Plus que tout, les orques ont besoin de leur groupe pour survivre

À l’archipel Crozet, dans l’océan Indien, un groupe d’orques a été massacré et décimé à cause de la pêche illégale. Des chercheurs français se sont intéressés au comportement adopté par ses rescapés pour survivre.

De Arnaud Sacleux
Les orques, bien qu'adoptant des comportements grégaires, ont un système social « matrilinéaire », basé sur ...
Les orques, bien qu'adoptant des comportements grégaires, ont un système social « matrilinéaire », basé sur la sélection de parentèle, qui signifie que les individus vont avoir tendance à favoriser leurs proches quand il s’agira de partager de la nourriture ou de transmettre des savoirs comme des techniques de chasse.
Photographie de Ken Canning, getty images via istock

Durant 6 ans, entre 1996 et 2002, des parties de pêche illégales ont engendré la capture d’un grand nombre de légines australes près de l’archipel Crozet. Ce poisson vivant dans les mers froides a une forte valeur marchande, mais constitue également une part importante du régime alimentaire des populations d’orques de l’archipel. Leur pêche a entraîné la mort de la moitié de ces populations d’orques et depuis, leur taux de survie n’a jamais retrouvé sa valeur initiale et les populations peinent à se stabiliser durablement. Comment les rescapés ont-ils tenté de survivre ? Marine Busson, chercheuse CNRS à l’Université de La Rochelle, a travaillé avec son équipe sur le comportement social des orques, en lien direct avec leur instinct de survie. Ils ont récemment publié une étude dans la revue Proceedings of the National Academy of Sciences qui met pour la première fois en lumière les conséquences sur le long terme d’un événement ayant affecté la survie et l’organisation sociale d’une espèce de mammifère.

 

UN COMPORTEMENT TRÈS HUMAIN

Grâce à un suivi par photo-identification entamé en 1987, les scientifiques ont pu prouver que les orques survivants au sein d’une population décimée comme celles de l’archipel Crozet adoptent un comportement social dit « erratique », s’intégrant d’un groupe social à un autre. Ce comportement est à mettre en lien direct avec leur instinct de survie ; l’orque est une espèce qui ne sait chasser qu’en groupe.

Ce comportement grégaire est observé chez d’autres mammifères marins. Pseudorca crassidens, plus connu sous le nom de fausse-orque ou encore Physeter macrocephalus, le cachalot, témoignent d’agissements similaires. « On observe chez ces espèces des comportements sociaux tels que la chasse en groupe ou les soins dits allo parentaux, c’est-à-dire effectués par des individus autres que les parents directs » nous indique Marine Busson.

La stratégie d'attaque coordonnée des orques

Ces comportements, témoins de mœurs sociales immuables à la survie de ces espèces, peuvent parfois être poussés à l’extrême. « Chez le Globicephala melas, la grégarité est telle que l'on observe quelque fois des échouages massifs d'individus. Lorsqu'un individu se retrouve échoué sur une plage, c'est souvent tout le groupe qui le rejoint » précise la chercheuse.

Si tous ces comportements laissent supposer que la sociabilité est nécessaire pour la survie des populations de mammifères, cette étude est la première à en prouver le lien direct.

 

DES POPULATIONS QUI PÉRISSENT

Moins ces associations sont durables, plus les probabilités de décès pour les orques sont fortes. Mais la socialisation ne se passe pas toujours comme prévue, surtout au sein d’un groupe déjà formé. Résultat, les populations de rescapés peinent à perdurer et finissent par dépérir par manque de nourriture.

Différentes raisons peuvent-être attribuées à ces échecs d’intégration.

Un groupe d'orques encercle une raie et un plongeur

« Les orques survivants n'ont pas réussi à intégrer durablement de nouveaux groupes premièrement car cela aurait pu perturber l'équilibre déjà existant d'un groupe social » avance Marine Busson. En effet, la taille du groupe est un facteur important. S’il ne présente pas assez d'individus, les orques n'arriveront pas à chasser efficacement. Au contraire, trop d'individus et le résultat de la chasse ne sera pas suffisant pour subvenir au besoin de chacun. « Les nouveaux membres ne sont donc pas toujours les bienvenus au sein d'un groupe. Ils pourraient augmenter la compétition entre les individus et perturber un groupe dont la taille est déjà optimale. » 

De plus, les orques ont un système social « matrilinéaire », basé sur la sélection de parentèle, qui signifie que les individus vont avoir tendance à favoriser leurs proches quand il s’agira de partager de la nourriture ou de transmettre des savoirs comme des techniques de chasse. Les orques peuvent identifier leurs proches notamment grâce à un système acoustique très développé où chaque individu a sa propre signature acoustique. « Cette sélection de parentèle et la facilité d'identification des individus non proches génétiquement parlant ont pu également être un frein à l'association permanente des individus survivants à de nouveaux groupes » conclut Marine Busson.

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