Brésil : ces volontaires viennent au secours des animaux en proie aux flammes

La destruction de la plus grande zone humide tropicale de la planète constitue une menace pour la biodiversité et prive de ressources vitales la faune et les locaux.

Photographie De EDSON VANDEIRA
Publication 6 oct. 2020, 16:56 CEST
Une mère jaguar et son petit se réfugient tant bien que mal au creux de la ...

Une mère jaguar et son petit se réfugient tant bien que mal au creux de la végétation carbonisée du parc d'état Encontro das Águas après avoir survécu à un violent incendie qui détruit près de 20 % des zones humides du pays.

Photographie de EDSON VANDEIRA

Roses et à vif, les pattes du jaguar étaient dans un état désolant lorsque les volontaires l'ont trouvé sur la berge du fleuve où l'avait conduit sa recherche désespérée d'un point d'eau.

Depuis le mois de janvier, de gigantesques incendies probablement déclenchés par les agriculteurs pour défricher les terres ont réduit en cendres près de 20 % de l'habitat de ce jeune mâle dans la partie brésilienne du Pantanal, la plus grande zone humide de la planète. À cheval entre le Brésil, la Bolivie et le Paraguay, le Pantanal et ses 170 501 km² abritent la plus haute densité d'espèces de mammifères au monde. Alors que l'Amazonie, dont la taille équivaut à 30 fois celle du Pantanal, fait régulièrement les gros titres au sujet de ses feux de forêt, de tels brasiers ne sont pas communs dans le Pantanal mais cette année, les plus grands incendies du Pantanal sont quatre fois plus grands que ceux de l'Amazonie comme en témoignent les images satellites de la NASA.

Pour protéger cette biodiversité unique au monde, des équipes de volontaires ont été dépêchées dans la région ; elles sauvent des centaines d'animaux et laissent à d'autres de l'eau et de la nourriture.

C'est en septembre que des volontaires alors en patrouille sur le fleuve ont repéré le jaguar blessé, couché sur une berge du parc d'État Encontro das Águas, où vit l'une des plus grandes populations de l'espèce.

Les volontaires Antônio Carlos Csermak Jr. et Amanda Yumi surveillent un tapir du Brésil brûlé, secouru aux abords de la rivière Piquiri près de Porto Jofre, au Brésil. L'animal a été transporté jusqu'à un hôpital vétérinaire pour être soigné.

Photographie de EDSON VANDEIRA

L'équipe a procédé à la sédation de l'animal avant de le transporter à Porto Jofre, la ville où se sont établis les pompiers volontaires, de nombreuses organisations à but non lucratif ainsi que des organisations gouvernementales pour combattre les incendies et venir en aide à la faune. Le jaguar a été évacué par avion vers un hôpital et malgré son rétablissement encourageant dans un centre de réhabilitation, il est encore trop tôt pour dire s'il pourra être remis en liberté.

« Si le jaguar, un animal au sommet de la chaîne alimentaire capable de nager, de grimper aux arbres et de courir, souffre autant, imaginez la situation des animaux moins robustes, » indique Carla Sássi, vétérinaire, sapeuse-pompière et coordinatrice du Disasters Rescue Group for Animals, l'un des organismes derrière le sauvetage du félin.

Les reptiles (ici, un caïman mort) sont particulièrement vulnérables aux incendies en raison de leur dépendance à l'eau.

Photographie de EDSON VANDEIRA

Sássi et ses collègues ont installé 72 points d'eau et de nourriture le long des 150 km de la Transpantaneira, l'axe routier qui traverse le Pantanal. La situation est devenue si tendue que certains animaux, comme les singes ou les tapirs, viennent chaque jour à la rencontre des secouristes lorsqu'ils reviennent déposer des provisions.

D'autres, comme le coati, un cousin du raton laveur, se retrouvent à errer le long de la route, épuisés et déshydratés. Ceux qui dépendent fortement de l'eau, comme le caïman, une espèce de crocodiliens, sont ceux qui souffrent le plus à mesure que brûle leur habitat.

Sássi est particulièrement préoccupée par le sort des espèces qui étaient déjà sur la pente descendante avant les incendies. L'Union internationale pour la conservation de la nature classe le jaguar parmi les espèces quasi menacées ; le Pantanal compte entre 4 000 et 7 000 jaguars, sur un total d'environ 170 000 animaux à travers l'Amérique du Sud et Centrale. Le tapir du Brésil et le tamanoir sont tous deux classés parmi les espèces vulnérables.

En dehors des vies perdues, les incendies auront également un impact écologique sur le long terme, préviennent les experts. Les habitats de nombreuses espèces vont être détruits, ce qui mènera probablement à une concurrence féroce entre les animaux pour les ressources restantes. Le Pantanal est une source d'eau et de nourriture pour la faune mais aussi pour les communautés locales, sans oublier la protection qu'il offre contre les inondations, et il se peut que ces services naturels soient affectés pour les décennies à venir.

Des incendies ravagent la végétation le long de la Transpantaneira, une route qui traverse le Pantanal.

Photographie de EDSON VANDEIRA

La vétérinaire Carla Sássi soigne un coati dont les pattes ont été gravement brûlées. L'animal n'a pas survécu à ses blessures.

Photographie de EDSON VANDEIRA

 

UNE RESSOURCE VITALE

Au Brésil, le Pantanal occupe principalement les États du Mato Grosso et du Mato Grosso do Sul dans le centre ouest du pays. Avant les incendies, la région était remarquablement préservée avec 83 % de son couvert végétal indigène en parfait état.

Zone humide, le Pantanal agit comme une gigantesque éponge en retenant les eaux de crue dans ses bassins supérieurs d'octobre à mars et offre ainsi une protection contre les inondations aux populations humaines et animales établies en aval. Puis, entre avril et septembre, ces masses d'eau automnales et hivernales hydratent la région longtemps après la fin des pluies estivales et permettent à plus de 4 700 espèces végétales et animales de survivre, parmi lesquelles anacondas, toucans, fourmiliers, aras ou encore capybaras.

Dans le cadre de son cycle hydrologique, les niveaux d'eau du Pantanal varient entre forte et faible inondation tous les sept à dix ans environ. Le cycle est actuellement en période de déclin naturel qui durera probablement encore quatre à six ans. Cependant, ces deux dernières années, ce biome, ou macro-écosystème a reçu encore moins de précipitations que prévu.

Un groupe d'aras hyacinthes perchées sur les branches d'un arbre brûlé du Pantanal brésilien.

Photographie de EDSON VANDEIRA

Le problème provient en partie de la situation des biomes voisins. La plupart des 1 200 fleuves et rivières qui composent le Pantanal tirent leur source dans le Cerrado, une savane tropicale à l'est et au sud également ravagée par les flammes. Au nord, l'Amazonie continue de rétrécir à cause de la déforestation. La flore de la forêt pluviale contribue à l'évaporation de l'humidité dans l'air, une évaporation en partie responsable des pluies du Pantanal. Avec la disparition des arbres, c'est cette source d'eau qui disparaît également.

Pour ne rien arranger, le biome a récemment connu sa sécheresse la plus intense des cinquante dernières années : le volume de précipitations entre octobre 2019 et mars 2020 était inférieur de 40 % à la moyenne pour ce semestre.

Si les tendances à la sécheresse et aux incendies se poursuivent, le Pantanal pourrait perdre son cycle annuel d'inondation et, au fil du temps, se transformer en une nouvelle Caatinga, un biome situé au nord-est du Brésil où les espèces se sont adaptées à la rareté de la ressource en eau.

« L'eau dont dépend le Pantanal provient principalement de l'extérieur, donc si elle n'arrive pas, le paysage du Pantanal pourrait changer, » déclare Felipe Dias, directeur exécutif de l'organisation à but non lucratif SOS Pantanal Institute.

Cela pourrait également se révéler désastreux pour les plus de 2,2 millions d'habitants du Pantanal brésilien, dont la plupart dépendent de ses ressources naturelles pour leur subsistance, mais aussi pour l'écotourisme.

 

CONTRER LES INCENDIES

C'est pour ce genre de préoccupations que des écologistes comme Dias œuvrent à empêcher de tels feux de forêt de se reproduire. La clé de cette stratégie, soutient-il, est de réclamer la création d'un système d'alerte incendie à l'échelle nationale ainsi que des investissements dans la formation et l'équipement d'unités locales de sapeurs-pompiers volontaires.

Ces mesures impliquent également une meilleure protection des jaguars, reprend Fernando Tortato, spécialiste de l'espèce pour l'organisation à but non lucratif Pantanal for Panthera.

Une équipe de vétérinaires volontaires capture un jaguar blessé pendant les incendies de Porto Jofre, au Brésil.

Photographie de EDSON VANDEIRA

« Le Pantanal est une région clé pour la conservation du jaguar, » indique Tortato, car sa population était jugée relativement bien connectée avant les incendies. Le nombre de félins a dramatiquement chuté en partie à cause de la fragmentation de leur habitat et de la prolifération des établissements humains qui a entraîné des conflits avec l'espèce ainsi qu'une recrudescence du braconnage.

Si les feux de forêt deviennent la nouvelle norme, il est important pour les écologistes de comprendre comment les jaguars s'adaptent à un habitat dévasté par les flammes. À cette fin, Tortato prévoit de surveiller un animal ayant souffert de brûlures superficielles après l'avoir remis en liberté équipé d'un émetteur GPS.

Pour le moment, les secouristes concentrent tous leurs efforts sur les animaux qui ont besoin d'une attention immédiate. Sássi et son équipe ont par ailleurs installé des pièges photographiques destinés à surveiller les animaux bénéficiant des points d'eau et de nourriture tout en continuant de prodiguer des soins vétérinaires lorsque la situation l'exige.

Elle ne s'attendait pas à devoir un jour soigner des animaux brûlés et déshydratés en milieu humide, ajoute-t-elle.

« Je n'aurais jamais pensé que nous devrions un jour apporter de l'eau dans le Pantanal, » déplore-t-elle.

 

Cet article a initialement paru sur le site nationalgeographic.com en langue anglaise.

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