Ces singes jumeaux très rares sont nés de deux pères différents

Les scientifiques ont été surpris de découvrir que les jumeaux macaques à face rouge se débrouillaient bien, car ils ne survivent souvent pas à l'état sauvage.

De Dyani Sabin
La macaque à face rouge, connue sous le nom de TNG-F19, tient ses jumeaux dans ses ...
La macaque à face rouge, connue sous le nom de TNG-F19, tient ses jumeaux dans ses bras pendant qu'un autre membre du groupe se dirige vers elle.
Photographie de Aru Toyoda

La gémellité est extrêmement rare chez de nombreux primates, en particulier chez les cercopithécidés, car l'éducation de chaque petit requiert beaucoup de temps, d'énergie (et de nourriture). Les scientifiques ont donc été agréablement surpris de constater le premier cas de jumeaux nés dans un groupe de macaques à face rouge vivant à l'état sauvage dans une région boisée et vallonnée du centre de la Thaïlande.

Et ces jumeaux ont beau avoir partagé un même ventre, ils sont en fait nés de deux pères différents, comme l'ont découvert les chercheurs après avoir effectué des tests de paternité sur ces jeunes singes. Ce cas singulier a été décrit dans un article publié en septembre dans la revue Mammal Study.

Bien que ces animaux vivent à l'état sauvage, les humains les nourrissent parfois, ce qui peut expliquer la survie des jumeaux, explique Aru Toyoda, primatologue à l’Université de Chubu et auteur principal de l'étude.

Quand les singes ont des jumeaux, les mères en abandonnent souvent un, car il est trop difficile de s’occuper des deux, rappelle Lori Sheeran, primatologue et professeur d’anthropologie à la Central Washington University, qui n’a pas pris part à l'étude.

La mère des jumeaux porte un bébé dans ses bras tandis que l'autre est monté sur son dos.
Photographie de Aru Toyoda

« Ce n'est pas comme une économie d'échelle où il n'est pas gênant d'ajouter un élément de plus : les enfants de primates sont si énergivores que vous pouvez doubler votre charge de travail », déclare Sheeran.

Les macaques à face rouge vivent dans des groupes mixtes. Même si les macaques mâles jouent occasionnellement avec les nourrissons, la plupart des soins sont prodigués par les mères.

Les naissances uniques font partie d'un modèle évolutif consistant à avoir moins de petits à la fois mais à donner à chacun plus d'attention et d'énergie. « Nous sommes vraiment fascinés par les cas où ce modèle change », indique Sheeran. « Les femelles sont confrontées au problème de devoir s'occuper de plus d'un petit à la fois. »

Sheeran a étudié le cas d'une macaque du Tibet (Macaca thibetana) qui a eu des jumeaux, ce qui a obligé celle-ci à faire des ajustements tels que bouger moins et chercher de la nourriture plus riche pour sa progéniture.

Contrairement à leurs parents brun foncé, les petits macaques à face rouge (Macaca arctoides) ont une face et un poil pâles, des taches brillantes qui détonnent parmi les bruns et les verts de la forêt. Près de 400 singes occupent cet habitat thaïlandais. Toyoda a passé 21 mois à étudier ces créatures. Il a assisté à 114 naissances, et parmi celles-ci, à une seule naissance multiple.

Dans les groupes mixtes dans lesquels évoluent ces singes, les femelles s'accouplent avec plusieurs mâles pendant leur période d'ovulation. Dans le cas rare où une femelle aurait deux ovules fertiles, comme dans ce cas, deux mâles pourraient aisément les féconder, explique Toyoda, dont les travaux de recherche ont été partiellement financés par une bourse de la National Geographic Society.

Cette population de macaques à face rouge présente davantage de mamelons supplémentaires que les autres. Ce qui est intéressant, c'est que dans l'autre cas connu du singes jumeaux, la femelle présentait elle aussi des mamelons supplémentaires, comme le raconte Jim Moore, anthropologue à l'Université de Californie à San Diego.

Les macaques à face rouge se rassemblent souvent autour de leurs bébés. La mère des jumeaux, TNG-F19, est assise au milieu avec les deux jumeaux sur ses genoux.
Photographie de Aru Toyoda

Moore a publié l'étude d'une population de macaques de Formose (Macaca cyclopis) dont les femelles présentaient des mamelons supplémentaires, et dans lequel sont nés des jumeaux. « S'ils trouvent une troisième population, alors c'est un nouveau schéma. » En attendant, dit-il, il s'agit simplement d'une découverte intéressante, et les mamelons supplémentaires ne semblent pas être liés à la présence de jumeaux dans le cas de la présente étude.

Toyoda a dû quitter le site de recherche quand les jumeaux avaient cinq mois. À son retour l'année suivante, leur mère venait de mettre bas un nouveau-né. Il pense que les jumeaux ont grandi, devenant de jeunes adultes au sein du groupe, mais il ne peut en être sûr.

« La chose la plus intéressante à considérer ici est de savoir comment la mère s'adapte aux besoins de sa progéniture », explique Sheeran, car cela leur demande une activité supplémentaire - ce qui ne doit pas être si différent que pour des membres de notre propre espèce. « Je ne sais pas si cela s'applique [parfaitement] aux humains, mais je parie que les mères de jumeaux le décriraient peut-être de la même façon. »

Lire la suite

Découvrez National Geographic

  • Animaux
  • Environnement
  • Histoire
  • Sciences
  • Voyage & Adventure
  • Photographie
  • Espace
  • Vidéos

À propos de National Geographic

S'Abonner

  • Magazines
  • Newsletter
  • Livres
  • Disney+

Nous suivre

Copyright © 1996-2015 National Geographic Society. Copyright © 2015-2017 National Geographic Partners, LLC. Tous droits réservés.