Découverte d'une mygale bleue scintillante au Sri-Lanka

La nouvelle espèce d'arachnide, originaire des forêts tropicales sri-lankaises, est assez grande pour se saisir sans effort d'un beignet.mercredi 28 août 2019

Les femelles des espèces nouvellement découvertes ont les pattes bleu vif, tandis que les mâles arborent un brun mousseux.
Les femelles des espèces nouvellement découvertes ont les pattes bleu vif, tandis que les mâles arborent un brun mousseux.
photographie de Ranil P. Nanayakkara

Le Sri Lanka abrite une nouvelle espèce de mygale. Les femelles de cette espèce sont teintées de turquoise et assez grandes pour se saisir sans effort d'un beignet.

Les scientifiques ont découvert ces arachnides dans une parcelle isolée de la forêt pluviale du sud-ouest du Sri-Lanka, au beau milieu de plantations de thé et de caoutchouc. Vivant dans des terriers tubulaires doublés de soie, ces spécimens sont rapides et agressifs, se saisissant sans pitié des insectes malchanceux qui errent trop près de leurs repaires souterrains. Mesurant à peu près treize centimètres de long, ces araignées sont relativement grandes, et leurs taches d'un bleu brillant ne les aident pas à rester inaperçues.

En fait, c’est cette couleur bleu-vif qui a attiré pour la première fois l’attention du biologiste Ranil Nanayakkara et a permis de repérer ces créatures - désormais nommées Chilobrachys jonitriantisvansicklei - que l'on pense n'avoir jamais été documentées scientifiquement. 

« Quand nous les avons repérées pour la première fois, j'étais émerveillé, je suis resté sans voix », se rappelle Nanayakkara. « Les mâles, dit-il, sont plus petits et arborent un marron mousseux. »

C. jonitriantisvansicklei n'est que la deuxième espèce du genre Chilobrachys à être mise au jour au Sri Lanka ; la première, un arachnide brun terne appelé C. nitelus, a été identifié il y a 126 ans. L’Inde voisine abrite plus de deux douzaines d’espèces de Chilobrachys étroitement apparentées, et si beaucoup sont généralement brunes, plusieurs sont dotées des mêmes couleurs.

Nanayakkara, chasseur d'araignées prolifique de l'Université de Kelaniya, au Sri Lanka, a recueilli une partie de ces chatoyants arachnides lors d'une expédition en 2015, puis a passé deux ans à faire des comparaisons physiques détaillées entre ceux-ci et les espèces connues de Chilobrachys. Il en a finalement conclu que cette espèce d'araignée était singulière, comme ses collègues et lui l'ont rapporté dans le British Tarantula Society Journal, et a nommé cette espèce en référence à Joni Triantis Van Sickle.

Cette découverte met en évidence la diversité de la faune sauvage sri-lankaise et le nombre d'espèces d'araignées qu'il reste à découvrir.

 

REMONTER L'ARBRE GÉNÉALOGIQUE

Bien que ces araignées n'aient jamais été observées auparavant au Sri Lanka, les experts estiment que davantage de recherches génétiques sont nécessaires pour clarifier la position de C. jonitriantisvansicklei dans l’arbre généalogique des Chilobrachys.

« J'accepte l'idée que l'espèce soit une nouvelle espèce », a déclaré Robert Raven, conservateur principal des arachnides au Queensland Museum, en Australie. « Mais étant donné que certaines espèces, comme C. andersoni, sont répandues, la possibilité que cette espèce soit l'une des espèces indiennes déjà nommées [et documentée] devra éventuellement être prise en compte. »

Le séquençage génétique peut confirmer l'unicité de cette espèce d'araignées. Ces analyses seront également cruciales pour comprendre l'évolution des araignées et pour prévoir les potentielles stratégies de conservation. Raven note que dans des régions comme le Sri Lanka, des niveaux élevés de biodiversité sont souvent associés à de petites populations - « et à un nombre encore plus réduit de scientifiques. »

À l'heure actuelle, les scientifiques ne savent pas si C. jonitriantisvansicklei est particulièrement rare ou menacé, mais d'autres araignées sri-lankaises figurent sur la liste des espèces en voie de disparition sur la liste de l'IUCN.

 

TRÉSOR ARACHNÉEN 

Ce n'est pas la première fois que Nanayakkara identifie une mygale sri-lankaise de premier plan.

En 2013, il a déjà décrit une nouvelle espèce de mygale arboricole appelée Poecilotheria rajaei. Ornée de motifs géométriques imbriqués et de pattes pouvant facilement s'étendre sur l'ensemble de votre visage, cette sorte d'araignée-tigre a fait sensation dans de nombreux médias.

Le fait que de si grandes araignées puissent se cacher des regards humains n’est pas particulièrement étonnant au Sri Lanka, explique Suresh Benjamin de l’Institut national des études fondamentales du Sri Lanka, qui n’a pas pris part à la nouvelle étude. 

Bien que le pays soit un trésor de biodiversité, seule une fraction de ses richesses a été étudiée de près depuis l'indépendance du pays en 1948, comme l'indique Benjamin.

Par exemple, sur les 593 espèces d'araignées actuellement identifiées sur l'île, 108 ont été décrites au cours des deux dernières décennies. Le seul guide sur les araignées sri-lankaises a été publié il y a plus d'un siècle, ajoute le chercheur.

Il ne sera donc pas étonnant de découvrir régulièrement des araignées n'ayant jamais été documentées à l'avenir.

« Les travaux sur le terrain que nous avons effectués au cours des dernières années, conclut Benjamin, ont montré la présence d’une faune d’araignées abondante et en grande partie inexplorée vivant dans les parcelles encore boisées de l’île. »

 

Cet article a initialement paru sur le site nationalgeographic.com en langue anglaise.
Une version précédente de cet article utilisait à tort le terme « tarentule » pour désigner l'espèce nouvellement découverte.
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