Pourquoi ces crabes se confectionnent-ils des chapeaux en éponge ?

De nouvelles recherches révèlent que ces inventifs crustacés passent des heures à confectionner leur couvre-chef, pour se protéger des prédateurs.

De Christie Wilcox

Les chapeaux ridicules ne sont pas l'apanage des Hommes : les crabes-éponges prennent eux aussi des partis-pris audacieux par le biais de leur couvre-chef.

De nouvelles recherches révèlent pour la première fois comment ces crustacés façonnent de tels atours.

Les plus de 130 espèces de crabes-éponges de la famille Dromiidae portent ce nom car elles se coiffent de « chapeaux » surdimensionnés en éponges vivantes. Les astucieuses créatures se coupent un morceau d'éponge et le façonnent pour le porter sur leur dos en utilisant des épines qui semblent dédiées à cet usage au niveau de leurs membres arrière.

Vraisemblablement, ce comportement repousse les prédateurs : les éponges ne sont pas vraiment appétissantes et regorgent souvent de poisons puissants. On ignore si les éponges ont vraiment intérêt à être transportées, mais elles ne semblent pas avoir été blessées en étant transformées en chapeaux.

De nombreux crabes se camouflent de la même manière avec des éléments de leur environnement, mais les crabes-éponges intriguent particulièrement les scientifiques car ils sont primitifs, et possèdent un système neurologique beaucoup moins évolué que la plupart des crabes modernes.

Par conséquent, le fait qu’ils utilisent ce type d’outils est en soi remarquable et on sait relativement peu de choses sur la façon dont ils choisissent ou créent leurs couvre-chef.

 

DES CHAPELIERS MÉTICULEUX

Pour les besoins de leurs recherches, Keita Harada, qui travaille à l'aquarium de Shirahama et Katsushi Kagaya, physiologiste des animaux au Centre Hakubi de l'Université de Kyoto, ont mis au point une expérience en ayant recours à des éponges artificielles en laboratoire.

L’équipe a choisi des éponges de mélamine que ses membres ont mises en place dans des bassins expérimentaux. Une véritable offrande faite à 38 crabes Lauridromia dehaani, dont les moindres faits étaient observés.

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La première surprise est peut-être que les crabes ont commencé par utiliser de la mousse artificielle, ce qui laisse supposer qu’à la limite, les crabes pourraient utiliser à peu près tout pour se couvrir le corps.

La séquence vidéo a révélé que les crabes passaient beaucoup de temps sur leurs chapeaux : cinquante minutes en moyenne pour couper un morceau de mousse à la bonne taille et jusqu'à cinq heures pour creuser avec soin le trou que leur corps finirait par combler, selon la recherche publiée en février sur le site bioRxiv.

Cette grande opération s'est déroulée la nuit, ce qui peut être un signe d'adaptation pour éviter les prédateurs diurnes. Et, fait intéressant, chaque crabe avait sa propre technique pour réaliser son chapeau, suggérant que les traits de personnalité pourraient influer sur la façon dont les crabes abordent cet art singulier. Certains ont choisi de couper le grand morceau de mousse en un morceau plus facile à manier, tandis que d'autres ont opté pour le morceau de taille moyenne.

Généralement, plus le crabe est gros, plus le morceau de mousse avec lequel il choisit de se coiffer est imposant. Mais de manière inattendue, les plus gros crabes semblaient totalement se désintéresser des éponges.

« Lorsque les crabes dépassent environ neuf centimètres, ils ne font pas le choix de l'éponge », explique Kagaya par e-mail.

Pour lui, si les crabes dépassent cette taille, ces chapeaux ne peuvent améliorer suffisamment leurs défenses pour valoir le temps et l'énergie nécessaires à leur fabrication.

 

UNE INTELLIGENCE INSOUPÇONNÉE ?

Mary Wicksten, experte en crabe à l'université du Texas A&M, juge l'étude intéressante mais aurait souhaité que les chercheurs aient davantage manipulé les différents éléments pour tester plus avant la complexité du comportement du crabe-éponge.

Par exemple, les crabes-araignées attachent de la même manière des matériaux de camouflage à leurs carapaces par le biais de manœuvres et peuvent ajuster leur utilisation, mais dans leur cas, « si quelque chose ne va pas, ils reviennent simplement au point de départ et se remettent à l’ouvrage » explique-t-elle.

Wicksten indique vouloir savoir ce que les crabes auraient fait si les chercheurs étaient intervenus brièvement à mi-parcours de la fabrication des couvre-chefs. Le crabe aurait-il alors repris le cours normal du processus de fabrication ? Cela signifierait que ce crabe possède des processus cognitifs plus sophistiqués que ce que l'on suppose aujourd'hui.

Kagaya a quant à lui des questions auxquelles il aimerait s'attacher à répondre, par exemple déterminer si les crabes préfèrent les matières toxiques ou colorées. Et cela signifie inévitablement la diffusion de nouvelles vidéos de ces crabes, ce qui est une bonne nouvelle pour nous tous.

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