Oui, les rats sont capables de remonter dans vos toilettes

Dotés de capacités extraordinaires et parfois surprenantes, ces rongeurs sont prêts à tout pour se nourrir et trouver à boire.

Publication 3 déc. 2020, 16:26 CET, Mise à jour 11 déc. 2020, 12:25 CET
Les rats apprécient bien plus notre compagnie que nous la leur.

Les rats apprécient bien plus notre compagnie que nous la leur.

Photographie de BSIP SA/Alamy

« Ils mangent notre nourriture. Ils construisent leur nid avec nos détritus. Ils rongent nos tôles, notre tuyauterie et notre béton pour s’y frayer un passage. Leur intelligence est supérieure à la nôtre à bien des égards. Ils sont notre ombre, notre ennemi, notre voisin de palier » — « Rat City! » (La ville des rats !), magazine Spy, 1988.

« Vous devez penser comme un rat », m'a dit mon nouvel ami Gregg. Nous étions en train de pousser le détecteur de rats qu’il avait fabriqué lui-même, avec une caméra endoscopique achetée sur Internet (celle qu’utilise un médecin pour dépister les polypes sur les muqueuses) fixée à un cintre en métal recourbé, dans un petit trou situé sur le plafond de mon sous-sol. Les images de la caméra apparaissaient sur son ordinateur.

L’obsession de Gregg pour les rats a débuté lorsque ces derniers ont envahi la maison de sa petite-amie, Anne, qui vit dans la rue en face de chez moi. Ayant traqué et étant venu à bout de ses rats, il était désormais ravi de proposer ses services de chasseur de rats et de mettre ses outils à disposition pour m’aider à lutter contre mon infestation de rongeurs. Un dimanche après-midi, Gregg a frappé à ma porte, endoscope et pulvérisateur de javel de 7,5 litres en main. Ma mission était simple : je n’avais qu’à orienter la lumière de l’endoscope vers le haut ou le bas sur ses ordres, tandis qu’il faisait passer le cintre dans les plafonds et les murs.

La source de l’infestation se trouvait dans la hauteur de plafond située au-dessus de la salle de bain au sous-sol. Des piles gigantesques de petites crottes noires sont apparues sur l’écran de l’ordinateur. « Voilà votre nid », m'a indiqué Gregg. Il s’agissait de notre première petite victoire d’un long combat perdu d’avance. J’avais déjà été confrontée à une invasion de rats vivants, suivie par des rats morts dégageant une odeur nauséabonde et dont les corps inanimés attiraient les mouches à viande et les lucilies soyeuses.

À ce moment-là, j’avais déjà appris deux ou trois choses sur les rats. Ce sont des créatures qui ont leurs habitudes. Ces rongeurs créent des chemins dans une maison et suivent les mêmes itinéraires chaque jour, que ce soit pour sortir, rentrer, aller se nourrir et faire leur nid. Et ils peuvent remonter des égouts.

Grâce à ses formidables aptitudes de nage et à sa flexibilité, un rat n’a aucun mal à se frayer un chemin des rues de la ville jusqu’à vos toilettes.

Cet élément est devenu central dans mon enquête. Lorsque mon mari, Jay, a découpé la partie du plafond de la salle de bain identifiée comme la source de nos maux par l’endoscope de Gregg, nous avons découvert que le nid de rats faisait le tour d’une vieille canalisation d’égout. Celle-ci avait été découpée à notre insu lors du retrait des toilettes situées à l’étage au-dessus, mais n’avait jamais été comblée. L’endroit où les rats avaient grimpé depuis les égouts avant de tomber dans la hauteur de plafond de mon sous-sol était marqué par des souillures huileuses noires.

Après de plus amples recherches, j’ai découvert qu’en plus d’être un jeu d’enfants pour les rats d’escalader une canalisation de toilettes de près de 8 centimètres de diamètre (et vide la plupart du temps), je vivais dans un quartier de Washington disposant d’un système d’assainissement collectif, grâce auquel l’eau des égouts pluviaux et des canalisations des toilettes se déversait au même endroit. Autrement dit, ce système collectif est une grande et joyeuse gare centrale pour les rats.

Ayant identifié le point d’entrée des rats dans la maison et supposant que ceux qui étaient dans le coin seraient effrayés par le bruit des travaux et de la perceuse, Jay a comblé la canalisation et nous nous sommes félicités d’avoir résolu ce mystère.

 

DES CRÉATURES DONT ON SAIT PEU DE CHOSES

Les super-pouvoirs des rats relèvent presque du mythe : ils peuvent nager pendant trois jours continus et passer dans des trous de la taille d’une pièce de 25 centimes. On dit qu’ils n’auraient pas d’os solides, que leur squelette serait uniquement composé de cartilage (ce qui est faux, mais je ne peux cependant pas confirmer s’ils peuvent ou non comprimer leur cage thoracique). Pour connaître la vérité, je me suis tournée vers la science. Mais le manque d’études sur le rat brun (Rattus norvegicus, alias le rat commun des villes) à l’état sauvage, ou plutôt dans n’importe quelle ville sur Terre, m’a surprise. Alors que nous travaillons depuis longtemps avec les rats de laboratoire, nous ne connaissons pas grand-chose de la vie des rats qui arpentent nos maisons.

Selon Chelsea Himsworth, chercheuse scientifique vétérinaire, « nous en savons sans doute plus sur l’écologie des ours blancs que sur celle des rats ». La scientifique étudie la manière dont les rats propagent des maladies dans les villes dans le cadre du projet sur les rats de Vancouver.

« Ce qui est intéressant chez les rats bruns, c’est qu’ils n’existent pas à l’état sauvage », explique la chercheuse. Leurs migrations, à travers l’Asie, les continents et les océans, correspondent à nos migrations. En contact avec les humains depuis si longtemps, ils vivent avec nous, mais dépendent aussi presque exclusivement des humains pour se nourrir.

Ils n’errent jamais bien loin de nos maisons. D’ailleurs, l’une des découvertes les plus importantes réalisées dans le cadre du projet sur les rats de Vancouver est que ces animaux forment des groupes familiaux (aussi appelés colonies) très stables dans chaque quartier d’une ville. Lorsque ces familles sont séparées par le piégeage ou l’empoisonnement, les rats restants sont contraints de partir. C’est à ce moment-là qu’ils ont tendance à propager des maladies.

 

RATS D’ÉGOUTS

Personnellement, je n’essayais pas de les éliminer au hasard. Je voulais tous les tuer, la famille de rats au grand complet.

J’en ai parlé à Robert Corrigan, que l’on m’avait présenté comme le « roi des rats de New York », un titre qui ne semble pas le déranger. Robert a passé toute sa carrière à lutter contre les rats évoluant sur la côte Est des États-Unis. Cette partie du pays, avec sa population dense, ses cours d’eau et ses vieilles canalisations, est un véritable paradis pour les rongeurs.

Le spécialiste était en partie d’accord avec ce que Gregg m’avait dit : pour éliminer une infestation, vous devez penser comme un rat. « Mais je pense aussi qu’il n’est pas difficile d’être plus malin qu’un rat », dit-il. Contrairement à la plupart des animaux, un rat doit manger et boire chaque jour pour survivre. Il ne peut donc pas s’accorder le luxe de sauter un repas.

Un rat nage avec son juvénile.

Photographie de Alamy

« S’il ne parvient pas à trouver de la nourriture et de l’eau, il devient comme “fou” », confie Robert Corrigan. Les rats supportent très mal la faim. Pour vous débarrasser d’eux, demandez-vous simplement où ils trouvent leur nourriture et éliminez-en la source.

Et pour mes rats alors ? Où trouvaient-ils leur nourriture ? Il était évident qu’ils remontaient des égouts en empruntant une vieille canalisation de toilettes et il n’y avait pas de nourriture dans le plafond de mon sous-sol.

La suite de cet article est quelque peu dégoutante. Robert Corrigan m’a dit que j’avais raison au sujet du système d’assainissement collectif : il facilite l’accès aux toilettes pour les rats. Comme pour valider cette théorie, un rat est apparu dans les toilettes de mon voisin le lendemain après que nous avons comblé notre canalisation.

En outre, la vidange des toilettes s’avère être une aubaine pour les rats d’égouts. « De grandes quantités de nourriture sont jetées dans les toilettes », a souligné Robert Corrigan. Bien que cela échappe à ma compréhension, je me souviens d’un propriétaire qui se plaignait de son locataire, car il jetait des os de poulet dans les toilettes.

« Qui plus est, les excréments humains et de chiens contiennent de la nourriture non digérée », a-t-il ajouté.

« Lorsque quelque chose flotte à proximité, les rats ne font pas la fine bouche ».

Intéressons-nous à cela plus en détail. Robert disait donc que les rats présents dans le plafond de mon sous-sol remontaient et descendaient des égouts tous les jours via la canalisation de toilettes, où ils mangeaient et d’où ils ramenaient sans doute de la nourriture, dont potentiellement des excréments humains.

« Cela dégoute les humains, mais ce régime, appelé la coprophagie, est l’une des raisons pour lesquelles les populations de rats se portent si bien », a expliqué Robert Corrigan. « Ils ne sont pas du tout difficiles ».

 

APOCALYPSE DE MOUCHES

Il était donc intelligent de notre part de combler la canalisation. Mais j’ignorais qu’à la suite de cela, au moins deux rats étaient prisonniers dans le plafond et ne pouvaient plus aller et venir. Seul l’un d’eux a survécu : le Rat Survivant est sorti de la maison en mâchouillant un tube de condensation, faisant jaillir de l’eau dans le plafond du sous-sol. Le Rat Malheureux n’est pas parvenu à résister suffisamment longtemps. Il est mort dans un lieu inconnu, provoquant l’apparition d’une nouvelle nuée de mouches à viande.

J’ai failli craquer lorsque ces gros monstres à rayures ont commencé à émerger et à voler dans le sous-sol. Cela ne pouvait pas recommencer.

Privilégiant la méthode chimique, j’ai acheté une bombe d’insecticide et attendu que la plupart des mouches soient sorties de leur coque de nymphose pour avoir le plus de chances de les éliminer. 

Je me suis approchée du trou que nous avions découpé dans le plafond et j’ai observé les insectes sortir de leur coque. À l’aide d’une pince à salade, j’ai attrapé la bâche en plastique et je l’ai écartée sur quelques centimètres. Une pluie de mouches noires est tombée du trou pour s’abattre sur le sol en bourdonnant. Les mouches étaient sorties de leur coque, mais ne pouvaient plus voler. C’était le moment idéal pour agir. J’ai retiré complètement la bâche, reculant d’un bond alors qu’une masse de mouches tombaient au sol, certaines d’entre elles prenant leur envol, et j’ai appuyé sur le diffuseur du fumigène.

J’ai laissé tomber ma pince et je me suis enfuie.

Des mouches mortes dans une partie uniquement du sous-sol.

Photographie de Erika Engelhaupt

Voilà ce que j’ai trouvé en rentrant chez moi.

Presque une Apocalypse de mouches.

 

Cet article a initialement paru sur le site nationalgeographic.com en langue anglaise.

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