux, cela ressemble à un ver géant. Parfois, il faut quelque chose d'étrange pour que cela interpelle les gens. »