Grèce : les ânes de Santorin portent le poids du tourisme sur leur dos

L’association animalière PETA dénonce une nouvelle fois les conditions de vie des ânes et des mules transportant des touristes sur l’île grecque de Santorin.mercredi 27 novembre 2019

De Paul Chigioni
Photographie De singhnature

Depuis des temps immémoriaux, des ânes et des mules sont choisis comme moyen de locomotion pour se déplacer sur l’abrupte île volcanique de Santorin, en mer Egée. Aujourd’hui, ces animaux servent également à acheminer les 2 millions de touristes annuels du port à la petite ville grecque de Fira, lesquels sont en peine face aux 600 marches serpentant à travers l'île.

Problème ? Les complications qu’implique le tourisme de masse impactent aussi le bien-être des animaux. PETA, une des plus grandes associations de défense des droits des animaux, a publié un nouveau reportage montrant que les conditions de vie des ânes et des mules à Santorin n’avaient pas évolué malgré les promesses des autorités municipales et nationales.

 

QUI PORTERA LE BONNET D’ÂNE ?

D’après les photos et vidéos, les ânes sont surchargés, battus, déshydratés et exténués lors du transport de personnes. « Nous savons qu’une centaine d’ânes et de mules sont exploités sur l’île et la quasi-totalité de ces animaux souffrent de blessures variées comme des plaies ouvertes, des lacérations à cause du matériel en fil de fer sur la tête des ânes, d'irritations à cause de sangles en plastique trop serrées, usées ou non adaptées », a expliqué PETA France à National Geographic.

Immersion dans l'univers cruel du tourisme animalier.

Pourtant, le gouvernement grec a voté une loi en 2018 afin de limiter la charge sur le dos des animaux à 100 kg ou un cinquième du poids des animaux.

« Les nouvelles règles mises en place sont non seulement insuffisantes, mais également ni appliquées ni vérifiées. Il y a un service de police à Santorin, mais les enquêteurs sur place ne les ont jamais vu intervenir : ils ont vu des personnes très lourdes sur de petits ânes, des animaux avec aucun accès à de l’eau ni à de l’ombre, et battus violemment à coups de bâton aux yeux de tous », commente PETA France.

 

UN COUCHER DE SOLEIL POUR TOUJOURS MÉMORABLE ?

Mais il existe d’autres moyens afin de se délecter du majestueux coucher de soleil depuis la ville de Fira, à 400 mètres au-dessus du niveau de la mer : le téléphérique ou la marche à pied. Cependant, le téléphérique semble ne pas pouvoir amortir le flux de touristes débarquant chaque jour. Et la marche à pied est une solution facilement écartée quand le soleil est au zénith.

C’est notamment pour cette raison topographique que ces animaux sont essentiels et encrés dans l’histoire de l’île. Ils ont participé à son développement en transportant la marchandise venant du continent dans les mêmes ruelles escarpées que les touristes empruntent aujourd’hui. La GAWF, le fonds grec de protection des animaux, l’a bien compris et mène des actions de dialogue avec les propriétaires de mules.

« Au cours de notre visite, nous avons rencontré de nombreux propriétaires d'équidés, qui étaient tous très favorables à notre travail et attendaient du maire qu'il respecte ses engagements et augmente le niveau d'application de la réglementation. » a déclaré Kleopatra Triantafyllou, vétérinaire à la GAWF, après une mission sur l’île en août dernier.

De son côté, la municipalité de Fira, vise désormais à limiter le tourisme de masse en limitant à 8000 le nombre de passagers par navire de croisière débarquant chaque jour. Lors des journées de grande affluence, jusqu’à 18 000 passagers descendent des paquebots pour mettre un pied sur l’île de 76 km2 seulement. Mais le tourisme reste considéré comme un antidote à la situation économique précaire de la Grèce. Peut-être que l’espoir d’un changement réside dans les yeux des ânes de Santorin, qui portent depuis longtemps l’avenir de l’île sur leurs dos.

Lire la suite