Animaux

Cette nouvelle espèce de grenouille est la plus petite au monde

Le cerveau de ces nouvelles espèces de grenouille n'est pas plus gros qu'une tête d'épingle.

De Michelle Z. Donahue

Combien de synonymes de « petit » existe-il ? Par exemple, miniature, minuscule, minimum ?

Non seulement ces adjectifs décrivent à merveille les trois nouvelles espèces de grenouilles de Madagascar qui viennent d'être découvertes, mais ce sont également, à une lettre près, les noms scientifiques qui leur ont été attribués.

Mini mum, Mini ature, et Mini scule « sont astronomiquement petites, » commente Mark Scherz, biologiste de l'évolution à l'université Louis-et-Maximilien de Munich, en Allemagne, auteur de l'étude descriptive de ces nouvelles espèces microscopiques publiée le 27 mars dans le journal PLoS ONEMini est un tout nouveau genre de grenouille.

« Leur cerveau pourrait tenir sur une tête d'épingle. C'est incroyable, elles disposent de tous les organes nécessaires comme vous et moi, sauf qu'un ongle suffit pour contenir quatre fois les leurs. »

La plus petite, Mini mum est à peu près aussi grande qu'une agrafe, soit 8 à 10 mm de long. La plus grande, Mini ature mesure 14,9 mm (soit la taille d'une carte microSD). La grenouille la plus petite connue fait la même taille qu'une mouche, soit environ 7,7 mm, c'est également le plus petit vertébré existant.

Chacun de ces trois amphibiens n'existe que dans un lieu spécifique de Madagascar. L'aire de répartition de Mini mum est particulièrement réduite et ses congénères peu nombreux, ce qui a poussé les auteurs de l'étude à recommander immédiatement son inscription à la liste des espèces En danger critique d'extinction.

 

UNE FAMILLE DE MICRO-GRENOUILLES

Ces nouvelles grenouilles font partie d'un groupe informel appelé les micro-grenouilles, appartenant à la sous-famille des Cophylinae. Leur découverte porte le nombre total de micro-grenouilles malgaches à 108. En moyenne, dix nouvelles espèces sont identifiées et décrites chaque année sur l'île de Madagascar.

Scherz et ses confrères ont trouvé plus de 40 micro-grenouilles depuis qu'ils ont commencé à étudier l'espèce en 2014.

Bien entendu, la découverte d'une nouvelle espèce relève de l'exploit.

L'identification de légères différences chez des grenouilles d'apparences similaires est déjà un réel défi pour des animaux de taille normal ; chez les micro-grenouilles, c'est quasi-impossible. Les analyses moléculaires et génétiques ainsi que la microtomographie ont permis à Scherz et son équipe d'examiner les détails dentaires ou osseux les plus infimes, autant de procédés qui les ont aidés à démontrer que ces espèces étaient bel et bien uniques.

Il est également difficile de trouver ces animaux qui vivent dans la litière végétale des forêts reculées du sud-est de l'île ou dans le tussack dense des terres montagneuses du nord.

Les grenouilles ont probablement tiré parti de leur petite taille afin de profiter des niches écologiques non accessibles à d'autres créatures, par exemple en chassant de petites proies comme les fourmis, les termites et les collemboles.

 

UN NOM QUI EN DIT LONG

Jim Hanken, biologiste de l'évolution à Harvard dont les recherches portent sur les amphibiens miniatures d'Amérique du Sud, indique que les preuves dentaires, osseuses et moléculaires fournies par cette nouvelle étude sont suffisantes pour justifier la création d'un nouveau genre.

Il apprécie également la légèreté des noms donnés aux grenouilles mais met en garde quant à la confusion que peut engendrer leur côté amusant, comme c'est souvent le cas avec les animaux répartis selon de nouvelles familles ou lorsqu'il apparaît qu'un nom donné était déjà attribué à un autre organisme.

C'est ce qui est arrivé par exemple au genre Oedipus de salamandres sud-américaines. Deux spécimens de cette famille portaient les noms Oedipus complex (complexe d'Œdipe) et Oedipus rex (roi Œdipe). Seulement, après plusieurs années et de nouvelles découvertes, le genre Oedipus fut lui même divisé et renommé Oedipina, mettant fin au passage à la plaisanterie initiale.

« Lorsque vous vous lancez dans ce genre plaisanterie, il y a toujours le risque que quelqu'un finisse par changer le nom un jour ou l'autre, » ajoute Hanken.

Scherz explique qu'il a choisi les noms Mini mum, Mini ature et Mini scule pour éveiller l'intérêt public.

« Il y a tellement de choses ennuyeuses dans la science, conclut-il. Si l'on peut faire quoi que ce soit pour la rendre un tant soit peu accessible, il ne faut pas hésiter. »

 

Cet article a initialement paru sur le site nationalgeographic.com en langue anglaise