Les coyotes n'ont qu'un seul partenaire au cours de leur vie

Des chercheurs sont déterminés à comprendre le veuvage chez les coyotes et entretiennent l’espoir que cela aide les humains à mieux faire leur deuil.

De Tina Deines
Publication 9 janv. 2026, 16:21 CET
Un couple de coyotes (Canis latrans) à Griffith Park, à Los Angeles. Contrairement à la plupart ...

Un couple de coyotes (Canis latrans) à Griffith Park, à Los Angeles. Contrairement à la plupart des animaux, les coyotes n’ont qu’un partenaire au cours de leur vie.

PHOTOGRAPHIE DE Photographer Sean Crane, Minden Pictures
Coyote
  • Nom Commun: Coyote
  • Nom Scientifique: Canis latrans
  • Genre: Mammifères
  • Durée de vie moyenne à l'état sauvage: Jusqu'à 14 ans
  • Poids: De 8 à 21 kg
  • Taille comparée à un humain de 1,80 m: Taille comparée à un humain de 1,80 m

La perte d’un compagnon de longue date est une souffrance que bien des humains (et des coyotes) ne connaissent que trop bien.

Il y a une dizaine d’années, des chercheurs ont découvert que les coyotes ne s’accouplaient qu’avec un seul partenaire au cours de leur vie. Et des recherches plus récentes se sont penchées sur un aspect plus triste de cet attachement durable : la douleur de la viduité.

Les scientifiques espèrent que leurs investigations permettront de susciter davantage de compassion à l’égard de ces carnivores souvent mal compris et, pourquoi pas, d’orienter la conception de nouveaux traitements à destination des humains en matière de santé mentale.

« Nous avons cette occasion de réellement comprendre ce qui se produit au moment d’un décès et comment cela pourrait se traduire par de meilleurs résultats pour les personnes en deuil prolongé », explique Sara Freeman, neuroscientifique et maîtresse de conférences en biologie à l’Université d’État de l’Utah qui étudie les changements qui se produisent à l’intérieur du cerveau des coyotes ayant perdu leur partenaire.

 

ENSEMBLE POUR LA VIE

Selon l’état de nos connaissances, seuls 3 à 5 % des mammifères seraient monogames, ce qui signifie qu’ils choisissent un partenaire pour la vie. Mais comme le rappelle Stan Gehrt, chercheur qui se consacre aux coyotes depuis longtemps et professeur d’écologie de la faune à l’Université d’État de l’Ohio, cela n’empêche pas de nombreuses espèces monogames, comme les loups, de « tromper ».

Cela ne semble pas être le cas en ce qui concerne les coyotes. Stan Gehrt est le co-auteur d’une étude publiée en 2012 qui a constaté un taux de fidélité de 100 % chez les couples de coyotes, ce qui signifie qu’ils pratiquent une forme de dévouement encore plus rare, la monogamie génétique. En ciblant des coyotes urbains de la région de Chicago, les chercheurs ont recueilli des informations génétiques et n’ont rien découvert qui trahirait une quelconque infidélité parmi dix-huit portées totalisant quatre-vingt-seize petits, chose que Stan Gehrt qualifie d’« assez remarquable ». Depuis lors, lui et son équipe ont collecté dix années supplémentaires de données inédites qui étayent leurs conclusions premières.

Le fait d’avoir plusieurs partenaires comporte des avantages du point de vue de l’évolution, notamment un plus grand succès reproductif et une plus grande diversité génétique.

Mais d’après Stan Gehrt, la monogamie génétique présente également des avantages, elle permet aux coyotes d’avoir des portées plus grandes, car les pères s’occupent activement des petits. Cela leur permet en outre d’établir et de conserver un territoire, car les membres du couple le marquent et le défendent ensemble quand ils ne sont pas occupés à se reproduire ou à s’occuper des petits.

L’équipe de Stan Gehrt a découvert que les coyotes du Grand Chicago restent avec le même partenaire toute leur vie, en dépit des nombreuses occasions de rencontrer de nouveaux partenaires dans cet environnement urbain dense. Seule exception à cette règle : la mort d’un partenaire.

« C’est tout simplement extraordinaire, s’étonne Stan Gehrt. Cela veut dire qu’un coyote, quand il se résout à choisir un partenaire, est potentiellement le seul animal avec qui il va vivre pour le restant de ses jours. Donc c’est vraiment une décision importante. »

 

JUSQU’À CE QUE LA MORT NOUS SÉPARE

À l’instar des humains, les coyotes manifestent des comportements semblables au deuil après la perte d’un partenaire. Stan Gehrt raconte l’histoire d’une femelle que lui et son équipe ont temporairement piégée afin de remplacer son collier GPS. Son partenaire est resté près d’elle durant le processus et lorsque Stan Gehrt l’a brièvement emmenée dans le laboratoire, son compagnon « n’a pas arrêté de hurler » jusqu’à ce qu’il la lui rende. « Il était évident qu’il se passait beaucoup de choses sur le plan émotionnel chez cet animal », se souvient-il.

Chez les coyotes, les signes de deuil incluent de longs hurlements persistants que certains scientifiques qualifient de « funèbres », une léthargie, une perte d’appétit et un abattement (ils peuvent par exemple garder la tête basse). Les coyotes endeuillés peuvent également retourner à l’endroit où un partenaire ou un petit a été vu pour la dernière fois.

Les coyotes ne sont pas les seuls animaux à faire preuve de comportement susceptibles d’être interprétés comme relevant du deuil. Les campagnols des prairies (Microtus ochrogaster), des petits rongeurs trapus, présentent ce que Sara Freeman qualifie de « comportements de type dépressifs » lorsqu’on les soumet à des tests de nage expérimentaux après la perte de leurs partenaires. Selon Sara Freeman, qui a étudié ces animaux avec Larry Young, scientifique connu pour ses travaux sur la formation des liens de couple chez les campagnols des prairies, en temps normal, ces rongeurs nagent activement et cherchent à s’échapper, mais ceux qui ont perdu un partenaire ont davantage tendance à se laisser flotter, « comme s’ils n’en avaient rien à faire ».

Ces six dernières années, Sara Freeman se consacre à l’étude des bases comportementales, hormonales et neuronales de la monogamie des coyotes. Son équipe conduit des études sur le terrain, au Centre national de recherche sur la faune de Millville, dans l’Utah, un organisme qui dépend du Département de l’Agriculture des États-Unis (USDA) et dont le Laboratoire de recherche sur les prédateurs, maintient en captivité une population de coyotes étudiée afin d’orienter les stratégies de gestion de leurs homologues sauvages.

Dans le cadre d’un article publié récemment, Sara Freeman et ses collègues ont cartographié les changements du récepteur de la corticolibérine dans le cerveau des coyotes après la mort d’un partenaire. La corticolibérine, présente aussi bien dans le cerveau des humains que dans celui des coyotes, s’active en réaction à des facteurs de stress tels que le deuil et déclenche le système de réponse au stress de l’organisme, l'axe hypothalamo-hypophyso-surrénalien, qui entraîne in fine la libération de cortisol dans le sang. Le cortisol, que l’on appelle parfois « hormone du stress », augmente lorsque nous éprouvons un stress psychologique ou physique et joue un rôle crucial dans la réponse dite « combat-fuite ».

Les chercheurs ont prélevé des échantillons cérébraux sur six coyotes décédés, dont trois étaient des veuves. Ils ont constaté que la présence des récepteurs de la corticolibérine dans le pédoncule olfactif, la région du cerveau responsable du traitement des odeurs, ainsi que dans l’hippocampe, la région du cerveau associée à l’apprentissage et à la mémoire, augmentait chez les coyotes veufs par rapport aux coyotes non veufs.

Sara Freeman émet l’hypothèse que le deuil pourrait modifier la neurochimie du cerveau de sorte à coordonner la mémoire et le traitement sensoriel. Cela pourrait aider les survivants à détecter des odeurs sociales au sein de leur environnement, par exemple de l’urine du partenaire décédé quand ils essaient de le localiser ou bien l’odeur d’un nouveau partenaire potentiel.

Elle met toutefois en garde contre toute tentation de trop généraliser l’étude. La taille de l’échantillon était petite, tous les coyotes étaient des femelles, et chaque femelle était entrée en veuvage à un moment différent : trois jours, quatre mois et quatorze mois, respectivement. 

Pourtant, selon Sara Freeman, les recherches de ce type pourraient commencer à permettre de combler d’importantes lacunes concernant les comportements de couple des espèces monogames. La chercheuse ajoute que la plupart des investigations antérieures se sont focalisées sur la formation des liens.

Les travaux de son équipe pourraient également orienter, à terme, le traitement du deuil chez l’humain en raison des caractéristiques biologiques que nous partageons avec les coyotes. Selon elle, cela pourrait inclure le développement de nouveaux médicaments et même d’approches non pharmaceutiques contre le stress et le deuil, par exemple des programmes d’exercice. L’activité physique, comme le yoga, la course à pied, la marche et les arts martiaux ont déjà été corrélés à de meilleurs résultats chez les personnes ayant perdu un être cher.

 

LA COMPASSION FAVORISE LA CONSERVATION

Hormis de possibles applications aux humains, Sara Freeman espère que ses travaux permettront de susciter davantage de compassion pour les coyotes, que l’on considère souvent comme des nuisibles et qui sont la cible de concours de chasse sauvage ou de propriétaires terriens frustrés. Certains propriétaires d’animaux ont également une opinion négative de ces canidés sauvages, car ils craignent qu’ils ne tuent leur chat ou leur chien. Sara Freeman suggère d’y réfléchir à deux fois avant de tirer sur un coyote si l’on sait que son partenaire va subir une détresse psychologique semblable à celle qu’éprouverait une personne ayant perdu un époux.

Bien que n’étant pas en danger d’extinction, le coyote joue un rôle important au sein des écosystèmes qu’il peuple. Selon Julie Young, qui a supervisé le Laboratoire de recherche sur les prédateurs de l’USDA pendant onze ans et qui est désormais directrice de l’Institut Berryman de l’Université d’État de l’Utah, les coyotes mangent beaucoup de fruits et contribuent à la dispersion de leurs graines dans le paysage par le biais de leurs excréments. D’après une étude dont elle est la co-autrice, cela pourrait aider à atténuer les effets du changement climatique en augmentant le potentiel de stockage du carbone.

Selon Julie Young, la coexistence humaine avec les coyotes comporte un autre avantage. Si un coyote faisant partie d’un couple est tué, cela peut déclencher un effet domino : le territoire est perdu, de nouveaux coyotes s’y installent et des conflits entre coyotes apparaissent. Ces problèmes peuvent déborder sur le monde des humains et générer ce que l’on appelle des « coyotes à problèmes ».

Stan Gehrt a vu de ses propres yeux comment la mise en avant de la monogamie des coyotes peut changer les mentalités. Pendant des années, lui et ses collègues ont donné des conférences publiques pour battre en brèche les mythes qui entourent les coyotes urbains et influencer l’attitude négative du public vis-à-vis de la coexistence.

« Rien ne convainquait réellement les gens, ni n’avait vraiment d’effet digne de ce nom sur leur attitude jusqu’à ce que nous nous mettions à parler de cela, c’est-à-dire de la monogamie, raconte-t-il. Et c’est bizarre, mais on peut simplement voir les gens dans l’assistance, leur visage change. »

Cet article a initialement paru sur le site nationalgeographic.com en langue anglaise.

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