Découverte d'une nouvelle espèce d'hippocampe pygmée en Afrique

« C'est un peu comme découvrir un kangourou en Norvège » dit un chercheur de la nouvelle espèce d'hippocampe, découverte à plus de 8000 kilomètres de ses plus proches cousins.

De Douglas Main
Hippocampus nalu, également connu sous le nom d'hippocampe pygmée africain, a à peu près la taille ...

Hippocampus nalu, également connu sous le nom d'hippocampe pygmée africain, a à peu près la taille d'un grain de riz et a été trouvé bien camouflé parmi les algues et le sable de la baie de Sodwana, en Afrique du Sud.

Photographie de Richard Smith

Dans des eaux rocailleuses et agitées au large de la côte est sud-africaine, une nouvelle espèce a été découverte : un hippocampe pygmée à peine plus grand qu'un grain de riz.

Cette découverte a pour le moins surpris les chercheurs car les sept espèces d'hippocampes pygmées connues, à l'exception d'une vivant au Japon, peuplent le Triangle de corail, une zone de l'océan Pacifique représentant environ 1 % de la surface planétaire. Cette nouvelle espèce vit à plus de 8000 kilomètres de là, et est officiellement le premier hippocampe pygmée observé dans tout l'océan Indien et sur le continent africain.

« C'est comme trouver un kangourou en Norvège », explique Richard Smith, biologiste marin basé au Royaume-Uni et co-auteur d'une nouvelle étude sur l'espèce, connue sous le nom d'hippocampe pygmée d'Afrique ou hippocampe pygmée de la baie de Sodwana. Le deuxième nom fait référence à l'endroit où il a été trouvé, un lieu de plongée sous-marine près populaire de la frontière du Mozambique.

La nouvelle espèce ressemble un peu aux autres hippocampes pygmées, sauf qu'elle a une série d'épines dorsales à bout pointu, comme l'explique le co-auteur de l'étude, Graham Short, ichtyologue à la California Academy of Sciences et au Musée australien de Sydney. Les autres hippocampes pygmées ont, eux, des épines à bout plat.

« Nous ne savons vraiment pas à quoi servent ces épines », explique Graham Short. « De nombreuses espèces d'hippocampes sont dotées d'épines, donc leur présence pourrait être probablement due à la sélection sexuelle - les femelles peuvent préférer les mâles plus épineux. »

Cette découverte surprenante, décrite dans une étude publiée le 19 mai dans la revue ZooKeys, montre l'étendue de notre méconnaissance des océans, en particulier en ce qui concerne les plus petites créatures. Selon les auteurs, il existe probablement beaucoup d'autres espèces d'hippocampes pygmées à identifier.

 

« UN CADEAU DE LA MER »

L'instructrice de plongée Savannah Nalu Olivier a découvert la créature dans la baie de Sodwana en 2017, alors qu'elle examinait des morceaux d'algues. La baie est connue pour abriter de nombreuses espèces rares de poissons, de requins et de tortues de mer.

Elle a partagé des photos du poisson avec ses collègues, et en 2018, ils se sont présentés à Smith, qui, avec son collègue Louw Claassens, a recueilli plusieurs spécimens à des profondeurs de 12 à 17 mètres.

Les chercheurs ont nommé ce nouvel hippocampe Hippocampus nalu, en hommage à Savannah Nalu Olivier. Dans les langues sud-africaines Xhosa et Zulu, « nalu » se traduit approximativement par « le voici ».

« Je lui ai dit que c'était un cadeau de la mer », explique Louis Olivier, père de Savannah.

 

UNE ANATOMIE MYSTÉRIEUSE

Smith a envoyé plusieurs spécimens de la nouvelle espèce à Graham Short, qui a analysé leurs caractéristiques génétiques et leurs structures à l'aide d'un scanner.

Ses recherches ont révélé que, comme d'autres hippocampes pygmées, cet animal a deux structures en forme d'ailes sur son dos, et non une seule, comme chez les plus grands hippocampes. Ces « ailes » ont une fonction inconnue pour les hippocampes.

Comme les autres hippocampes pygmées, l'espèce africaine n'a qu'une seule fente branchiale sur le haut du dos, au lieu de deux en dessous de chaque côté de la tête chez les plus grands hippocampes - un autre mystère.

Ce serait « comme avoir un nez à l'arrière du cou », dit Short.

Mais le nouvel hippocampe se distingue surtout de ses petits parents parce qu'il a été trouvé vivant dans des algues ressemblant à du gazon, au milieu de rochers et de sable. La baie de Sodwana est secouée par la houle et les petits hippocampes semblent être à l'aise dans ce mouvement continu, dit Smith, qui a observé un hippocampe pygmée enseveli se tortiller pour sortir.

Bébés hippocampes

« Ils sont régulièrement ensablés », explique Smith, qui a écrit un livre sur les créatures marines, The World Beneath. Les autres hippocampes pygmées, qui naviguent dans des eaux plus calmes autour des récifs coralliens, « sont plus délicats. Mais cette [espèce] est plus résistante. »

Comme d'autres hippocampes pygmées, cet hippocampe africain se nourrirait de minuscules copépodes et crustacés. Il est également doué pour se fondre dans son environnement.

 

BIEN D'AUTRES À DÉCOUVRIR

Cette découverte « démontre qu'il y a encore beaucoup de découvertes à faire dans les océans, même dans les eaux peu profondes près de la côte », explique Thomas Trnski, directeur des sciences naturelles au Auckland Museum en Nouvelle-Zélande, qui n'a pas pris part à l'étude. Presque tous les hippocampes pygmées ont été découverts au cours des vingt dernières années, ajoute-t-il.

Le seul hippocampe pygmée trouvé à l'extérieur du Triangle de corail est l'hippocampe pygmée japonais, décrit pour la première fois en août 2018.

Ces poissons ne peuvent se propager que sur de très courtes distances, portés par le courant. L'étude suggère que Hippocampus nalu a pris un chemin différent des autres espèces connues d'hippocampes pygmées il y a plus de 12 millions d'années.

« Cela signifie qu'il est extrêmement probable qu'il y ait encore beaucoup plus d'espèces d'hippocampes pygmées à découvrir dans l'ouest de l'océan Indien » et au-delà, estime Short.

 

Cet article a initialement paru sur le site nationalgeographic.com en langue anglaise.

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