Pourriez-vous adopter un animal de laboratoire ?

Chaque année, des animaux de laboratoire sont proposés à l’adoption après les recherches auxquelles ils ont participé. Mais leur offrir un foyer durable demande une grande patience.

De Melanie D.G. Kaplan
Publication 10 avr. 2026, 18:11 CEST
Callaway, un beagle à la retraite après avoir été utilisé pour des études sur les puces ...

Callaway, un beagle à la retraite après avoir été utilisé pour des études sur les puces et les tiques, sort pour la première fois depuis son arrivée au Kindness Ranch Animal Sanctuary. Cette association, basée dans le Wyoming, trouve chaque année un foyer à environ 250 beagles et plus de quatre-vingts chats. 

 

PHOTOGRAPHIE DE Kindness Ranch Animal Sanctuary

Il y a six ans, Mallory Cormier a adopté un lapin blanc néo-zélandais âgé de trois mois, avec des oreilles aussi longues que des branches de céleri et un épi sur le front qui ressemblait à une crête iroquoise. Elle l'a baptisé Chickpea et, lorsqu'elle l'a transféré de sa cage de transport temporaire à un enclos plus grand dans son salon, le lapin s'est mis à bondir d'un côté à l'autre de l'enclos, savourant une liberté qu'il n'avait jamais connue auparavant. 

La vie de Chickpea, comme celle de millions d'autres animaux dans le monde, a commencé dans un laboratoire de recherche. Une connaissance de Mallory Cormier travaillait dans l'un de ces laboratoires aux États-Unis et lui a dit que le jeune lapin serait euthanasié en raison d'une blessure à la patte. Mallory a donc pris la décision de le ramener chez elle. 

Aujourd'hui, elle prend un plaisir immense à regarder ce lapin sauter à sa guise. « Au laboratoire, son enclos lui permettait de se retourner et de s'allonger mais il n'était pas assez haut pour qu'il puisse sauter » explique Mallory, qui est vétérinaire dans le Connecticut, aux États-Unis. « Le voir enfin bouger librement était incroyable. »

Cette photo prise par un drone montre la partie ouest du Kindness Ranch Animal Sanctuary. Il ...

Cette photo prise par un drone montre la partie ouest du Kindness Ranch Animal Sanctuary. Il ne s'agit là que d'un exemple parmi d'autres lieux qui offrent un nouveau foyer à des animaux de laboratoire à la retraite. 

PHOTOGRAPHIE DE Kindness Ranch Animal Sanctuary

Les animaux utilisés pour des expériences scientifiques mènent une existence largement méconnue, loin des yeux du public, derrière des portes de laboratoires. Selon une enquête menée par le ministère français chargé de la recherche, plus de 2 millions d'animaux ont été utilisés en France en 2024 pour des recherches, parmi lesquels on compte plus d'1,5 million de souris et de rats, 160 000 lapins, 11 500 porcs et 3 300 chiens. Selon certaines estimations, aux États-Unis, ce sont plus de 100 millions d'animaux, dont la grande majorité sont des souris et des rats, qui sont utilisés chaque année pour la recherche. Selon les rapports du Département de l'Agriculture (USDA) pour 2024, on compte plus de 45 000 porcs, 42 000 chiens et 100 000 primates. 

La plupart des animaux de laboratoire sont euthanasiés à la fin des études afin que les scientifiques puissent les disséquer et en tirer des conclusions. Mais d'autres spécimens, qui font l'objet d'études moins invasives, qui sont conservés comme reproducteurs ou utilisés dans des groupes témoins, bénéficient parfois d'une seconde chance. 

J'ai partagé dix ans de ma vie avec l'un de ces animaux, à partir de 2013, lorsque j'ai adopté un beagle qui avait passé près de quatre ans dans un laboratoire en Virginie. Je ne savais rien d'autre du passé de Hammy mais nous avons rapidement tissé des liens et j'ai tout mis en œuvre pour qu'il se sente bien et en sécurité dans notre maison à Washington D.C. En voyant Hammy trouver ses marques après l'enfermement qu'il avait subi, je me suis mise à m'interroger sur les autres animaux de laboratoire. Pourquoi n'y en a-t-il pas davantage proposés à l'adoption ? Existe-t-il des associations qui leur cherchent de nouveaux foyers ? Et à quel point est-il difficile pour d'autres espèces de passer du statut de cobaye à celui d'animal de compagnie ? 

 

PAS SEULEMENT DES CHIENS...

Depuis longtemps aux États-Unis, certaines universités autorisent le personnel, les étudiants et les voisins à adopter des animaux de laboratoire. Au cours des douze dernières années, dix-sept des États du pays ont adopté des lois obligeant les laboratoires à mettre les chiens et les chats en bonne santé à l'adoption une fois les tests terminés. En 2022, plus de 4 000 beagles ont été adoptés par des familles dans tout le pays après la fermeture de l'entreprise Envigo, un centre d'élevage destiné à la recherche basé en Virginie. Cette fermeture a fait suite à une action en justice intentée par les États-Unis contre l'entreprise pour violation des lois relatives au bien-être animal. Au cours des dernières années, Kindness Ranch, un refuge accueillant d'anciens animaux de laboratoire situé dans le Wyoming, a trouvé un foyer à environ 250 beagles, et 80 chats. 

Toutefois, les animaux de compagnie traditionnels ne sont pas les seuls à avoir le droit à une nouvelle vie en dehors des laboratoires. Parmi les 130 animaux résidant au Kindness Ranch, on retrouve des lamas, des chevaux, des vaches, des chèvres, des moutons et des porcs, dont la plupart ont servi à la formation de vétérinaires ou à des études nutritionnelles. D'autres refuges, notamment Peaceable Primate Sanctuary dans l'Indiana ou Project Chimps en Géorgie, trouvent des foyers à d'anciens primates de laboratoire. Même si les Instituts nationaux de la santé américains ont cessé de financer les recherches biomédicales menées sur les chimpanzés en 2015, ils sont nombreux à toujours être dans des laboratoires dans l'attente d'un refuge. 

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    Ziggy, une jument fière, se tient aux côtés de Solomon, son poulain nouveau-né, à Kindness Ranch Animal Sanctuary. Ziggy était auparavant détenue dans un centre de production d'urine de juments gravides au Canada. Il s'agit là du premier poulain qu'elle a pu garder et élever.

    PHOTOGRAPHIE DE Kindness Ranch Animal Sanctuary

    Les laboratoires ont trouvé des foyers pour des furets, des chinchillas, des scinques, des campagnols, des poissons, des oiseaux et même des mygales à l'issue de leurs recherches. Des vétérinaires et des techniciens animaliers qui travaillent dans ces laboratoires affirment que savoir que les animaux dont ils s'occupent, et auxquels ils s'attachent parfois, peuvent finir leurs jours dans un foyer leur remonte le moral dans un métier qui peut s'avérer stressant, voire traumatisant. 

    L'un des plus grands défis auxquels sont confrontés ceux qui cherchent de nouveaux foyers à d'anciens animaux de laboratoire est de gagner la confiance du personnel des institutions scientifiques qui veulent éviter d'attirer l'attention sur leurs activités de recherche sur les animaux. Ce problème se pose moins lorsque la personne chargée de coordonner les adoptions fait partie du personnel de l'institution. 

     

    « LA RETRAITE, PAS L'EUTHANASIE »

    Holly Nguyen est diplômée en zoologie et mène des recherches sur le cancer de la prostate à l'université de Washington (UW). Au fil des années, elle a vu de nombreux animaux de laboratoire euthanasiés à l'issue des recherches, notamment des rats et des souris, alors qu'ils auraient pu être adoptés. 

    « Cela m'a posé problème, comme à de nombreuses personnes » affirme-t-elle. « J'ai décidé d'agir. » Elle a créé le Washington Adoption Center for Retired Research Animals (WACRRA), une association qui trouve un foyer à des animaux de laboratoire retraités, et, en août 2024, elle a recueilli ses premiers animaux, deux rats âgés d'un an nommés Fritz et Ernst. 

    Une famille vivant à l'autre bout de l'État de Washington a adopté ces rongeurs issus de la même portée. « Je me suis dit qu'ils seraient parfaits pour mes garçons, qui avaient trois et cinq ans » explique Elizabeth Hamilton. Elle apprécie les efforts déployés par Holly Nguyen pour instaurer une nouvelle norme pour les animaux de laboratoire : « la retraite, pas l'euthanasie », précise-t-elle.

    La famille d'Elizabeth Hamilton a rapidement appris que les rats étaient curieux, intelligents et adorables, et qu'ils avaient chacun leur personnalité. Malheureusement, moins d'un an plus tard, Fritz est décédé. Il occupe désormais une place particulière dans leur jardin. 

    Une truie Yucatan nommée Daphne, retraitée après avoir été utilisée pour des recherches sur les blessures, ...

    Une truie Yucatan nommée Daphne, retraitée après avoir été utilisée pour des recherches sur les blessures, semble sourire à l'appareil photo au Kindness Ranch Animal Sanctuary. Les cicatrices sur sa peau laissent penser qu'elle a pu être utilisée dans le cadre de recherches sur les brûlures chimiques. 

    PHOTOGRAPHIE DE Kindness Ranch Animal Sanctuary

    Le WACRRA a conclu des partenariats avec six institutions dans la région de Seattle, dont le personnel contacte Holly Nguyen lorsqu'ils ont des animaux à faire adopter. Dans le cadre de cet accord, elle s'engage à ne pas divulguer le nom de ces institutions. À ce jour, elle a trouvé un foyer à environ 400 souris, rats, hamsters, cochons d'Inde et furets, et elle a elle-même adopté un hamster doré nommé Marble qui a été utilisé dans le cadre de recherches sur la vue. 

    « J'ai plusieurs pièces chez moi réservées à l'accueil de ces animaux avec des habitats adaptés à chaque espèce » indique Holly Nguyen. Elle trouve souvent du matériel et des abris gratuits grâce à son groupe « buy nothing » local, un groupe de dons d'objets à échelle locale, et les laboratoires font don de nourriture pour animaux. Elle aime voir les animaux adoptés avoir de l'espace à explorer, creuser dans la litière épaisse et se balancer dans des hamacs. Elle espère étendre son action au-delà du Nord-Ouest Pacifique et estime qu'il est important que des groupes comme le sien se consacrent à ces initiatives. 

    « Tout le monde adore cette mission et trouve très gratifiant de pouvoir offrir à ces animaux une vie loin des laboratoires » souligne-t-elle. 

    En Virginie, Eva Cross dirige l'association Second Chance Heroes Rat Adoptions. Parmi les 800 rats auxquels elle a trouvé un foyer, plus d'une centaine provenaient de laboratoires, certains situés aussi loin que le Wisconsin. « Les gens veulent adopter des anciens animaux de laboratoire » explique Eva Cross. « Je pense que l'on sait peut-être moins que les rats peuvent être de bons animaux de compagnie et de bons compagnons ».

    Dans certains cas, les animaux de laboratoire adoptés continuent de contribuer à la science. Peu après avoir lancé son association à but non lucratif il y a six ans, Eva Cross a relu le livre The Lab Rat Chronicles de Kelly Lambert (non traduit en français). Kelly Lambert est professeure à l’université de Richmond qui étudie les émotions positives chez les rats afin de mieux comprendre le comportement humain. Eva Cross a contacté Kelly Lambert et leur échange a permis de trouver un foyer à dix-huit rats par l'intermédiaire de l'association Second Chance Heroes en 2024. Kelly Lambert et son équipe étaient impatients de savoir comment leurs sujets s'adaptaient à leur nouveau foyer et ils ont donc commencé à interroger régulièrement leurs familles adoptives sur le régime alimentaire, le poids, le tempérament, la personnalité, la socialisation et les activités favorites de chaque rat. Cette initiative de « science citoyenne » permet de poursuivre les recherches tout en offrant aux rats un environnement de vie plus confortable et moins clinique. 

     

    S'HABITUER À UNE NOUVELLE VIE 

    La facilité avec laquelle un animal s'adapte à un nouveau foyer dépend de son âge, de sa personnalité et de ce qu'il a vécu en laboratoire. Les jeunes animaux s'acclimatent en général plus rapidement à de nouveaux environnements. Ceux qui ont été malmenés et qui n'ont reçu que peu, voire pas, d'attention individuelle peuvent avoir du mal à se détendre, à faire confiance et à s'adapter. Et, tout comme les êtres humains, certains animaux sont plus audacieux et aiment les nouvelles expériences tandis que d'autres sont plus craintifs. 

    Eva Cross explique que peu importe ce qu'a vécu l'animal en laboratoire, il est important que la transition dans un nouveau foyer soit progressive. « Il s'agit d'un tout nouveau monde pour eux » explique-t-elle. « Chaque expérience qu'ils vivent est une première pour eux. La patience les aidera plus que tout. »

    Vivant à Washington D.C. avec moi, mon beagle Hammy avait peur de nombreux bruits et images du quotidien pendant la majeure partie de sa première année après avoir quitté le laboratoire. Mais au cours des dix années que l'on a passées ensemble, il est devenu plus courageux et plus sûr de lui (tout comme moi). J'ai appris à le connaître en tant qu'individu et j'ai fait de mon mieux pour le laisser décider comment interagir, où dormir et quand manger, c'est-à-dire, en bon beagle, aussi souvent que possible. 

    Le lapin Chickpea se tient devant un tunnel de jeu. Comme des millions d'animaux dans le ...

    Le lapin Chickpea se tient devant un tunnel de jeu. Comme des millions d'animaux dans le monde, sa vie a commencé dans un laboratoire de recherche.

    PHOTOGRAPHIE DE Mallory Cormier, Save The Buns, Inc.

    Quant au lapin de Mallory Cormier, Chickpea, désormais surnommé Chickie, il est devenu très territorial et s'est un peu transformé en « chien de garde », rapporte Mallory Cormier, qu'il réveille la nuit lorsqu'il entend des bruits à l'extérieur. Il adore la salade et exprime son mécontentement par des grognements, par exemple lorsque Mallory Cormier porte des grosses chaussettes en sa présence. Il est plutôt petit, il ne pèse qu'environ 3,6 kilogrammes, mais son héritage est immense : il a inspiré à Mallory Cormier la création de Save the Buns, une association à but non lucratif qui s'associe à des laboratoires locaux pour trouver un nouveau foyer aux lapins de laboratoire. 

    Elle a désormais sauvé dix-sept lapins destinés à la recherche, dont un deuxième qui est à présent son animal de compagnie, nommé Crouton. Sept de ces lapins vivent dans une petite grange chauffée sur son terrain dans laquelle, en attendant d'être adoptés, ils disposent de couvertures en polaire, de tunnels en carton, de salades quotidiennes, de friandises à base de pommes séchées et de foin à volonté. La lumière du soleil entre par plusieurs fenêtres et de la musique relaxante est diffusée tout au long de la journée. Et là, dans la grange, ils ont la place de sauter. 

    Melanie D.G. Kaplan est une journaliste indépendante basée à Washington D.C. Son premier livre, Lab Dog: A Beagle and His Human Investigate the Surprising World of Animal Research, a été publié en 2025 par Hachette.

    Cet article a initialement paru sur le site nationalgeographic.com en langue anglaise. 

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