Des « frelons meurtriers » ont été observés aux États-Unis

Le Vespa mandarinia a un dard si long et un venin si puissant qu’il tue entre 30 et 50 personnes chaque année au Japon.

jeudi, 7 mai 2020,
De Douglas Main
Des Vespa mandarinia, repérés dans l’État de Washington, inquiètent les autorités.

Des Vespa mandarinia, repérés dans l’État de Washington, inquiètent les autorités.

Photographie de Atsuo Fujimaru, Minden Pictures

Fin 2019, deux frelons hors du commun ont été repérés près de Blaine dans l’État de Washington. Tachetés de noir et d’orange, ils sont dotés de dards assez longs. Les études ont montré que ces deux surprenantes créatures, qui peuvent mesurer jusqu’à cinq centimètres de long, appartiennent à la plus grosse espèce de frelons au monde, les Vespa mandarinia.

Les chercheurs se font du mauvais sang : ces frelons pourraient se propager rapidement et mettre en péril non seulement les abeilles pollinisatrices qui sont déjà en déclin mais également les êtres humains.

On ignore comment ces insectes sont arrivés aux États-Unis mais cette découverte a tiré la sonnette d’alarme et, sur les réseaux sociaux, on les qualifie déjà de « frelons meurtriers ». Ces prédateurs, originaires d’Asie de l’Est et du Japon, peuvent décimer des populations entières d’abeilles.

Le Vespa mandarinia a un dard si long et un venin si puissant qu’il tue entre 30 et 50 personnes chaque année au Japon. En 2013, la population de frelons a connu une prolifération sans précédent, tuant 42 personnes dans une même province en Chine. La plupart des incidents graves se produisent lorsqu’on s’aventure trop près de leurs nids.

Ces insectes sont « particulièrement redoutables », affirme Chris Looney, entomologiste au Washington State Department of Agriculture. « Je ne vous cache pas que je suis très inquiet. »

Cependant, Looney lance un appel à la prudence, notamment dans le choix des mots. Il n’avait encore jamais entendu parler de « frelon meurtrier » avant le récent buzz médiatique que la découverte a entraîné. Une appellation qui ne l’enchante point.

« Nombre d’individus sont apeurés rien qu’à l’idée d'être en contact avec des insectes. Inutile de jeter de l’huile sur le feu », explique Looney. Pourtant, cette appellation sinistre a selon lui un avantage : « On dirait qu’elle a réussi à attirer l’attention [de l'opinion]. J’espère que cette couverture médiatique exceptionnelle dont bénéficient ces « frelons meurtriers » nous aidera à attacher une plus grande importance à la compréhension de nos écosystèmes. »

 

DES ASSAILLANTS VORACES

Pour l’instant, l’arrivée des Vespa mandarinia aux États-Unis est un véritable mystère pour les chercheurs. Looney émet l’hypothèse selon laquelle les insectes se seraient retrouvés coincés par accident dans des conteneurs d’expédition.

Vers la fin de l’année dernière, un nid de frelons géants a été retrouvé puis détruit dans la ville de Nanaimo, sur l’île de Vancouver au Canada. Des tests génétiques montrent cependant que les Vespa mandarinia des États-Unis ne proviennent pas du même endroit.

Déjà classés comme espèces envahissantes dans d’autres pays comme la Corée du Sud, ces insectes sociaux constituent des colonies formées d’une reine et de plusieurs ouvrières qui peuvent parcourir une distance de plus de dix kilomètres à la recherche de nourriture. Lesdits frelons se nourrissent de plusieurs types d’insectes mais leurs papilles gustatives semblent particulièrement titillées par les abeilles.

Au contact de l’abeille, l’attaque des Vespa mandarinia commence par une « phase d’abattage ». Les insectes décapitent les abeilles en utilisant leurs mandibules géantes, décrit Looney. Ainsi, en l’espace de 90 minutes, un petit groupe de Vespa mandarinia peut décimer une colonie entière d’abeilles.

Vient ensuite la phase alimentation. Ils s’emparent de la ruche, s’y installent pendant une semaine, voire plus, et se nourrissent de pupes et de larves qu’ils donnent ensuite à leurs propres petits.

L’abeille européenne, l’Apis mellifera, le pollinisateur le plus répandu, est sans défense face à l’attaque du frelon géant. Même si elle s’en prend parfois à l’envahisseur, sa piqûre ne semble avoir aucun effet sur celui-ci.

En revanche, les abeilles japonaises, les Apis cerana japonica ont développé une stratégie de survie ingénieuse : elles entourent le frelon et se mettent à vibrer de tout leur corps. L’air se fait alors de plus en plus chaud et atteint 46 degrés Celsius. Le frelon finit par cuire sur place, étouffé par la quantité de dioxyde de carbone produite par le battement d’ailes.

Le Vespa mandarinia peut également avoir une incidence fatale sur des pollinisateurs comme les abeilles indigènes qui sont déjà menacées par d’autres espèces exotiques, ajoute Looney.

Jun-ichi Takahashi, chercheur et expert en guêpes à l’université Sangyo de Kyoto au Japon, insiste sur les dégâts environnementaux importants susceptibles de découler de la propagation des frelons, et soutient la chasse à grande échelle de ces espèces nuisibles.

Contacté par e-mail, Takahashi s’est montré en faveur de l’appellation frelon meurtrier. Selon lui, cette espèce est aussi dangereuse que l’Apis mellifera scutellata, surnommé abeille tueuse. Ces insectes envahissants sont arrivés au Texas en 1990, colonisant de grandes parties du sud des États-Unis et entraînant la mort de nombre de personnes.

« Les Américains ne sont pas tout à fait conscients de l’agressivité et de la toxicité de ces frelons », souligne Takahashi.

 

FREINER LA PROPAGATION

Si nous ne réussissons pas à éradiquer les Vespa mandarinia dans les deux prochaines années, leur propagation ne pourra plus être endiguée, selon Looney.

Pour l’instant, seuls deux insectes ont été aperçus à Blaine, ce qui suppose l’existence d’une colonie à proximité. En hiver, les espèces entrent en diapause. Si les reines se sont accouplées, elles se disperseront pour former de nouveaux nids. Looney travaille de concert avec d’autres chercheurs pour placer des pièges en vue de capturer les reines naissantes.

En été, les chercheurs mettront en place des centaines de pièges pour continuer leur chasse aux reines et aux ouvrières si jamais de nouvelles colonies sont établies. Ils pourraient ensuite tenter de les équiper de colliers de repérage. Le radiotracking permettra alors aux chercheurs de remonter jusqu’aux nids et de les détruire, indique Looney.

Looney et ses collègues font également des essais avec l’imagerie thermosensible, étant donné que les Vespa mandarinia construisent des nids sous terre qui génèrent de la chaleur.

Toujours est-il que l’éradication des frelons « va être tâche difficile », dit Looney. « Ceci étant, nous avons nos chances. »

 

TOUT FRELON N’EST PAS VESPA MANDARINIA

Le Vespa mandarinia est doté d’un dard de plus d’un demi-centimètre de long. Il est donc suffisamment long pour percer un costume d’apiculteur. Selon des études, même chez les personnes qui ne souffrent pas d’allergie au venin, cinquante piqûres, voire moins, suffisent à causer une insuffisance rénale et, par conséquent, entraînent la mort.

Depuis que les frelons géants ont fait la Une des journaux aux États-Unis, la boîte e-mail de Looney explose. Des Américains inquiets pensent avoir aperçu l’insecte en question. Looney insiste que seules deux créatures ont été repérées aux États-Unis. En conséquence, les personnes qui croient avoir vu le frelon en Amérique du Nord le confondent probablement avec le Vespa crabro à l’aspect similaire, mais nettement moins agressif et nuisible.

« Il est fort peu probable, voire quasi impossible, qu’on retrouve le Vespa mandarinia à l’est du Mississippi par exemple », conclut Looney.

 

Cet article a initialement paru sur le site nationalgeographic.com en langue anglaise.

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