Comment un python peut avaler un crocodile : explications en images

Les serpents mangent régulièrement des gabarits 75 à 100 fois plus gros qu’eux.

De Jennifer S. Holland
Un python olive en train d’étouffer un crocodile de Johnston, comme le montre la photo prise d’un portable à Queensland, en Australie.

C’est lors d’un combat épique livré dans le nord de l’Australie, à Queensland, qu’un python olive de 3 mètres s’est offert un crocodile de Johnston en repas. Un promeneur de passage a eu la chance de pouvoir saisir l’instant en photos.

Nous avons échangé avec Terry Phillip, curateur de reptiles à Reptile Gardens dans le Dakota du sud aux Etats-Unis, au sujet des relations que le python peut entretenir avec l’objet de son déjeuner, en l’occurrence, un crocodile.

 

Ces photos montrent deux animaux monstrueux en train de s’affronter, et laissent penser qu’un certain serpent pourrait finalement regretter son repas. Est-ce une situation on-ne-peut-plus commune dans la nature ou bien le photographe est-il tombé sur un phénomène plutôt rare ?

Tout d’abord, sachez que ces animaux ne sont pas des géants. Ce serpent doit peser entre 7 et 9 kg et le crocodile, 2 à 3 kg, et probablement un mètre de long. Et pour ces espèces, originaires de cette région d’Australie, c’est un affrontement tout à fait naturel. Bien que cela nous paraisse être un très gros repas, c’est relativement courant pour ce type de serpents. Les pythons olive sont réputés pour être incroyablement puissants, capables de terrasser un adversaire de la même catégorie de poids qu’eux, et pour se nourrir de gros animaux.

 

Quel danger ce combat représente-t-il pour le serpent ?

Les dents. Celles du crocodile sont comme des rasoirs et pourraient transpercer le serpent. Si le crocodile était en mesure de secouer la tête, il pourrait causer un sacré tort à son assaillant – mais il n’a probablement pas eu cette chance ici. Si les serpents s’en prennent à la zone du cou et des épaules, c’est pour une raison : ils évitent ainsi d’être mordus. Ils attraperont leur proie juste derrière le crâne et s’enrouleront de manière à maintenir le crocodile immobile. Et quand bien même un serpent serait mordu, il dispose d’un système immunitaire extraordinaire qui le protège de nombreuses infections. Certains serpents sauvages présentent d’énormes cicatrices, signes qu’ils peuvent parfois perdre l’ascendant sur leur proie.

Le duel entre le python et le crocodile se poursuit jusqu'à la mort.

Le serpent part-il forcément gagnant dans ce scénario ?

Pas nécessairement. Tous deux sont des prédateurs ultimes dans leur environnement. Les gros crocodiles de Johnston dévorent les plus petits pythons, et inversement.

 

Comment un serpent constricteur comme ce python sait-il lorsque le moment est venu de relâcher sa proie pour la manger ?

Les serpents sont très sensibles aux battements du cœur de leurs proies. En temps normal, un python ne lâchera pas l’animal tant que son cœur n’aura pas cessé de battre. Mais les crocodiles peuvent se passer d’oxygène pendant un bon moment. Dans ce cas, je dirais que le serpent s’en est pris au crocodile avec une telle puissance qu’il lui a compressé la poitrine jusqu’à ce qu’il ne reste même plus suffisamment d’espace au cœur pour qu’il batte. Le crocodile est d’ailleurs plus probablement mort d’un arrêt cardiaque que d’une suffocation.

 

On entend toujours dire que les serpents peuvent « désarticuler » ou déboîter leurs mâchoires dans le but de manger de gros gabarits. Est-ce ce qui se produit ?

Non, les serpents n’ont ni menton, ni os de menton, ce qui fait que leurs mâchoires ne sont pas connectées entre elles comme les nôtres. Il n’y a rien à déboîter. À la place, ils ont des ligaments très élastiques qui déterminent le degré d’ouverture de leur gueule.

 

Les serpents semblent « savoir » qu’il est préférable d’avaler leurs proies en commençant par le côté le plus étroit – la gueule. Est-ce instinctif ?

Leur instinct est probablement à l’œuvre ici. C’est un comportement particulier que l’on peut observer sur des serpents vivant dans la nature et en captivité. Après avoir tué l’animal, ils vont se relâcher et se reposer. Puis, avant de commencer à manger, ils s’appliqueront à trouver l’odeur de salive de la proie, à l’aide de leurs narines et leur langue. C’est le côté par lequel ils débuteront leur repas. S’agissant des crocodiles, il n’y a pas de salive à proprement parler, mais l’odeur du mucus doit faire l’affaire.

 

Quelle est, à votre connaissance, la plus grosse proie qu’un serpent ait avalé ?

C’était un python améthyste – proche de la famille des serpents olive ; il a mangé un wallaby qui devait faire 110 % de son poids. C’est ce qu’on appelle un bon repas. Mais les serpents mangent régulièrement des gabarits 75 à 100 fois plus gros qu’eux.

Après avoir étouffé le crocodile, le python commence par manger sa tête.

Que pensez-vous du cas où, en Floride, le corps d’un python birman a éclaté après que le serpent a ingéré un crocodile ? A-t-il manqué de discernement sur sa capacité à gérer la situation ?

Il arrive que des serpents commencent à manger quelque chose, avant de l’abandonner lorsqu’ils réalisent que c’est trop gros. Mais ce n’est pas courant. Voici ce qui s’est vraiment passé en Floride : le serpent est parvenu à tuer le crocodile et à l’avaler intégralement. Il avait gagné. Mais la Floride n’est pas l’environnement naturel d’une telle espèce, qui lui préfère la chaleur d’Asie du sud-est. Le serpent n’a donc pas pu digérer aussi rapidement qu’il ne l’aurait dû, laissant la viande pourrir en lui. Cela l’a mené à la mort et c’est pour cette raison que son corps s’est ouvert, non pas parce que le crocodile était trop gros.

 

Retour à l’Australie et à ce python olive qui a avalé un crocodile de Johnston : combien de temps peut-il maintenant rester sans manger de nouveau ?

Ce sont des prédateurs qui chassent à l’affût ; il est donc peu probable qu’ils laissent passer un autre repas si l’occasion se présentait. Le serpent pourrait sombrer dans un certain sommeil pendant une dizaine de jours pour digérer, mais il s’attaquerait à tout ce qui se présenterait durant les trois semaines suivantes. Toutefois, les besoins caloriques de ce type de serpent sont assez faibles. Il pourrait très bien se passer de repas jusqu’à la fin de la saison.

 

Quelles parties du crocodiles le serpent peut-il utiliser pour produire de l’énergie ?

Tous les os, la chair et les organes sont digérés et utilisés. Une grande partie des écailles et les dents transiteront durant deux à trois semaines ; tout ce qui contient de la kératine et de l’émail n’est en effet pas digeste et finira par ressortir.

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