À la rencontre de Tatu et Loulis, les derniers chimpanzés qui « parlent »

Dans les années 1960 et 1970, un groupe de chimpanzés a stupéfait le monde en apprenant la langue des signes. Aujourd'hui, seuls deux sont toujours vivants, et la question se pose : cela en valait-il la peine ?

De Adam Kovac
Publication 13 août 2026, 14:08 CEST
Il y a soixante ans, des scientifiques se sont lancés dans une expérience : apprendre la ...

Il y a soixante ans, des scientifiques se sont lancés dans une expérience : apprendre la langue des signes américaine à des chimpanzés et, à terme, prouver que les humains ne sont pas les seuls à pouvoir utiliser le langage. L’expérience a été un franc succès puisque plusieurs chimpanzés, dont Dar, que l’on voit sur cette photographie, ont commencé à signer en réponse à leurs soignants. 

PHOTOGRAPHIE DE Central Washington University Archives and Special Collections

Il y a soixante ans, des scientifiques se sont lancés dans une expérience : apprendre la langue des signes américaine à des chimpanzés et, à terme, prouver que les humains ne sont pas les seuls à pouvoir utiliser le langage. L’expérience a été un franc succès puisque plusieurs chimpanzés, dont Dar, que l’on voit sur cette photographie, ont commencé à signer en réponse à leurs soignants. 

PHOTOGRAPHIE DE Central Washington University Archives and Special Collections

Alors qu'elle lézardait dehors, chez elle, à Carignan, dans la banlieue de Montréal, au Canada, par une journée venteuse de juin, Tatu, une femelle chimpanzé (Pan troglodytes), a remarqué qu'elle avait des visiteurs. Elle s'est avancée tranquillement, a observé les spectateurs en contrebas, puis a passé son index sur son front. 

Ce geste correspond à la couleur noire en langue des signes américaine (ASL). C'est la couleur préférée de Tatu mais aussi le mot qu'elle emploie pour désigner tout ce qu'elle trouve génial. Âgée de cinquante-neuf ans à l'époque, elle exprimait ainsi une idée qui pourrait se traduire par : « Oh de la compagnie, génial ! ».

Ensuite, Tatu a serré le poing et, d'un mouvement circulaire, l'a porté à sa bouche. « De la crème glacée serait une bonne idée », a reconnu Mary Lee Jensvold, chercheuse spécialisée en chimpanzés et directrice associée de la Fondation Fauna, une association à but non lucratif qui se consacre à offrir un sanctuaire aux primates non humains, et notamment à Tatu et à Loulis, un chimpanzé mâle âgé de cinquante-sept ans. 

Roger et Deborah Fouts, fondateurs du Chimpanzee and Human Communication Institute à l'université du centre de ...

Roger et Deborah Fouts, fondateurs du Chimpanzee and Human Communication Institute à l'université du centre de Washington (CWU), sont accueillis par Washoe, Moka et Tatu à la porte de chez eux en juillet 2023. Le couple a repris les expériences sur la langue des signes américaine après Allen et Beatrix Gardner, qui ont lancé le projet en 1966.

 

PHOTOGRAPHIE DE Central Washington University Archives and Special Collections

Roger et Deborah Fouts, fondateurs du Chimpanzee and Human Communication Institute à l'université du centre de Washington (CWU), sont accueillis par Washoe, Moka et Tatu à la porte de chez eux en juillet 2023. Le couple a repris les expériences sur la langue des signes américaine après Allen et Beatrix Gardner, qui ont lancé le projet en 1966.

 

PHOTOGRAPHIE DE Central Washington University Archives and Special Collections

Tatu et Loulis sont les deux derniers chimpanzés vivants parmi ceux qui ont participé à la série d'expériences qui a commencé dans les années 1960. Ils ont passé toute leur vie en captivité, et ont notamment fait des séjours dans des centres à Oklahoma et à Washington, où les chercheurs ont étudié leur capacité d'apprentissage de l'ASL, espérant remettre en cause la croyance selon laquelle seuls les humains pouvaient utiliser le langage. 

Depuis 2013, les deux chimpanzés vivent à Fauna où ils continuent de signer. Tatu, la plus bavarde des deux, maîtrise 215 signes tandis que Loulis sait en utiliser 78. Avec leurs soignants, ils aiment avant tout parler des activités et de la nourriture. Tatu a un faible pour le fromage et apprécie une bonne tasse de café ou de thé. De son côté, Loulis préfère demander à ses soignants de jouer à un jeu de course-poursuite.

La question de savoir si le langage est propre aux humains fascine les linguistes et les scientifiques depuis plusieurs siècles. Dans les années 1960, ils ont commencé à s'intéresser à l'un de nos parents génétiques les plus proches afin de mettre un terme à cette question. Cette recherche a été lancée par deux professeurs de psychologie à l'université du Nevada à Reno (UNR) : le couple formé par Allen et Beatrix, dite Trixie, Gardner. Ils ont cherché à prouver que, dans les bonnes conditions, les chimpanzés étaient capables d'apprendre un langage humain. 

Leurs recherches ont commencé en 1966 avec une jeune chimpanzé  qu'ils ont adoptée et nommée Washoe après qu'elle a été récupérée en Afrique de l'Ouest pour être utilisée dans les expériences de l'armée de l'air des États-Unis. Washoe a été élevée par les Gardner de la manière la plus similaire possible à la façon dont ils auraient élevé un enfant humain. Elle a appris à aller sur le pot, qu'elle appelait « bon sale », en langue des signes, elle jouait avec des poupées et contemplait les photographies dans les magazines. 

Washoe a fait sensation dans l'académie mais sa popularité a été dépassée dans les années 1970 par celle de deux autres primates : Koko le gorille et Nim Chimpsky. Bien que, plus tard, les méthodes utilisées pour ces expériences aient fait l'objet de nombreuses critiques remettant en doute le fait que Koko et Nim comprenaient ce qu'ils disaient, ce n'a pas été le cas pour Washoe. Cette dernière avait acquis un vocabulaire composé de 245 mots avant sa mort en 2007 à l'université du Centre de Washington (CWU). 

Les Gardner ont recommencé leur expérience avec quatre autres chimpanzés : Moja, qui adorait peindre ; Dar, qui aimait porter des chapeaux et observer des objets mécaniques ; Pili, un mâle décédé d'une leucémie avant ses deux ans ; et Tatu. Ils ont fini par céder leur travail à Roger Fouts, un de leurs anciens élèves diplômés, et à sa femme, Deborah. Ils ont tous deux ont accueilli Washoe, Moja, Dar et Tatu, ainsi que le jeune Loulis, qui est devenu le premier chimpanzé à apprendre l'ASL grâce à d'autres chimpanzés. 

Il est peu probable que Tatu et Loulis soient conscients d'avoir été au cœur d'une recherche scientifique révolutionnaire ou des questions éthiques complexes qui l'accompagnaient. Bien que les expériences sur l'ASL menées sur les chimpanzés aient beaucoup appris aux chercheurs quant à l'évolution des capacités de communication humaines, ces connaissances ont eu un coût pour les sujets de recherche. Aujourd'hui âgés et les chimpanzés vivant rarement plus de soixante ans, Tatu et Loulis ne reverront probablement jamais leur habitat naturel dans les forêts tropicales en Afrique de l'Ouest et centrale. Parvenir à introduire des chimpanzés élevés en captivité dans leur habitat naturel est impossible. Non seulement, ils ne possèdent pas les capacités pour y survivre, mais ils pourraient aussi faire face à un rejet violent de la part de tous les groupes de chimpanzés qu'ils rencontreraient. Sauf s'ils sont transférés dans un refuge similaire, il est presque certain qu'ils finiront leurs jours à Fauna. 

Ce coût a fini par amener certains des scientifiques qui avaient élevé des chimpanzés à éprouver des scrupules moraux intenses quant à leur travail le plus célèbre, voire à s'y opposer. 

 

les plus populaires

voir plus

COMMENT APPRENDRE LA LANGUE DES SIGNES À UN CHIMPANZÉ ?

D'après les psychologues de l'école comportementaliste, qui a émergé au début des années 1900, les comportements animaux étaient simplement des réactions à des stimuli extérieurs. Ils pensaient que l'incapacité des autres espèces à parler était non seulement une preuve de l'absence, chez eux, de structures anatomiques adaptées mais aussi qu'elle leur rendait impossible l'étude de leur vie intérieure, un concept largement inaccessible selon l'école. Pour certains, c'était même la preuve qu'ils ne possédaient pas une vraie conscience. Des linguistes, tels que Noam Chomsky, ont défendu l'idée selon laquelle les humains possédaient une grammaire innée de laquelle émergeaient toutes les langues. Selon cette idée, les animaux n'avaient pas besoin de langage. 

Toutefois, les Gardner estimaient que les chimpanzés auraient beaucoup de choses à dire si on leur fournissait les outils adaptés pour le faire. 

Ils n'étaient pas les premiers à soupçonner que les chimpanzés étaient capables de communiquer. Dans les années 1930, un autre couple de scientifiques a adopté un chimpanzé nommé Gua chez eux pour observer ce qu'il se passerait s'ils l'élevaient de la même façon qu'un enfant humain. Cela impliquait d'apprendre l'anglais à Gua tout en l'élevant aux côtés de leur fils humain, Donald. Comme ils l'ont documenté dans leur livre The Ape and the Child, Winthrop et Luella Kellogg ont découvert que les chimpanzés apprenaient plus rapidement à utiliser une cuillère et à ouvrir une porte, ainsi qu'à répondre à des commandes verbales. Ils ont néanmoins abandonné l'expérience après que Donald a commencé à parler alors que Gua non. D'autres expériences menées au début des années 1940 ont démontré que les chimpanzés ne possédaient pas les structures anatomiques nécessaires pour parler anglais. Malgré cela, un chimpanzé, Viki, a finalement réussi à dire « maman », « papa » et « verre » après des séances d'orthophonie intenses pendant lesquelles des humains faisaient manuellement bouger sa bouche pour faire sortir les bons sons. 

Les vocalisations humaines étant hors-jeu, les Gardner ont élaboré une théorie selon laquelle les singes étaient capables d'apprendre l'ASL de la même façon qu'ils apprenaient à communiquer par des gestes dans la nature. Ils devraient être entièrement immergés, entourés de soignants humains qui communiqueraient avec eux et entre eux uniquement en ASL. 

Tatu s'amuse avec une caméra. Le but de ces expériences sur l'ASL était de traiter les ...

Tatu s'amuse avec une caméra. Le but de ces expériences sur l'ASL était de traiter les chimpanzés de la façon la plus proche possible de celle dont on traite les humains et de complètement les immerger dans leur nouvelle langue, entourés de soignants humains qui communiqueraient uniquement en ASL avec eux et entre eux. 

 

PHOTOGRAPHIE DE Central Washington University Archives and Special Collections
Mary Radeke, étudiante à l'université du centre de Washingon (CWU), signe avec les chimpanzés en 1994, ...

Mary Radeke, étudiante à l'université du centre de Washingon (CWU), signe avec les chimpanzés en 1994, seulement un an avant que l'université ouvre son Chimpanzee Human Communication Institute avec l'aide du couple Fouts. 

Photographies de Central Washington University Archives and Special Collections
Gauche: Supérieur:

Tatu s'amuse avec une caméra. Le but de ces expériences sur l'ASL était de traiter les chimpanzés de la façon la plus proche possible de celle dont on traite les humains et de complètement les immerger dans leur nouvelle langue, entourés de soignants humains qui communiqueraient uniquement en ASL avec eux et entre eux. 

 

Droite: Fond:

Mary Radeke, étudiante à l'université du centre de Washingon (CWU), signe avec les chimpanzés en 1994, seulement un an avant que l'université ouvre son Chimpanzee Human Communication Institute avec l'aide du couple Fouts. 

Photographies de Central Washington University Archives and Special Collections
Washoe (à gauche) mange du yaourt à côté de Tatu, dos à la caméra. Washoe était ...

Washoe (à gauche) mange du yaourt à côté de Tatu, dos à la caméra. Washoe était la première chimpanzée de l'expérience sur l'ASL menée par les Gardner en 1966. Au fil des années, elle a été rejointe par Dar, Pili, Tatu, Moja et Loulis. 

PHOTOGRAPHIE DE Gary Stewart, Associated Press
Moja joue sur une balançoire fabriquée à partir d'un pneu à l'université du centre de Washington ...

Moja joue sur une balançoire fabriquée à partir d'un pneu à l'université du centre de Washington (CWU). Les Gardner et ceux qui ont continué à s'occuper des chimpanzés ont mis un point d'honneur à jouer avec leurs jeunes protégés. Ils ont par exemple découvert que Moja adorait peindre. 

 

PHOTOGRAPHIE DE Central Washington University Archives and Special Collections
Gauche: Supérieur:

Washoe (à gauche) mange du yaourt à côté de Tatu, dos à la caméra. Washoe était la première chimpanzée de l'expérience sur l'ASL menée par les Gardner en 1966. Au fil des années, elle a été rejointe par Dar, Pili, Tatu, Moja et Loulis. 

PHOTOGRAPHIE DE Gary Stewart, Associated Press
Droite: Fond:

Moja joue sur une balançoire fabriquée à partir d'un pneu à l'université du centre de Washington (CWU). Les Gardner et ceux qui ont continué à s'occuper des chimpanzés ont mis un point d'honneur à jouer avec leurs jeunes protégés. Ils ont par exemple découvert que Moja adorait peindre. 

 

PHOTOGRAPHIE DE Central Washington University Archives and Special Collections

En 1966, les Gardner ont mis leur théorie en pratique. Les quinze années suivantes, le couple et leur équipe de soignants ont nourri, poursuivi, chatouillé et joué avec leurs jeunes protégés : Washoe, Dar, Pili, Tatu et Moja. Chacun des chimpanzés a fini par répondre en signant. Quand elle était enfant, Washoe avait compris comment signer « plus » et a ensuite rapidement intégré les signes correspondant aux mots « oiseau », « fumée » et « fleur ».

Leur travail a inspiré d'autres personnes à essayer de reproduire leurs résultats, notamment un professeur de l'université Columbia nommé Herbert Terrace. En 1973, il a acquis un chimpanzé qu'il a nommé Nim Chimpsy, en référence à Noam Chomsky. Herbert Terrace se vantait que Nim serait rapidement capable de partager ses sentiments, de décrire son imagination et de parler du passé et du futur. Ces affirmations, associées à la réticence des Gardner et des Fouts de mettre Washoe sous le feu des projecteurs, ont conduit Nim à dépasser Washoe en termes de célébrité. Il est même apparu sur la couverture d'un numéro de 1975 du magazine New York.

Quand Nim a appris les gestes associés aux mots « banane », « câlin » et « jouer », Herbert Terrace a d'abord revendiqué son succès. Néanmoins, il a conclu plus tard que le chimpanzé réagissait aux instructions de ses entraîneurs, réalisant les gestes pour obtenir des récompenses sans vraiment comprendre ce qu'il faisait. Il pensait que Nim ne pouvait pas utiliser les signes qu'il avait appris dans le cadre d'une conversation ou les associer dans une phrase reflétant ses pensées. 

Peut-être que le problème n'était pas Nim mais son environnement. 

« Nim vivait chez une famille à New York dans l'Upper East Side mais allait en classe quotidiennement », où on lui apprenait des signes pendant des heures, explique Valerie Chalcraft, une psychologue qui travaille sur les comportements animaux et a étudié auprès des Gardner dans les années 1990. Les cours auxquels assistait Nim étaient dispensés dans des salles vides, sans les stimuli appréciés par les jeunes enfants. Par conséquent, comme le dit Valerie Chalcraft, ce n'est pas étonnant que Nim n'avait pas grand-chose à dire. « Les adultes humains n'apprennent pas à leurs enfants à parler en utilisant des récompenses et des punitions mais dans un cadre naturel, détendu et enrichi », souligne-t-elle.

Nim manquait également de stabilité et de régularité. Au moins un de ses soignants proches a été écarté brutalement du projet, plusieurs sont partis de leur propre initiative et Nim ne côtoyait aucun autre chimpanzé pendant cette période. Après que Herbert Terrace a mis fin au projet en 1977, Nim a été transféré dans un centre de recherche puis dans un laboratoire biomédical. Finalement, il a été acheté par un philanthrope et a vécu dans un ranch jusqu'à ce qu'il meure d'une crise cardiaque en 2000 à l'âge de vingt-six ans. 

Contrairement à Nim, les chimpanzés élevés par les Gardner ont bénéficié d'un environnement plus ludique, proche de celui d'un enfant humain. Regardez par exemple les jeunes années de Tatu : elle est née en 1975 et a été adoptée par les Gardner la même année, elle aimait faire des grasses matinées et était à cheval sur les plannings. Elle avait un côté joueur et a développé un goût pour les masques. Cette allégresse pouvait parfois la rendre espiègle. En effet, Patrick Drumm, assistant de recherche à ce moment-là et aujourd'hui professeur de recherche invité à l'université d'Akron, dans l'Ohio, se souvient d'un incident survenu lorsque Tatu a réalisé que Moja était effrayée par les séparateurs en métal des bacs à glaçons. 

« Elle a commencé à poursuivre Moja avec », raconte-t-il. « Et ensuite, comme cela avait effrayé Moja, elle a essayé de faire la même chose avec les humains. Cela n'a pas vraiment fonctionné ».

Elle ainsi que les autres chimpanzés des Gardner se sont montrés bavards dès le plus jeune âge. Dans une série d'articles, les Gardner ont expliqué comment l'apprentissage des signes par les chimpanzés reflétait celui des jeunes enfants, dans la mesure où ils étaient capables de répondre de façon fiable à des questions simples et directes telles que « à qui cela appartient-il ? » et « que veux-tu ? ».

« La vision égocentrique des Hommes selon laquelle ils sont uniques par rapport à toutes les autres formes de vie animale est profondément bouleversée », ont écrit les chercheurs Duane Rumbaugh et Sue Savage-Rumbaugh, qui ont effectué leur propre travail linguistique avec des bonobos (Pan paniscus), en 1978 dans un article sur la recherche sur le langage des chimpanzés. 

Il est vite devenu évident que l'infrastructure spécialisée dans le jardin des Gardner n'était plus adaptée pour accueillir des chimpanzés de plus en plus imposants. En 1980, ils avaient envoyé la moitié des chimpanzés dont ils s'occupaient à l'université d'Oklahoma, où ils ont été pris en charge par Roger Fouts, ancien élève diplômé des Gardner. Tatu et Dar ont été les derniers à lui être confiés en 1981. 

Roger Fouts allait continuer à réaliser une série de découvertes sur la communication des chimpanzés. Il commençait également à se poser des questions quant à la moralité de son propre travail. 

 

UNE DÉCOUVERTE STUPÉFIANTE SUIVIE DE REGRETS... 

Roger Fouts était tombé dans la recherche sur l'ASL chez les primates presque par accident. Il avait au départ l'intention de se spécialiser en psychologie des enfants mais, marié depuis peu et avec un enfant en route, il s'est retrouvé à chercher désespérément un poste d'assistant diplômé afin d'être dispensé des frais de scolarité à l'université du Nevada. Alors qu'il était prêt à abandonner, il a été adressé aux Gardner. Lors de sa première rencontre avec Washoe, le chimpanzé a sauté dans ses bras pour le câliner. Le poste d'assistant lui est ainsi revenu. 

Roger et Deborah Fouts observent les chimpanzés dont ils s'occupaient à l'université du centre de Washington ...

Roger et Deborah Fouts observent les chimpanzés dont ils s'occupaient à l'université du centre de Washington (CWU). Malgré les avancées spectaculaires de leur recherche, Roger s'est finalement retourné contre le travail de sa vie, concluant que l'on devrait laisser les chimpanzés vivre dans leur habitat naturel. 

 

PHOTOGRAPHIE DE Central Washington University Archives and Special Collections

Roger et Deborah Fouts observent les chimpanzés dont ils s'occupaient à l'université du centre de Washington (CWU). Malgré les avancées spectaculaires de leur recherche, Roger s'est finalement retourné contre le travail de sa vie, concluant que l'on devrait laisser les chimpanzés vivre dans leur habitat naturel. 

 

PHOTOGRAPHIE DE Central Washington University Archives and Special Collections

Il terminait ses études lorsque les Gardner ont réalisé que Washoe grandissait au-delà de leur capacité à s'occuper d'elle. Quand ils ont décidé de l'envoyer dans les centres d'études des primates de l'université d'Oklahoma, Allen Gardner a insisté auprès de Roger Fouts pour qu'il s'y rende avec elle et qu'il continue sa recherche là-bas. Roger Fouts et sa femme Deborah, qui est devenue une partie intégrante de son travail, ont accepté. 

À Oklahoma, Washoe a vécu une tragédie qui allait finalement amener un autre chimpanzé dans leur orbite, un chimpanzé dont la capacité d'apprentissage allait stupéfier la communauté scientifique. 

En 1979, Washoe a donné naissance à un bébé chimpanzé, Sequoyah. Le bébé était né faible et n'avait fait que s'affaiblir de plus en plus après une pneumonie à laquelle il a succombé après seulement quelques mois de vie. Selon les mémoires de Roger Fouts en 1977, Next of Kin, Washoe était déprimée et refusait de s'alimenter. Pour tenter de la sauver, Roger Fouts a acquis un bébé chimpanzé au centre de recherche sur les primates de l'université Emory : Loulis. 

Dans son ouvrage, Roger Fouts se rappelle du moment auquel il a annoncé l'arrivée du bébé chimpanzé à Washoe. « Pour la première fois en deux semaines, Washoe est sortie de son état de transe et était excitée. " BÉBÉ, MON BÉBÉ, BÉBÉ, BÉBÉ, BÉBÉ ! ", n'arrêtait-elle pas de signer en hurlant de joie et en se mettant sur deux pattes. Ses poils étaient hérissés ».

L'arrivée de Loulis a marqué une nouvelle étape de la recherche : un chimpanzé pouvait-il apprendre le langage des signes grâce à d'autres chimpanzés ? Pour vérifier la théorie, Roger Fouts et son équipe ne signaient pas devant Loulis. 

Alors que Loulis commençait à s'adapter à sa nouvelle vie, il a vite commencé à imiter les signes de sa mère de substitution. Il a d'abord commencé à signer « viens » et « donne-moi ». Puis il a demandé des câlins, des boissons ou des chatouilles, tous des signes qu'il avait appris auprès de Washoe. Finalement, il a commencé à signer des phrases courtes, telles que « vite donne-moi ». L'apprentissage n'était pas seulement passif. Effectivement, parfois Washoe attrapait la main de Loulis et formait un signe adapté, de la même façon qu'un humain l'avait fait pour elle lorsqu'elle était plus jeune. 

Savoir qu'un chimpanzé pouvait apprendre un langage humain à un autre chimpanzé était tout simplement stupéfiant. Dans les années qui ont suivi, des études sur le terrain ont révélé que les mères chimpanzés enseignaient de nombreuses compétences à leurs progénitures, par exemple l'utilisation d'outils pour attirer de bons insectes.

Pourtant, malgré ces succès, Roger Fouts a commencé à émettre de sérieuses réserves quant à son travail. En mars 1987, accompagné de Jane Goodall, il a visité un centre biomédical où des recherches sur le VIH était menées sur des chimpanzés. Ils y ont vu des dizaines de chimpanzés, dont certains très jeunes, vivant dans de petites cages sombres et isolées. Certains chimpanzés se balançaient d'avant en arrière, un signe évident de fortes émotions négatives. L'un d'eux s'accrochait au bas de sa cage. Après une carrière à nouer des relations affectives avec des chimpanzés, Roger Fouts a été horrifié par ce dont il a été témoin. Bien que son travail ait eu lieu dans des conditions de vie plus confortables, il s'est convaincu que c'était juste un mal moindre par rapport à d'autres injustices commises au nom de la science. 

Les bâtiments et terrains du Chimpanzee and Human Communication Institute à l'université du centre de Washington ...

Les bâtiments et terrains du Chimpanzee and Human Communication Institute à l'université du centre de Washington (CWU) en 2005. Washoe et sa famille ont emménagé dans ce nouveau foyer en 1993. 

PHOTOGRAPHIE DE Central Washington University Archives and Special Collections
Les bâtiments et terrains du Chimpanzee and Human Communication Institute à l'université du centre de Washington ...

Les bâtiments et terrains du Chimpanzee and Human Communication Institute à l'université du centre de Washington (CWU) en 2005. Washoe et sa famille ont emménagé dans ce nouveau foyer en 1993. 

Photographies de Central Washington University Archives and Special Collections
Gauche: Supérieur:

Les bâtiments et terrains du Chimpanzee and Human Communication Institute à l'université du centre de Washington (CWU) en 2005. Washoe et sa famille ont emménagé dans ce nouveau foyer en 1993. 

Droite: Fond:

Les bâtiments et terrains du Chimpanzee and Human Communication Institute à l'université du centre de Washington (CWU) en 2005. Washoe et sa famille ont emménagé dans ce nouveau foyer en 1993. 

Photographies de Central Washington University Archives and Special Collections

« Quand nous avons commencé à enfermer des chimpanzés, nous ne savions pas tout ce que l'on sait aujourd'hui », a-t-il écrit dans ses mémoires. « Nous savons désormais que les chimpanzés ne sont pas des bêtes stupides mais des êtres très intelligents et inventifs qui transmettent une culture complexe depuis des millions d'années. Ce sont nos frères et sœurs d'évolution. Quelles sont les implications morales de ces révélations scientifiques ? ».

Il en est venu à penser que le lieu adapté aux chimpanzés est leur habitat naturel. Tout laboratoire ou refuge, aussi confortable soit-il, est une prison pour eux. 

Roger Fouts a uni ses forces à celles de Jane Goodall pour faire campagne pour un traitement plus humain des animaux qu'il avait étudiés tout au long de sa carrière. Lors d'un colloque en 2022 où le duo est intervenu, Roger Fouts a comparé le sort de ces animaux à la façon dont les nazis avaient traité les Juifs et les personnes handicapées mentales. 

« Nous abusons des animaux afin de nous sentir mieux et nous le justifions », a-t-il insisté. 

Le mouvement a pris de l'ampleur. Des scientifiques ont signé des pétitions pour s'opposer à des pratiques telles que l'infection des chimpanzés par le VIH, et des groupes défenseurs des droits des animaux ont organisé des manifestations sur des campus universitaires et devant des laboratoires. « Les chimpanzés qui sortent vivants d'un laboratoire et les humains qui survivent à des traumatismes partagent une même souffrance », a affirmé Theodora Capaldo, qui était à la tête d'une initiative pour interdire les recherches menées sur les chimpanzés dans les laboratoires aux États-Unis, en 2008 dans un communiqué de presse présentant les résultats d'une étude qui ont révélé que les chimpanzés pouvaient souffrir d'un trouble de stress post-traumatique. « Pourtant la science impose une barrière entre les espèces pour la compassion ».

Ces actions ont fini par fonctionner. En 1997, l'armée de l'air des États-Unis, qui avait emmené Washoe depuis l'Afrique des décennies auparavant, a annoncé qu'elle ne mènerait plus de recherches biomédicales sur des chimpanzés. 

Selon ChimpCARE, bien que des nombreux chimpanzés ayant été utilisés comme sujets en laboratoire vivent désormais dans des sanctuaires tels que Fauna, 143 chimpanzés sont toujours dans des centres de recherche aux États-Unis.

Épargnés d'expérimentations biomédicales, ils participent plutôt à des études cognitives et comportementales. Cependant, aux États-Unis, soixante-neuf autres chimpanzés sont dans des centres non accrédités, conservés par des éleveurs d'animaux exotiques ou utilisés par l'industrie du divertissement, et 237 autres vivent dans des zoos accrédités. 

« On devrait laisser les chimpanzés vivre tranquillement dans leur habitat naturel et aucune recherche ne peut justifier leur exploitation », a affirmé Roger Fouts dans un courriel envoyé à National Geographic. « Utiliser une espèce en danger pour aider une espèce surpeuplée à devenir encore plus peuplée, ou à répondre aux questions scientifiques que quelqu'un se pose, c'est irrationnel et immoral ».

 

L'ÉVOLUTION DE LA RECHERCHE SUR LE LANGAGE 

Aujourd'hui, les scientifiques s'intéressent toujours aux moyens de communication des chimpanzés mais ils se concentrent sur des moyens de les étudier sans avoir à les arracher à leur foyer. Certaines recherches se focalisent sur le lien entre l'évolution du langage et l'organisation de notre cerveau et de celui de notre parent génétique le plus proche. Une série d'expériences récentes a comparé les IRM du cerveau de chimpanzés, réalisées avant l'interdiction des Instituts nationaux de la santé (NIH), aux IRM du cerveau humain et a découvert que nous partageons un ensemble d'axones essentiels dans notre cerveau, nommés « faisceau arqué ». Cela suggère qu'une structure neuronale importante liée au langage est commune à nos deux espèces, même si la puissance de cette connexion est bien plus faible chez les chimpanzés. 

D'autres scientifiques se sont rendus sur le terrain pour approfondir le travail de Jane Goodall en tentant de déterminer la façon dont les chimpanzés communiquent entre eux. 

Parmi les chercheurs les plus prolifiques, on trouve Catherine Crockford au Centre national de la recherche scientifique (CNRS) de Lyon. Après avoir commencé sa carrière comme orthophoniste à Londres, se focalisant sur les troubles de la parole et du langage, elle s'est surprise à avoir envie d'aller dans la jungle. Ayant lu les études menées sur Washoe, Tatu et Loulis, elle a commencé à se demander si les chimpanzés sauvages possédaient la même capacité de communication à leur manière naturelle. 

Elle a notamment découvert que les vocalisations des chimpanzés suivent des schémas complexes. Bien que parler de « langage » soit un peu exagéré, il y a une certaine complexité dans la communication chez les chimpanzés. Alors que de nombreux animaux poussent des cris pour signaler un danger ou une agression, Catherine Crockford a découvert que les chimpanzés combinent des vocalisations pour faire référence à des choses plus spécifiques et que la manière dont ils les combinent peut varier selon les groupes de chimpanzés. 

Loulis et Tatu assis ensemble en janvier 2007. Après que Washoe et Dar sont morts, respectivement ...

Loulis et Tatu assis ensemble en janvier 2007. Après que Washoe et Dar sont morts, respectivement en octobre 2007 et novembre 2012, Loulis et Tatu sont devenus les derniers chimpanzés qui « parlent ». Loulis était le seul chimpanzé à avoir appris le langage des signes grâce à d'autres chimpanzés. 

PHOTOGRAPHIE DE Central Washington University Archives and Special Collections

Loulis et Tatu assis ensemble en janvier 2007. Après que Washoe et Dar sont morts, respectivement en octobre 2007 et novembre 2012, Loulis et Tatu sont devenus les derniers chimpanzés qui « parlent ». Loulis était le seul chimpanzé à avoir appris le langage des signes grâce à d'autres chimpanzés. 

PHOTOGRAPHIE DE Central Washington University Archives and Special Collections

« Ils utilisent des cris qui ne sont pas seulement spécifiques à ces contextes mais à la toilette, à la construction du nid, à la chasse, au jeu », explique-t-elle. Elle reconnaît qu'on découvrirait peut-être que c'est également le cas chez d'autres animaux si les scientifiques prenaient le temps de les étudier. « Ayant travaillé avec deux autres espèces de primates, je ne pense pas que ce soit le cas chez tous les animaux. Par exemple, je ne pense pas que ce soit celui des babouins ».

Ce qui reste flou c'est la façon exacte dont ces sons fonctionnent ensemble. Les humains combinent des sons, vides de sens tels quels, afin de former des mots, puis ils combinent ces mots pour former des phrases. 

« Même si nous déterminons que ces cris transmettent un sens, il reste difficile de comprendre comment cela se rapporte au sens chez les humains », souligne-t-elle. 

Étant notre parent génétique le plus proche, le chimpanzé était le point de départ naturel pour étudier la communication chez d'autres espèces que la nôtre mais on ne s'est pas arrêtés là. Depuis Washoe, les chercheurs se sont penchés sur la manière dont de nombreuses autres espèces communiquent entre elles dans la nature, des baleines à fanons aux singes titis. Certains scientifiques ont même suggéré que la puissance de l'intelligence artificielle pourrait permettre de décoder ces cris, nous permettant peut-être un jour de littéralement parler avec tous les animaux. 

Compte tenu de ce mouvement, ce n'est pas étonnant que le vent ait tourné contre l'idée selon laquelle les êtres non humains n'ont pas de vie intérieure. Au cours de la décennie passée, les défenseurs des droits des animaux ont fait campagne pour que les éléphants, les taureaux, les chimpanzés et d'autres espèces, aient une personnalité juridique. En 2024, des dizaines de scientifiques ont signé une déclaration affirmant qu'il existe des « preuves scientifiques solides » indiquant que les animaux, y compris les vertébrés, les mollusques céphalopodes et même les insectes, ont une expérience consciente. 

« Quand il y a une possibilité réaliste d'expérience consciente chez un animal, il est irresponsable d'ignorer cette possibilité dans les prises de décisions concernant cet animal », ont-ils écrit. « Nous devons tenir compte des risques liés au bien-être et utiliser les preuves pour adapter nos réponses à ces risques ».

TATU ET LOULIS NE RENTRERONT JAMAIS CHEZ EUX 

Alors que Tatu fixe ses visiteurs à la Fondation Fauna, Loulis est attentif à l'agitation. Le chimpanzé le plus jeune est moins excité par la perspective d'avoir de la compagnie. 

S'installant à côté de Tatu, il secoue la tête de façon subtile. Comme l'explique Mary Lee Jensvold, la directrice associée, il ne s'agit pas d'ASL mais d'un comportement commun chez les chimpanzés indiquant l'assurance. Il semble dire que c'est chez lui, que les humains étranges devraient savoir rester à leur place d'invités. 

Tatu est assis dans un gros pneu au Chimpanzee and Human Communication Institute à l'université du ...

Tatu est assis dans un gros pneu au Chimpanzee and Human Communication Institute à l'université du centre de Washington (CWU). Bien que même ceux qui ont travaillé avec les chimpanzés ne soient plus d'accord avec leurs expériences, ces recherches ont réussi à remettre en cause la croyance selon laquelle les êtres non humains n'avaient pas de vie intérieure. 

PHOTOGRAPHIE DE Central Washington University Archives and Special Collections

Tatu est assis dans un gros pneu au Chimpanzee and Human Communication Institute à l'université du centre de Washington (CWU). Bien que même ceux qui ont travaillé avec les chimpanzés ne soient plus d'accord avec leurs expériences, ces recherches ont réussi à remettre en cause la croyance selon laquelle les êtres non humains n'avaient pas de vie intérieure. 

PHOTOGRAPHIE DE Central Washington University Archives and Special Collections

Leur présence est vraiment exceptionnelle. Fauna n'est pas un zoo et est uniquement ouvert une fois par an aux membres du public intéressés. Le terrain de la Fondation Fauna a été conçu comme une réserve naturelle par le gouvernement provincial. C'est un endroit agréable pour la fin de vie d'un chimpanzé et Mary Lee Jensvold explique que c'est l'objectif. On empêche aux chimpanzés de se reproduire et, un jour, il finira par ne plus y en avoir. Tatu, Loulis et l'autre chimpanzé présent à Fauna, un survivant d'expériences biomédicales, sont les trois seuls chimpanzés au Canada et, idéalement, ce nombre devrait atteindre zéro. 

Grâce à ces différentes expériences, nous avons beaucoup appris sur la capacité de communication des chimpanzés et l'évolution du langage chez les humains. Néanmoins, cela a impliqué d'utiliser ces animaux, de les arracher à leurs semblables, à leur foyer. Cela en valait-il la peine ? 

Tous ceux qui ont étudié les chimpanzés ne répondent pas de la même manière à cette question. Yannick Becker, étudiant postdoctoral à l'Institut Max-Planck de neurologie et des sciences cognitives et collègue de Catherine Crockford, constate que l'on a légiféré pour un meilleur traitement des singes en partie grâce à ces expériences. Valerie Chalcraft note un autre point positif : elle fait remarquer que les expériences sur l'ASL ont sauvé Washoe et plusieurs autres chimpanzés de centres médicaux et militaires. 

En fin de compte, sans la mobilisation de ceux qui ont travaillé de près avec les chimpanzés, ainsi que d'autres actions, peut-être que des centaines se trouveraient encore dans des laboratoires, où ils seraient soumis à des conditions douloureuses et terrifiantes. 

Roger Fouts signe avec Washoe pendant une promenade dans les bois en 1978. « Quand nous ...

Roger Fouts signe avec Washoe pendant une promenade dans les bois en 1978. « Quand nous avons commencé à enfermer des chimpanzés, nous ne savions pas tout ce que l'on sait aujourd'hui », a-t-il écrit en 1977 dans ses mémoires, Next of Kin. « Nous savons désormais que les chimpanzés ne sont pas des bêtes stupides mais des êtres très intelligents et inventifs qui transmettent une culture complexe depuis des millions d'années. Ce sont nos frères et sœurs d'évolution. Quelles sont les implications morales de ces révélations scientifiques ? ».

PHOTOGRAPHIE DE Central Washington University Archives and Special Collections

Roger Fouts signe avec Washoe pendant une promenade dans les bois en 1978. « Quand nous avons commencé à enfermer des chimpanzés, nous ne savions pas tout ce que l'on sait aujourd'hui », a-t-il écrit en 1977 dans ses mémoires, Next of Kin. « Nous savons désormais que les chimpanzés ne sont pas des bêtes stupides mais des êtres très intelligents et inventifs qui transmettent une culture complexe depuis des millions d'années. Ce sont nos frères et sœurs d'évolution. Quelles sont les implications morales de ces révélations scientifiques ? ».

PHOTOGRAPHIE DE Central Washington University Archives and Special Collections

Mary Lee Jensvold examine la question. Elle a commencé à étudier des chimpanzés élevés par les humains en 1986, en travaillant pour Roger Fouts. Depuis son départ à la retraite, elle a poursuivi ses recherches dans le même esprit, publiant en 2024 des études montrant que, malgré la mort de Washoe et des autres chimpanzés, Tatu et Loulis ont continué à communiquer à l'aide de signes entre eux et avec les soignants. Elle a consacré une grande partie de sa vie professionnelle à étudier les deux chimpanzés restants et leurs compagnons disparus, ainsi qu'à prendre soin d'eux. 

Il reste beaucoup à apprendre sur les chimpanzés communiquant grâce à l'ASL. Des données suffisantes ont été récoltées pour que des articles soient publiés pendant des années après leur mort mais, tant qu'ils sont vivants, ce sont des ambassadeurs. Mary Lee Jensvold montre du doigt les exclamations de la foule en réaction au salut de Tatu et à sa demande d'une glace. 

« Cela arrive tout le temps », révèle-t-elle. « Cela aide les gens à comprendre en quelque sorte que ce ne sont pas d'un côté les humains et d'un autre le reste de la nature ».

Pourtant, elle affirme : « est-ce que je le referais ? Non ».

Washoe, ici âgée de quinze ans le 17 février 1981, a fini par développer un vocabulaire ...

Washoe, ici âgée de quinze ans le 17 février 1981, a fini par développer un vocabulaire composé de 245 mots avant sa mort en 2007 à l'université du centre de Washington (CWU). Son héritage perdure comme l'un des fondements de notre compréhension de la communication animale. 

PHOTOGRAPHIE DE Barry Sweet, Associated Press

Washoe, ici âgée de quinze ans le 17 février 1981, a fini par développer un vocabulaire composé de 245 mots avant sa mort en 2007 à l'université du centre de Washington (CWU). Son héritage perdure comme l'un des fondements de notre compréhension de la communication animale. 

PHOTOGRAPHIE DE Barry Sweet, Associated Press

Cet article a initalement paru sur le site nationalgeographic.com en langue anglaise. 

les plus populaires

voir plus
loading

Découvrez National Geographic

  • Histoire
  • Santé
  • Animaux
  • Sciences
  • Environnement
  • Voyage® & Adventure
  • Photographie
  • Espace

À propos de National Geographic

S'Abonner

  • Magazines
  • Livres
  • Disney+
Copyright © 1996-2015 National Geographic Society. Copyright © 2015-2026 National Geographic Partners, LLC. Tous droits réservés.