Californie, Australie : la faune sauvage assiégée par les feux de forêt

Les grands feux de forêt, comme ceux qui ravagent en ce moment la Californie, acculent les animaux, même ceux ayant évolué pour survivre dans des terres régulièrement en proie aux flammes.

Publication 9 sept. 2020, 15:22 CEST
Une vache cherche à échapper aux flammes pendant l'incendie Rim près de la frontière du parc national de ...

Une vache cherche à échapper aux flammes pendant l'incendie Rim près de la frontière du parc national de Yosemite à Groveland, Californie, le 24 août 2013.

Photographie de NOAH BERGER, EPA

Les feux de forêt font rage dans toute la Californie, alors que l'État fait face à une saison des feux de forêt record en raison de la combinaison destructrice d'une forte vague de chaleur et de vents violents. Plus de 809 000 hectares de terres - la plus grande aire jamais enregistrée pour une seule saison d'incendies de forêt - et plus de 3 300 structures ont à ce jour été détruits par les flammes. Pendant ce temps, des avertissements quant aux risques d'incendies graves ont été émis sur la côte ouest des États-Unis, y compris dans l'Oregon et dans l'État de Washington.

On ne sait pas combien d'animaux sont morts - ces données ne sont pas suivies de manière systématique dans tous les États - mais il est clair que même les espèces qui ont évolué pour survivre dans des habitats qui brûlent régulièrement sont confrontées à de nouveaux défis.

 

S'ÉCHAPPER OU SE CACHER

« La faune a une relation de longue date avec le feu » expliquait Mazeika Sullivan, écologiste des écosystèmes de l'Université d'État de l'Ohio dans une interview en 2014. « Le feu fait naturellement partie de ces paysages. »

De nombreuses espèces ont besoin du feu. La chaleur des flammes peut stimuler certains champignons, comme les morilles, à libérer des spores. Certaines plantes ne sèmeront qu'après un incendie. Et certains animaux, comme le cerf hémione et le pic à dos noir, recherchent les zones brûlées pour se nourrir et nicher. Sans le feu, ces organismes ne peuvent pas se reproduire - et tout ce qui en dépend sera affecté.

Les animaux de la forêt ont généralement une certaine capacité à échapper aux flammes. Les oiseaux peuvent s'envoler, les mammifères peuvent courir et les amphibiens et autres petites créatures s'enfouissent dans le sol, se cachent dans des troncs d'arbres ou se mettent à l'abri sous des rochers. D'autres encore, comme le wapiti, se réfugient dans les ruisseaux et les lacs.

Néanmoins, l'intensité des incendies de forêt actuels est telle que même ces espèces adaptées ne sont pas capables d'y faire face.

Les saisons des feux de forêt s'allongent d'année en année et les feux se propagent plus rapidement et durent plus longtemps qu'avant. Depuis le début des années 1970, la saison des feux de forêt dans l'ouest des États-Unis est passée d'environ cinq à plus de sept mois. Alors que le changement climatique fait monter les températures et aggrave les conditions de sécheresse, les paysages deviennent de plus en plus secs et sont donc plus susceptibles de s'embraser.

Initialement adaptées aux incendies naturels de routine, de nombreuses forêts abritent maintenant des arbres et de la végétation non brûlés, soit un parfait carburant naturel pour des feux de plus en plus longs. Les chercheurs craignent que ces incendies de plus en plus fréquents affectent même les espèces adaptées au feu, telles que le pic à dos noir, qui a besoin d'un habitat mixte brûlé et non brûlé pour prospérer.

 

GAGNANTS ET PERDANTS

Gabriel d'Eustachio, un pompier spécialisé dans les feux de brousse en Australie, déclarait en 2014 avoir été témoin de mouvements massifs de petits invertébrés fuyant les flammes. « Vous êtes envahi par cette vague de bestioles effrayées fuyant les flammes », dit-il. 

Les incendies peuvent par ailleurs faire le bonheur des prédateurs qui s'attaquent à ces animaux en fuite. Des ours, des ratons laveurs et des rapaces, par exemple, ont été vus en train de chasser des créatures essayant d'échapper aux flammes. Plusieurs espèces d'oiseaux pourraient même contribuer à propager des feux de forêt et de brousse en Australie, selon certaines recherches, car cela les aiderait à mieux traquer les petits animaux dont ils raffolent.

« Dans ce type de situations », c'est-à-dire lorsque des créatures fuient les flammes, dit Sullivan, « il y a toujours des gagnants et des perdants. »

Un niveau modéré de feu dans les zones où des incendies peuvent naturellement survenir peut également augmenter les aires forestières et créer une plus grande variété de micro-habitats. Avoir une diversité de biomes est bénéfique à plusieurs espèces animales et l'écosystème dans son ensemble.

Les scientifiques ne disposent pas d'estimations suffisamment solides quant au nombre d'animaux qui meurent chaque année dans des feux de forêt. Mais il n'y a pas de cas documentés d'incendies, même les plus graves, anéantissant des populations ou des espèces entières. 

Bien sûr, certains animaux meurent à cause des feux - ceux qui ne peuvent pas courir assez vite ou trouver un abri. Les juvéniles et les petits animaux sont particulièrement exposés, et certaines de leurs stratégies d'évitement peuvent leur coûter la vie - l'instinct d'un koala à grimper dans un arbre, par exemple, peut le laisser pris au piège.

La chaleur peut aussi tuer ces animaux, même les organismes enfouis profondément dans le sol, comme les champignons. Jane Smith, mycologue au US Forest Service à Corvallis, dans l'Oregon, a mesuré des températures aussi élevées que 700°C sous des bûches brûlées dans un incendie de forêt et 100°C à 5 centimètres sous la surface.

 

FACTEURS DE CHANGEMENTS

Les zones sauvages comme les forêts et les prairies se développent naturellement et changent de composition avec le temps. Une forêt âgée d'un an aura un ensemble de plantes et d'animaux différents d'une forêt de quarante ans. Une perturbation comme un feu de forêt peut donner lieu à une sorte de réinitialisation, permettant à une vieille forêt de renaître, explique Patricia Kennedy, biologiste de la faune à l'Oregon State University. Et « de nombreuses espèces ont besoin de cette réinitialisation. »

Un coyote traverse la US Highway 120, fermée en raison de l'incendie de Rim près de Groveland, en Californie, le 23 août 2013.

Photographie de NOAH BERGER, EPA

Ce qui se passe tout de suite après un incendie dépend du paysage, de la gravité de l'incendie et des espèces impliquées. Mais l'événement déclenche toujours une succession de changements au fur et à mesure que les plantes, les microbes, les champignons et d'autres organismes re-colonisent la terre brûlée. Au fur et à mesure que les arbres et les plantes vieillissent, la lumière et les autres caractéristiques changent - et la composition des créatures dans la zone change en réponse à cela.

Les cours et plans d'eau qui traversent une zone brûlée peuvent également changer. Le débit d'eau, la turbidité, la chimie et la structure peuvent être modifiés. Les poissons peuvent s'éloigner temporairement. Et il peut y avoir des déclins à court terme parmi les invertébrés aquatiques, ce qui peut affecter les animaux terrestres.

« L'eau et la terre sont étroitement liées », dit Sullivan.

 

Cet article a initialement paru sur le site nationalgeographic.com en langue anglaise.

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