Une baleine grise a parcouru la moitié du globe, établissant un nouveau record

Un mâle de 12 mètres a quitté les eaux du Pacifique Nord pour rejoindre la Namibie. Il s’agit de la première observation de l’espèce dans l’hémisphère sud, et de la migration la plus longue jamais enregistrée chez les vertébrés marins.

De Heather Richardson
Publication 9 juin 2021, 16:08 CEST
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Une baleine grise traverse la baie du Prince-William, en Alaska. Cette espèce vit normalement dans le Pacifique, mais certains individus ont récemment été observés dans l’Atlantique.

Photographie de Nature Picture Library, Alamy

Une baleine grise a parcouru la plus longue distance jamais enregistrée pour un vertébré marin : près de 27 000 km, soit plus de la moitié de la planète.

Observé au large de la Namibie en 2013, ce cétacé mâle est la première baleine grise dont la présence a été enregistrée dans l’hémisphère sud.

Plusieurs années de recherche génétique ont néanmoins été nécessaires pour confirmer que la baleine était originaire du Pacifique Nord ; les résultats de l’étude ont été publiés dans la revue Biology Letters.

Il existe deux populations connues de baleines grises : les baleines grises de l’est, dont la population, avoisinant les 20 500 individus, est stable ; et les baleines grises de l’ouest, qui ne sont plus que 200 environ et sont considérées comme en danger critique, principalement à cause de la pratique de la chasse commerciale à la baleine pendant des décennies. Lorsqu’elles migrent, les baleines grises de l’est quittent les eaux de l’Alaska et de la Russie pour rejoindre leurs sites de reproduction en Basse-Californie. Les scientifiques savent très peu de choses sur les sites de reproduction des baleines grises de l’ouest, mais les mammifères ont été observés en train de se nourrir dans les eaux de l’Extrême-Orient russe.

« J’étais un peu sceptique », se souvient Simon Elwen, co-auteur de l’étude et zoologue à l’université de Stellenbosch, en Afrique du Sud, lorsqu’il a entendu parler pour la première fois de l’observation du cétacé en 2013. « C’est un peu comme si quelqu’un vous disait qu’il avait vu un ours polaire à Paris. En théorie, c’est possible, mais ce n’est pas très réaliste ».

Les photos confirmaient néanmoins que l’animal était une baleine grise d’environ 12 mètres de long. Il est resté pendant deux mois à Walvis Bay, sans doute parce qu’il souffrait de malnutrition. Cette situation a permis à Simon Elwen et Tess Gridley, également zoologue à l’université de Stellenbosch, de procéder au prélèvement mini-invasif d’échantillons ADN.

L’incroyable prouesse de cette baleine grise, qui a détrôné à cette occasion le précédent détenteur du record, une tortue luth qui avait parcouru 20 558 km dans le Pacifique, a suscité de nombreuses interrogations chez les scientifiques, portant notamment sur les raisons qui pousseraient une baleine grise à s’aventurer aussi loin de son aire de répartition.

Selon les auteurs de l’étude, la réduction rapide de la superficie de la banquise dans l’Arctique causée par le changement climatique permettrait aux baleines grises d’explorer de nouveaux habitats, ou de s’y perdre. Les données sont néanmoins insuffisantes pour tirer des conclusions.

Une baleine grise nage avec des touristes

Pour une baleine qui migre généralement sur des distances avoisinant les 8 000 km, « voyager aussi loin a des implications énormes », indique Rus Hoelzel, co-auteur de l’étude, biologiste de l’évolution à l’université de Durham au Royaume-Uni et explorateur National Geographic. « Cela vous pousse à vous interroger sur les raisons pour lesquelles elles le font et dans quelles circonstances. C’est pour cela que c’est scientifiquement intéressant ».

 

L’ÉTUDE DES GÈNES

Pour les besoins de leur étude, Tess Gridley et Simon Elwen ont fait équipe avec Rus Hoelzel et Fatih Sarigol, biologiste de l’évolution à l’université de Durham. Les scientifiques souhaitaient comparer les génomes du cétacé grand migrateur avec ceux d’autres baleines grises stockés au Centre américain pour les informations biotechnologiques, un répertoire numérique dédié aux génomes de plus d’un millier d’organismes.

Ils voulaient exclure la possibilité que la baleine soit issue d’une population inconnue originaire de l’Atlantique. La présence de baleines grises dans l’Atlantique a été démontrée par des preuves fossiles et deux spécimens ont été observés dans l’Atlantique Nord et la Méditerranée ces dernières années.

« Il existe des espèces de cétacés dont nous savons peu de choses, car elles sont difficiles à trouver, souligne Rus Hoelzel. Pour ce qui est des baleines grises, elles ont tendance à évoluer près des côtes et sont facilement reconnaissables. C’est pour cela que l’existence d’une population cachée dans l’Atlantique est peu probable ».

Il s’avère que les gènes de la baleine observée en Namibie ne correspondaient pas à ceux des baleines grises du Pacifique Nord stockés dans la base de données biotechnologique. Étonnamment, la correspondance la plus proche était avec la population menacée de l’ouest.

 

UNE BALEINE REBELLE ?

L’équipe a ensuite analysé toutes les routes susceptibles d’avoir été empruntées par le mammifère marin, en prenant en considération le fait qu’il était plus simple pour l’animal de passer par le Canada en empruntant le Passage du Nord-Ouest. D’autres itinéraires, comme contourner l’Amérique du Sud ou traverser l’océan Indien, sont peu probables ; outre le fait qu’aucune observation de cette espèce de cétacé n’a été rapportée, les baleines grises ont aussi tendance à se nourrir en eau peu profonde, ce qui rend les longs voyages en haute mer encore plus difficiles.

Sue Moore, chercheuse scientifique spécialiste des mammifères marins du Pacifique à l’université de Washington de Seattle, pense toutefois que la traversée de l’océan Indien est l’option la plus probable, car cette route est la plus courte et la plus facile.

« Cela dit… cette baleine était sans doute une vagabonde », ajoute la chercheuse qui n’a pas pris part à l’étude en suggérant qu’il ne s’agissait pas d’un périple migratoire avec une destination claire en tête.

« Cela nous donne matière à réflexion quant à la résilience de cette espèce », conclut-elle.

 

Cet article a initialement paru sur le site nationalgeographic.com en langue anglaise.

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