Plumes, fascination et excès : l'odyssée des oiseaux de paradis

L'exposition "Plumes du Paradis" au musée du quai Branly-Jacques Chirac, à Paris, nous invite à explorer le dialogue millénaire entre les hommes et les flamboyants paradisiers.

De Rédaction National Geographic
Publication 22 août 2026, 11:05 CEST
L'oiseau exhibe les plumes de ses flancs pour attirer les femelles.

L'oiseau exhibe les plumes de ses flancs pour attirer les femelles.

PHOTOGRAPHIE DE TIM LAMAN, NAT GEO IMAGE COLLECTION

L'oiseau exhibe les plumes de ses flancs pour attirer les femelles.

PHOTOGRAPHIE DE TIM LAMAN, NAT GEO IMAGE COLLECTION

Isolés depuis des millions d'années dans les forêts tropicales du Pacifique Sud, les paradisiers (Paradisaeidae) constituent l'un des exemples les plus spectaculaires de sélection sexuelle du règne animal. À l'abri des grands prédateurs terrestres, les mâles des quarante-deux espèces d'oiseaux de paradis ont développé des attributs d'une extravagance inouïe : fils caudaux métalliques, collerettes iridescentes et plumages de velours capables d'absorber jusqu'à 99,9 % de la lumière. Lors des cérémonies de séduction, ils exécutent des danses frénétiques et métamorphosent leur anatomie pour séduire des femelles au choix intransigeant.

Cette beauté hors du commun a très tôt dépassé les frontières du Pacifique pour alimenter un imaginaire mondial et de vastes réseaux d'échanges.

C'est à cette histoire, et à la relation complexe qu'entretiennent les hommes avec ces splendides oiseaux, que s'intéresse l'exposition « Plumes du Paradis. Voyage d'un oiseau extraordinaire de Nouvelle-Guinée », qui se tient au musée du quai Branly - Jacques Chirac jusqu'au 8 novembre 2026.

 

DES INSIGNES DE POUVOIR

En Nouvelle-Guinée, les hommes entretiennent depuis toujours un lien étroit avec les paradisiers. Dans les Hautes-Terres, les plumes de ces derniers étaient montées en parures, et associées à des chants et des danses donnant à voir la puissance et la cohésion du groupe. Les peaux de paradisiers y étaient des biens d'échanges, servant à régler diverses compensations, voire faire office de dot lors de mariages.

Bien avant l'arrivée des Européens, les peaux de paradisiers faisaient déjà l'objet de réseaux de commerces florissants. Dès le Moyen Âge, le port de Dobo, dans les îles Aru, s'impose comme un carrefour stratégique où la plume s'échangeait contre des céramiques, des textiles et du métal. Dans cette zone d'échanges associée aux routes des épices, les paradisiers pouvaient être considérés comme des biens précieux ou des présents diplomatiques. 

Portées par les vents de mousson, ces parures traversèrent l'océan Indien et intégrèrent l'iconographie des grands empires d'Asie. Assimilées aux oiseaux fabuleux des mythologies perses, les plumes du paradisier grand-émeraude ornent les turbans et couronnes cérémonielles (sirpech) des souverains moghols, ottomans ou des dynasties du Népal, devenant le symbole ultime du pouvoir sacré et de la souveraineté.

 

DE LA FASCINATION AU MASSACRE

Lorsque les premières dépouilles parviennent en Europe au XVIᵉ siècle, dans le sillage de l'expédition de Magellan, l'absence de pattes sur les animaux morts laisse croire à des créatures célestes condamnées à voler sans jamais se poser. On ne savait alors rien de ces splendides animaux, à qui l'on accordait une place de choix dans les cabinets de curiosités. 

Il faudra attendre le XIXᵉ siècle et les expéditions de naturalistes comme René Primevère Lesson ou Alfred Russel Wallace, guidés par les réseaux et le savoir intime des chasseurs autochtones, pour que la science appréhende enfin la réalité de ces espèces. Les espèces furent nommées et documentées, et les collections des musées d'histoire naturelle s'enrichirent grâce aux marchands, aux missionnaires et aux naturalistes.

Les artistes se saisirent également de ce nouveau sujet de fascination auréolé de mystère, et Brueghel, Rubens, Rembrandt ou Lievens, pour ne citer qu'eux, intégrèrent les motifs chatoyants de l'oiseau de paradis à leur œuvre. Ces couleurs vives s'intégrèrent aux peintures allégoriques, aux thèmes bibliques, aux portraits royaux, dans une iconographie cherchant à magnifier ses sujets.

Images de l'exposition "Plumes du Paradis : Voyages d'un oiseau extraordinaire de Nouvelle-Guinée", au musée du ...

Images de l'exposition "Plumes du Paradis : Voyages d'un oiseau extraordinaire de Nouvelle-Guinée", au musée du Quai Branly - Jacques Chirac, jusqu'au 8 novembre 2026.

PHOTOGRAPHIE DE Romy Roynard
Images de l'exposition "Plumes du Paradis : Voyages d'un oiseau extraordinaire de Nouvelle-Guinée", au musée du ...

Images de l'exposition "Plumes du Paradis : Voyages d'un oiseau extraordinaire de Nouvelle-Guinée", au musée du Quai Branly - Jacques Chirac, jusqu'au 8 novembre 2026.

Photographies de Romy Roynard
Gauche: Supérieur:

Images de l'exposition "Plumes du Paradis : Voyages d'un oiseau extraordinaire de Nouvelle-Guinée", au musée du Quai Branly - Jacques Chirac, jusqu'au 8 novembre 2026.

Droite: Fond:

Images de l'exposition "Plumes du Paradis : Voyages d'un oiseau extraordinaire de Nouvelle-Guinée", au musée du Quai Branly - Jacques Chirac, jusqu'au 8 novembre 2026.

Photographies de Romy Roynard

Cette fascination céda rapidement la place à une frénésie commerciale. À la Belle Époque, Paris devint la capitale mondiale de la plumasserie : on y comptait pas moins de 350 plumassiers. Vers 1910, le secteur faisait vivre près de 50 000 personnes, principalement des femmes. Mais très vite, la demande dépassa la raison : il est estimé qu'entre 1905 et 1920, 30 000 à 80 000 peaux de paradisiers étaient expédiées chaque année de la Nouvelle-Guinée et des Moluques vers l'Europe pour habiller les chapeaux de la haute société.

Devant cette hécatombe et la menace réelle de voir disparaître ces merveilleux oiseaux, les premières ligues de protection des oiseaux virent le jour, comme la Ligue pour la Protection des Oiseaux en France et l'Audubon Society aux États-Unis, portées par des mouvements souvent liés aux combats pour le droit de vote des femmes. Des activistes venues de divers horizons convergèrent pour prendre la défense des oiseaux : la cantatrice Lilli Lehmann mit sa notoriété au service des campagnes anti-plumes aux États-Unis ; l'ornithologue et militante Florence Merriam Bailey qui combattait l'usage des plumes dans la mode, quand la Duchesse de Portland incarnait l'engagement des élites britanniques contre la mode des plumes.

Face aux interdictions progressives de chasse au XXᵉ siècle, les maîtres plumassiers durent rivaliser d'ingéniosité pour satisfaire leur clientèle en façonnant des plumes d'oiseaux de basse-cour.

 

INSPIRATION DURABLE ET SYMBOLE NATIONAL

Parallèlement, la silhouette stylisée de l'oiseau continua d'inspirer les créateurs occidentaux. Des broches Art déco en platine et onyx des années 1920 aux clips sertis de rubis et saphirs créés par Van Cleef & Arpels dans les années 1940, l'oiseau de paradis s'est affranchi du matériau plumeux pour devenir une figure immortelle d'élégance et de liberté. La grâce et la rareté de l'oiseau devinrent un emblème de raffinement et de modernité.

Aujourd'hui, l'oiseau de paradis a réintégré son territoire d'origine. Devenue indépendante en septembre 1975, la Papouasie-Nouvelle-Guinée en fit son emblème national, omniprésent sur son drapeau comme lors des rassemblements intertribaux (sing-sing), où les parures célébrant le vivant demeurent un fort signe d'appartenance.

Conçue en collaboration avec des scientifiques, universitaires et artistes de Nouvelle-Guinée, l'exposition « Plumes du Paradis » croise histoire naturelle, anthropologie et histoire des arts, à travers de multiples œuvres, objets cérémoniels et culturels. Une traversée captivante de notre rapport au vivant et à la beauté et une redécouverte de ces plumes éclatantes.

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INFORMATIONS PRATIQUES

Exposition : Plumes du Paradis

Lieu : Musée du quai Branly - Jacques Chirac, 37 Quai Jacques Chirac, 75007 Paris

En savoir plus : Retrouvez la programmation complète et la billetterie sur le site officiel du musée du quai Branly - Jacques Chirac.

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