Cette espèce d’araignée catapulte ses proies directement dans sa toile

L’araignée-baliste tend des pièges à ressort capables de projeter des fourmis tisserandes directement dans sa toile à une vitesse fulgurante.

De Annie Roth
Publication 7 août 2026, 10:53 CEST
Récemment découverte, l'araignée-baliste se cache sous une feuille pendant la journée. Les scientifiques l'ont observée construire ...

Récemment découverte, l'araignée-baliste se cache sous une feuille pendant la journée. Les scientifiques l'ont observée construire un piège pour sa proie : la fourmi tisserande (Oecophylla smaragdina). 

PHOTOGRAPHIE DE Pranav Joshi, Macquarie University

Récemment découverte, l'araignée-baliste se cache sous une feuille pendant la journée. Les scientifiques l'ont observée construire un piège pour sa proie : la fourmi tisserande (Oecophylla smaragdina). 

PHOTOGRAPHIE DE Pranav Joshi, Macquarie University

Il n'y a pas de moyen facile de capturer une fourmi tisserande (Oecophylla smaragdina). Ces arthropodes agressifs ont une morsure puissante et peuvent pulvériser de l'acide dans la plaie. Il n'est donc pas très étonnant que peu de prédateurs osent les chasser. Les scientifiques viennent cependant de découvrir une araignée assez courageuse pour le faire. 

En effet, cette espèce récemment découverte, que les scientifiques ont baptisée « araignée-baliste », chasse exclusivement les fourmis tisserandes. Pour ce faire, elle tend des pièges à ressort sophistiqués qui catapultent les fourmis dans leur toile à une vitesse extrême, un système de piège observé pour la première fois chez les araignées. 

La découverte de cette araignée jusqu'alors non décrite a été annoncée dans une nouvelle étude publiée dans la revue Current Biology

 

UNE DÉCOUVERTE FORTUITE

En 2023, Greg Anderson, chercheur en biomédecine et taxonomiste spécialisé dans les araignées, était à la recherche d'araignées dans les forêts tropicales de la péninsule du Cap York, en Australie, lorsqu'il est tombé sur quelque chose qui a retenu son attention : une araignée qui semblait tendre un piège. 

 

La minuscule araignée aux tons terreux, pas plus grosse qu'une pièce d'un euro, descendit de sa toile sur une feuille située en contrebas et commença à y attacher un fil de soie. Elle répéta ce processus, renforçant sa soie jusqu'à ce qu'une tension s'établisse entre sa toile et la feuille. 

L'araignée finit par retourner sur sa toile et attendit. Peu de temps après, une fourmi tisserande marcha sur la feuille et, après avoir attentivement examiné le fil, elle se mit à le mordre. 

En un instant, le fil fut sectionné et la fourmi fut catapultée directement dans la toile de l'araignée. Alors qu'elle se débattait, la fourmi s'emmêla davantage et finit par devenir un en-cas savoureux pour l'araignée. 

 

À LA VITESSE DE L'ÉCLAIR

Tout est allé si vite que Greg Anderson a à peine eu le temps de comprendre ce qu'il venait de se passer. Alors, quelques années plus tard, il est retourné sur place pour en savoir plus. Cette fois, il était accompagné d'Ajay Narendra, entomologiste à l'université Macquarie, en Australie. Une fois les araignées localisées, les chercheurs ont installé des caméras haute vitesse autour de leurs toiles et ont attendu la tombée de la nuit, moment où les araignées chassent. 

La scène spectaculaire s'est déroulée à la vitesse de l'éclair mais les scientifiques ont pu l'étudier image par image. « La fourmi était littéralement là sur une image et avait disparu sur la suivante », explique Ajay Narendra. « Nous avons réalisé que [le piège] était exceptionnellement rapide, nous n'avions jamais vu ça auparavant ».

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Bien que l'on sache que les araignées font preuve de créativité pour capturer leurs proies, par exemple les Deinopidae, qui jettent de petites toiles en soie sur leurs proies pour les piéger, ou les Theridiosoma, qui utilisent leurs toiles coniques comme des catapultes, pour se propulser, elles-mêmes et leurs toiles collantes, vers leurs proies, les scientifiques n'avaient encore jamais observé une araignée utiliser un piège pré-fabriqué pour envoyer sa proie vers une mort certaine. 

Après analyse des images, les scientifiques ont déterminé que gramme pour gramme, ces pièges stockaient plus d'énergie et exerçaient plus de puissance que n'importe quelle catapulte biologique connue. 

D'après leurs calculs, un kilogramme de ce piège de soie contiendrait suffisamment d'énergie cinétique pour libérer près de 12 mégawatts de puissance lorsqu'il est déclenché, l'équivalent de l'énergie nécessaire à alimenter des milliers de maisons pendant un instant. 

Les pièges propulsaient les fourmis, qui ne se doutaient de rien, à une vitesse pouvant atteindre 1 367 m/s², soit l'équivalent d'une force près de 140 fois supérieure à leur poids.

 

DES FINES BOUCHES 

Toutefois, ce n'est pas uniquement la rapidité du piège de l'araignée qui a surpris les scientifiques ; c'est également son degré de spécialisation. Sur toutes les vidéos, les fourmis tisserandes étaient les seuls insectes à prêter attention au mécanisme de déclenchement du piège et la seule espèce à tomber dans le piège des araignées. 

« C'est très, très rare dans le royaume animal que les prédateurs ne chassent qu'une seule espèce de proie », explique Ajay Narendra. 

 

Les fourmis tisserandes vivent en grandes colonies sur la côte australienne et les auteurs de l'étude pensent que les araignées ont mis au point ce comportement de piégeage unique afin de tirer profit de leur abondance. La façon dont les araignées attirent les fourmis pour déclencher leurs pièges reste toutefois un mystère. Cependant, les chercheurs ont une théorie. « Nous pensons que l'araignée ajoute des phéromones ou des substances chimiques à ses pièges qui n'attirent que les fourmis tisserandes et aucune autre espèce », indique Ajay Narendra. « Ce qui est absolument époustouflant ». 

Peu d'autres espèces d'araignées agissent de cette façon. Et, quoi que les araignées-balistes ajoutent aux déclencheurs de leurs pièges, cela semble être conçu pour exciter les fourmis, les poussant à attaquer le fil et, finalement, à le couper. Les chercheurs indiquent qu'ils prévoient d'étudier les composés chimiques présents sur les pièges afin de vérifier leurs hypothèses. Ils prévoient également de donner un nom officiel à l'espèce et de déterminer sa place sur l'arbre de vie. 

En attendant, Ajay Narendra espère que la découverte de cette espèce d'araignée incroyable inspirera davantage de personnes à « sortir et à observer les animaux dans la nature ». 

Si davantage de personnes faisaient ça, on ferait certainement davantage de découvertes de ce genre, affirme Sarah Crews, entomologiste à l'Académie des sciences de Californie, qui n'a pas participé à l'étude. 

« Il a seulement fallu qu'une personne sorte [sur le terrain], observe l'animal et l'enregistre », indique-t-elle. Bien qu'elle reconnaisse que le travail en laboratoire est sans aucun doute précieux, elle encourage plus de scientifiques à se rendre sur le terrain et à explorer. Elle estime que cette araignée et sa capacité de piégeage stupéfiante était probablement « juste là, sous les yeux de tous depuis longtemps ». 

Cet article a initialement paru sur le site nationalgeographic.com en langue anglaise. 

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