Le coyote et le blaireau, une « amitié » qui fascine les scientifiques

Une caméra de surveillance installée sous une autoroute californienne a immortalisé un moment de complicité rare entre ces deux prédateurs.mercredi 19 février 2020

De Christine Dell'Amore

Voilà une histoire qui semble tout droit sortie d'un conte pour enfants, celle d'un coyote et d'un blaireau traversant côte à côte un écotunnel, comme s'ils étaient de vieux amis.

Cette vidéo a été enregistrée par une caméra d'observation de la faune installée face à un écotunnel qui passe sous une autoroute californienne très fréquentée dans la région des monts Santa Cruz. Diffusée sur Twitter, elle est rapidement devenue virale, ce qui montre à quel point nous sommes touchés par ces liens inhabituels entre animaux.

Les scientifiques savent depuis longtemps déjà que les coyotes et les blaireaux coopèrent pour chasser de petits mammifères ; cette association est d'ailleurs présente dans la mythologie amérindienne. Mais jusqu'à présent, nous pensions que le partenariat entre ces deux prédateurs installés au sommet de leur chaîne alimentaire respective était uniquement basé sur des intérêts communs. Ce qui surprend dans cette vidéo, nous explique l'écologiste du comportement Jennifer Campbell-Smith, c'est que les créatures qu'on y découvre ne sont pas « ces animaux froids et robotiques qui profitent l'un de l'autre, ils ont plutôt l'air d'être à l'aise et amicaux. »

Preuve en est : le coyote remue sa queue et se penche vers l'avant d'un air amusé, ce qui montre qu'il invite le blaireau à le suivre dans le tunnel. Le langage corporel du blaireau indique qu'il est détendu ; l'animal lève même la queue pour se dandiner plus rapidement et ainsi rattraper le coyote. « Pour un blaireau, il était plutôt guilleret, » plaisante-t-elle. Ces animaux sont connus pour leur côté ronchon.

De plus, l'apparente affabilité entre ces deux animaux montre qu'ils se connaissaient certainement en tant qu'individus. « Pour des raisons scientifiques, je ne voudrais pas employer le terme ami, mais nous avons là deux animaux sauvages qui ont clairement conscience de leur partenariat. »

Cette vidéo que l'on doit à l'organisme à but non lucratif Peninsula Open Space Trust constitue une découverte importante pour la communauté scientifique : c'est le premier exemple d'une coopération entre blaireau et coyote dans la région de la baie de San Francisco et probablement la première vidéo sur laquelle deux espèces différentes partagent ce type de tunnel qui sert à la fois à l'évacuation des eaux sous une route et au passage de la faune. Par ailleurs, comme nous l'explique Campbell-Smith, cette vidéo présente un troisième intérêt : elle permet au public de s'identifier à la faune qu'ils croisent parfois dans leur propre jardin.

Face à de telles vidéos, le public se dit « oh tiens, ces animaux sont "amis", comme on peut l'être avec un chien, » illustre-t-elle. « Ce n'est pas réservé aux humains ; tous les animaux peuvent collaborer. »

 

GAGNANT-GAGNANT

Les coyotes et les blaireaux forment parfois des alliances à court terme pour chasser des créatures terricoles dans des régions où la densité de prédateurs et de proie est élevée, comme les grands espaces du Wyoming, du Montana et de l'Oregon. La plupart du temps, cette alliance se compose d'un blaireau et d'un coyote. Parfois, un deuxième coyote se joint à l'escouade mais à ce jour, aucune bande avec deux blaireaux n'a été observée, indique Campbell-Smith.

Nous ne savons pas comment ont débuté ces relations ou si ce comportement est transmis par les parents de chaque espèce, poursuit-elle. Quoi qu'il en soit, une chose est sûre, cette association est mutuellement bénéfique.

Les styles de chasse de ces deux carnivores se complètent. Si un coyote passe du temps près d'un blaireau, il y a de grandes chances que le blaireau finisse par effrayer un écureuil que le coyote pourra ensuite pourchasser et attraper sans grande difficulté. En retour, si un blaireau suit un coyote, il est possible que les proies décident de se mettre à l'abri sous terre en voyant arriver le coyote et le blaireau n'a plus qu'à mettre en pratique ses talents de creuseur pour passer à table.

Des recherches ont d'ailleurs prouvé l'efficacité de cette coopération : les coyotes et les blaireaux qui chassent ensemble sont plus efficaces dans leur recherche de nourriture. Par exemple, des observations dans le Wyoming ont montré que les coyotes qui coopèrent avec des blaireaux gagnent en temps et en énergie puisqu'ils n'ont pas à chercher puis à pourchasser et traquer les écureuils terrestres de Uinta.

Ces études ont également montré que les affiliations coyote-blaireau étaient plus fréquentes dans les zones rurales vierges de présence humaine, ce qui rend cette vidéo encore plus intéressante, observe Megan Draheim, biologiste de la conservation à Virginia Tech et fondatrice de l'organisme District Coyote Project qui étudie ces prédateurs à Washington.

« Cela montre bien qu'une part de nature se cache dans les zones urbanisées, c'est pourquoi il est primordial de la prendre en compte et de planifier en conséquence les aménagements. »

De plus, cette vidéo donne au public un aperçu du côté joueur des coyotes, ajoute Draheim.

Habituellement, les coyotes sont perçus comme des « animaux méchants et fourbes » alors qu'ils sont « très intelligents et ont beaucoup d'interactions avec les animaux qui les entourent. C'est incroyable de voir ce coyote adopter un comportement jovial qui rappelle à ce point celui des chiens, » conclut-elle.

 

Cet article a initialement paru sur le site nationalgeographic.com en langue anglaise.