Animaux

Au Brésil, un pont sera réservé aux pumas et aux tamarins lions dorés

La création d'un nouveau couloir de migration pourrait permettre de sauver ce qu'il reste d'une forêt brésilienne, morcelée par la déforestation.

De Sarah Gibbens

Parfois, les animaux ont juste besoin d'espace. C'est encore plus vrai s'ils sont menacés ou en voie de disparition.

Au Brésil, dans la forêt atlantique, le projet d'un nouveau couloir de migration espère pouvoir donner aux animaux l'espace dont ils ont besoin.

« Par ce projet, nous souhaitons réparer les dégâts occasionnés par l'Homme dans une forêt où vivent le plus grand nombre d'espèces menacées », a déclaré Stuart Pimm. Explorateur National Geographic, président du groupe de conservation de la nature SavingSpecies ainsi que du groupe de conservation de l'Université de Duke, Stuart Pimm a un CV bien rempli en matière de protection de la nature.

À environ 150 km au nord-est de Rio de Janeiro, un pont terrestre verra bientôt le jour pour permettre aux espèces de sortir de la Reserva Biológica União, désormais isolée. Cette réserve est l'une des rares zones encore intactes de la forêt atlantique, qui longe la côte brésilienne. Alors qu'autrefois elle faisait deux fois la taille du Texas, la superficie de la forêt a aujourd'hui reculée de 85 %.

De nombreuses espèces menacées ou en voie de disparition vivent dans la réserve, qui constitue un habitat essentiel pour le tamarin lion doré, un petit singe qui a bien failli disparaître.

Grâce à la reproduction en captivité et aux programmes de réintroduction, le nombre de tamarins est doucement reparti à la hausse mais Stuart Pimm est clair, « pour sauver une espèce de l'extinction, il faut qu'elle puisse vivre quelque part ».

 

DE L'AUTRE CÔTÉ DU PONT

Voilà dix ans que Stuart Pimm et son équipe négocient une transaction foncière au Brésil. Ils ont d'abord dû convaincre une entreprise brésilienne de construction de les laisser ériger un pont au-dessus de l'autoroute principale. Mais ce pont devait mener à quelque chose...

« Si notre projet se limitait à construire un pont, il n'aurait mené nulle part », a-t-il déclaré.

Une fois certains que la construction du pont aurait bien lieu, les défenseurs de l'environnement ont attendu que les propriétaires de ranch situés juste au nord de la réserve vendent leur propriété pour les acheter immédiatement. Ils prévoient désormais de reboiser la zone avec des plantes endémiques. 

L'accord a été annoncé lundi une fois les négociations entre les différents acteurs finalisées. Ce sont la Golden Lion Tamarin Association du Brésil et SavingSpecies, une organisation basée aux États-Unis qui ont mené ce projet, subventionné par la DOB Ecology, une fondation néerlandaise.

Le projet, dont le montant exact n'a pas pu être révélé, devrait coûter plusieurs millions d'euros. Pour les organisations de conservation qui le soutiennent, il s'agit d'une solution relativement peu coûteuse de s'assurer que les espèces ne s'éteignent pas et que leurs habitats soient protégés.

 

POURQUOI CONSTRUIRE DES COULOIRS DE MIGRATION ?

Pratique de conservation autrefois controversée car accusée d'exposer les animaux à la pollution et accidents de voitures, les couloirs de migration deviennent plus courants depuis une vingtaine d'années. Publiée en 2006, une étude a révélé que dans les régions reliées par ces couloirs, les espèces étaient plus nombreuses et leur population plus importante.

Lorsque des réserves naturelles sont isolées, la population d'une espèce est séparée, ce qui peut provoquer de la consanguinité, une diversité génétique plus faible et finir par conduire à l'extinction.

Au Brésil, les forêts ont été décimées pour faire place à l'exploitation forestière, à l'agriculture et à l'élevage.

Ce couloir de migration au Brésil est l'un des projets les plus ambitieux de l'organisation de Stuart Pimm, qui poursuit son travail en faveur de la création de couloirs similaires partout dans le monde.

Grâce à un logiciel accessible sur biodiversitymapping.org, Stuart Pimm précise que SavingSpecies peut voir dans quelles régions l'organisation peut acheter le plus de terres avec son budget.