Ces faux cousins des araignées existent depuis 405 millions d’années
Ils ressemblent peut-être à des araignées mais les opilions appartiennent à un groupe d’arachnides totalement différent. Voici pourquoi ils sont plus fascinants que vous ne le pensez.

Un opilion (Opiliones), plus communément appelé « faucheur », est perché sur une feuille. S'ils appartiennent bien à la famille des arachnides, les faucheurs possèdent un corps unique de forme ovale contrairement aux araignées qui ont deux segments corporels distincts.
Un opilion (Opiliones), plus communément appelé « faucheur », est perché sur une feuille. S'ils appartiennent bien à la famille des arachnides, les faucheurs possèdent un corps unique de forme ovale contrairement aux araignées qui ont deux segments corporels distincts.
Il existe un mythe assez répandu selon lequel « les opilions [seraient] les araignées les plus venimeuses du monde, mais leurs crochets [seraient] trop petits pour transpercer la peau humaine ».
Cela vous dit quelque chose ? Et bien cette « sagesse » populaire n'est pas seulement incorrecte. Elle est fausse à plusieurs égards.
LES OPILIONS SONT-ILS DES ARAIGNÉES ?
Les opilions sont des arachnides dotés d'un minuscule torse en forme de comprimé et des jambes à n'en plus finir. Ils possèdent une paire d'yeux rudimentaires, des tubes respiratoires appelés trachées, un système digestif et même des organes génitaux cachés sous une trappe. Mais, en réalité, ces animaux ne sont dans l'ensemble qu'un enchevêtrement de pattes et de ce petit corps trapu auquel elles sont reliées, comme les rayons des roues d'un vélo à leur moyeu.
Malgré leur apparence, les faucheurs ne sont pas du tout des araignées. Tout comme les mites, les tiques et les scorpions, les opilions sont des cousins des araignées. C'est-à-dire que les opilions sont des arachnides appartenant à l'ordre Opiliones, et non à celui des Aranéides (Araneae), où sont classées les araignées.
En outre, les araignées possèdent généralement huit yeux tandis que les opilions n'en ont généralement que deux, tous deux rudimentaires et leur permettant uniquement de distinguer la lumière et l'obscurité mais sûrement pas l'expression de votre visage lorsque vous en apercevez un sur le mur de vos toilettes et que vous vous enfuyez en criant. De même, si l'on observe ces deux animaux du dessus, le corps des araignées est composé de deux parties, le céphalothorax et l'abdomen, séparées au milieu par une taille. Le corps des opilions est généralement regroupé en une seule partie.
« On dirait que les araignées portent un petit corset. Les opilions, eux, laissent tout sortir », plaisante Mercedes Burns, biologiste évolutionniste et spécialiste des opilions à l'université du Maryland, comté de Baltimore (UMBC).
Mais quel est peut-être le moyen le plus simple de différencier un opilion d'une araignée ? « S'il y a une toile, il s'agit d'une araignée car les opilions ne peuvent pas produire de soie », explique Mercedes Burns.
UNE MORSURE D'OPILION PEUT-ELLE VOUS TUER ?
Pour en revenir à cette légende d'« araignée la plus venimeuse au monde », et bien vous pouvez arrêter de vous inquiéter des morsures de opilions, car ces petites créatures ne possèdent même pas de crochets. « Leur rostre ressemble à de petits ciseaux », indique Mercedes Burns. « Ils s'en servent pour découper de petits morceaux de nourriture et les mettre dans leur bouche ».
Ce qu'on raconte sur la puissance du venin des opilions ? Ce ne sont que de pures balivernes étant donné qu'ils ne produisent pas de venin. Pas même un tout petit peu.
En résumé, vous pouvez être assuré que les opilions sont physiquement incapables de vous faire du mal. Vous pourriez plonger dans une piscine remplie de ces petites bêtes et vous en sortiriez sans la moindre égratignure. Cela dit, avec ses fines pattes, vous risqueriez peut-être de mourir d'avoir trop été chatouillé.
LES OPILIONS PERDENT LEURS PATTES POUR SURVIVRE
En parlant de ces pattes, un examen plus approfondi révèle que les rotules, ou les genoux, des opilions se trouvent haut dans les airs, suspendant leur corps au-dessus du sol de manière à leur conférer un centre de gravité très bas, selon Mercedes Burns. Cela permet aux arachnides de rester stables lorsqu'ils rebondissent sur des pattes qui ressemblent moins à des échasses qu'à des cordes élastiques. En dessous du genou, chaque patte comporte entre dix-huit et vingt segments tarsiens qui se plient tous et permettent à leurs pattes de s'agripper à tout, d'une branche d'arbre à un brin d'herbe. « C'est presque comme si votre pied pouvait s'enrouler autour des choses », compare-t-elle. Et, vous savez, si vous en aviez huit au lieu de deux.
« Leur deuxième paire de pattes est dotée de nombreuses structures sensorielles dont elles se servent en quelque sorte pour tâtonner autour d'elles lorsqu'elles marchent », explique Mercedes Burns. « Elles peuvent également utiliser ces pattes pour marcher, mais elles préfèrent ne pas le faire car elles s'en servent pour se repérer, et peut-être même pour goûter et sentir les surfaces qu'elles touchent ».
Parfois, leurs pattes se terminent par des crochets leur permettant de mieux s'agripper, et certaines espèces produisent même une sorte de colle sur les pattes qu'elles utilisent pour attraper leurs proies dans des endroits humides, tels que les chutes d'eau. « Je les considère un peu comme des touche-à-tout », affirme Mercedes Burns. « Ce sont des arachnides tout terrain ».
Or, comme le sait toute personne qui a déjà essayé d'écraser un opilion, leurs pattes se détachent si facilement de leur corps qu'on pourrait croire que les arachnides souhaitent s'en débarrasser. Mais la perte de pattes est une caractéristique, pas un défaut.
« Nous trouvons régulièrement dans la nature des opilions qui ont perdu leurs pattes », explique Mercedes Burns. « Et ils sont toujours capables de se déplacer aussi bien que ceux qui en ont huit ». En fait, elle précise qu'ils peuvent s'en sortir avec seulement quatre pattes, ce qui signifie que, même s'ils n'ont pas les neuf vies des chats, ils en ont au moins quatre. Car leurs pattes perdues représentent des secondes chances.
Lorsqu'un prédateur (ou un petit enfant curieux) attrape un opilion, il se concentre probablement à attaquer l'une des pattes de l'arachnide. Et étant donné que la pauvre créature ne dispose pas d'armes pour se défendre, elle n'a pas d'autre choix que de rester sur place et mourir, ou de réduire les pertes et s'enfuir. C'est pour cette raison que les pattes des opilions se détachent si facilement. Elles sont conçues pour se détacher de façon nette, sans que l'arachnide ne saigne au cours du processus. Une fois détachée, la patte continue de bouger sous l'effet de l'activité nerveuse, une diversion potentielle qui distrait le prédateur pendant que l'opilion, qui comporte désormais moins de pattes, prend la fuite. Les scientifiques appellent cette capacité à se débarrasser d'une patte l'« autotomie ».
Encore une fois, cela semble totalement contre-productif pour la survie mais cela fonctionne pour les opilions depuis des centaines de millions d'années. En réalité, si nous avons davantage tendance à citer des animaux tels que les guépards, les faucons et les baleines bleues lorsque l'on parle des sommets de l'évolution, de solides arguments permettent d'affirmer que la composition très étrange de ces arachnides pourrait être l'une des formes corporelles les plus réussies sur Terre.
« Ces créatures existent depuis très longtemps », affirme Mercedes Burns. Les premiers fossiles d'opilions remontent à 405 millions d'années, ce qui en fait l'un des plus anciens groupes animaux terrestres. « Mais leur corps est resté plus ou moins inchangé depuis », explique Mercedes Burns. « Je ne veux jamais qualifier quelque chose de "fossile vivant" car si [cette créature] vit encore à l'heure actuelle, c'est qu'elle continue d'évoluer. Mais cela nous indique que leur corps est plutôt résistant aux changements évolutifs et environnementaux ».
Jason Bittel est un explorateur National Geographic..
Cet article a initialement paru sur le site nationalgeographic.com en langue anglaise. Ce texte est un extrait de l'ouvrage Grizzled: Love Letters to 50 of North America's Least Understood Animals, disponible chez Disney Books.
