Découverte : cette nouvelle espèce de crapaud brille dans le noir

Pas plus grand que l'ongle d'un pouce, cet amphibien récemment découvert peuple la forêt atlantique du Brésil, qui a perdu près de 93 % de sa couverture forestière.

De Sofia Quaglia
Publication 3 mai 2021 à 12:14 CEST
pumpkin-toad

Aperçue au sein de la serra da Mantiqueira au Brésil, une nouvelle espèce de Brachycephalus ephippium vient tout juste d’être découverte.

Photographie de Edelcio Muscat

Elle est orange, fluorescente et sa taille ne dépasse pas celle de l’ongle d'un pouce. La nouvelle espèce d’amphibien Brachycephalus ephippium, baptisée Brachycephalus rotenbergae, a été découverte au sein de la forêt atlantique du Brésil.

En anglais, l’animal a été baptisé « pumpkin toadle » ou « crapaud citrouille ». Les scientifiques estiment qu’il existe trente-six espèces de ce minuscule crapaud. À l’instar des Dendrobatidae, ces crapauds affichent une couleur éclatante afin de prévenir leurs prédateurs que leur peau est revêtue d’une toxine potentiellement mortelle.

La nouvelle espèce a été récemment décrite dans la revue PLOS ONE. Elle a été découverte après de nombreuses recherches à travers le Brésil dans le but de découvrir de nouveaux crapauds Brachycephalus ephippium. L’identification de ces créatures est cruciale pour assurer la conservation de la biodiversité du Brésil, notamment pour des régions riches en espèces telles que la forêt atlantique. Elle a perdu près de 93 % de sa couverture à cause de la déforestation et de l’agriculture, déplorent les experts.

Le Brésil compte plus de mille espèces d’amphibiens, ce qui en fait le pays avec la plus grande concentration de ces animaux. Toutefois, les amphibiens constituent le groupe de vertébrés le plus vulnérable, notamment face au changement climatique.

« Le meilleur moment quand on est scientifique c’est lorsque l’on observe quelque chose de nouveau mais qu’on est le seul à le savoir", déclare Ivan Sergio Nunes Silva, directeur de l’étude et herpétologue à l’université d’État de São Paulo.

« Malheureusement, de nos jours, la perte d’espèces est plus rapide que notre capacité à en décrire de nouvelles. »

 

L’INCROYABLE HISTOIRE DE CE MINUSCULE CRAPAUD

M. Nunes et son équipe ont découvert B. rotenbergae au cours de leurs soixante-seize enquêtes de terrain, menées de 2018 à 2019 au sein de la serra de Mantiqueira, perchée à plus de 1 900 mètres. Ils ont passé des heures à ratisser les affleurements rocheux et les cours d’eau qui traversent les forêts.

De retour au laboratoire, ils ont effectué des tests ADN sur le nouveau crapaud. Ils les ont ensuite comparés avec des échantillons de Brachycephalus ephippium déjà connus. Afin de déterminer s’il s’agissait d’une nouvelle espèce, ils ont analysé ses caractéristiques physiques, sa structure osseuse, son comportement ainsi que des enregistrements de son chant nuptial.

Ce nouveau crapaud est plus petit que les autres déjà répertoriés et son museau est plus court. Il comprend d’autres caractéristiques inhabituelles, notamment des motifs noirs irréguliers qui tapissent sa peau et sa propension à vivre sur les hauteurs de la forêt atlantique.

Selon M. Nunes, cette nouvelle créature n’entend pas ses propres chants car ses oreilles sont sous-développées.

« Leur communication se base essentiellement sur le visuel », ajoute-t-il. Ces crapauds communiqueraient en entrouvrant la bouche.

Placés sous une lumière ultra-violette, ces amphibiens brillent dans le noir, un phénomène mystérieux. Ces animaux ont la capacité de discerner cette longueur d’onde, contrairement aux humains. Le chercheur précise que seules deux autres espèces de Brachycephalus ephippium sont fluorescentes.

(À lire : Le polatouche est l’un des rares mammifères fluorescents.)

M. Nunes et ses collègues ont adopté une approche globale, c’est-à-dire qu’ils ont examiné les traits physiques de ces amphibiens, leur génétique et leurs chants. Il s’agit d’une caractéristique importante, notamment pour les espèces qui se ressemblent, explique Michel Varajao Garey, professeur à l’Instituto Latino-Americano de Ciências da Vida e da Natureza de la ville de Foz do Iguaçu, qui n'a pas pris part à la nouvelle étude.

Il explique qu’une méthode aussi approfondie peut « révéler une diversité que l’on ne connaît pas encore » et permettrait de recatégoriser certaines espèces mal identifiées.

En réalité, avant cette étude, B. rotenbergae était considérée comme une espèce très proche physiquement de B. ephippium. Toutefois, sa reclassification est source de controverses au sein de la communauté des chercheurs spécialistes des amphibiens.

Par exemple, Rute Clemente-Carvalho, responsable du laboratoire de génomique du Hakai Institute situé en Colombie-Britannique au Canada, n’est pas convaincue que B. rotenbergae soit une nouvelle espèce. Selon elle, elle ferait plutôt partie de B. ephippium. D’une part, elle affirme que les différences génétiques entre les deux individus soulignées dans la nouvelle étude sont minimes.

En outre, elle explique par e-mail que les chercheurs ont effectué la plupart de leurs comparaisons génétiques avec des espèces de « crapauds citrouilles » éloignées de l'animal récemment découvert. Ils n’ont pas suffisamment comparé leur découverte avec des échantillons de B. ephippium pour affirmer qu’il s’agit d’une nouvelle espèce. Bien que cette étude soit très utile pour les futures recherches sur ces amphibiens, elle aimerait que des analyses comparatives plus poussées soient menées sur B. ephippium et B. rotenbergae.

 

DE NOUVEAUX EFFORTS

La population de cette nouvelle espèce n’est pas connue à ce jour. Néanmoins, M. Nunes et ses collègues espèrent pouvoir mener d’autres études afin de déterminer leur aire de répartition, en plus de chercher de nouvelles espèces de « crapauds citrouilles ».

Ce qu’il reste de la forêt atlantique a été déclaré comme réserve naturelle mais certaines régions sont encore menacées par la déforestation, le changement climatique et les modifications dans l’usage des terres. Même si les taux de déforestation chutent au Brésil, plus de 11 300 hectares de terrain ont été déboisés en 2018.

Ivan Sergio Nunes Silva espère que cette découverte poussera le gouvernement et les organismes à veiller davantage sur leurs ressources, notamment en surveillant attentivement les espèces menacées.

« La nature n’est stable que si elle est suffisamment complexe. Décrire la biodiversité, c’est primordial pour un pays aussi divers que le Brésil. »

 

Cet article a initialement paru sur le site nationalgeographic.com en langue anglaise.

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