Découverte d'une nouvelle espèce de faux-gavial d'Afrique

Une nouvelle étude révèle qu'il existe deux espèces de faux-gavial d'Afrique et que l'une d'elles est menacée d'extinction.

De Douglas Main
Le faux-gavial d'Afrique centrale (Mecistops leptorhynchus) est la première espèce de crocodile a être décrite depuis plus de 80 ans.

Ce n'est pas tous les jours qu'une nouvelle espèce de crocodiles est découverte. Pour la première fois depuis plus de 80 ans, des chercheurs sont parvenus à décrire en totalité et à nommer une nouvelle espèce, le faux-gavial d'Afrique centrale. L'aire de répartition de ce crocodile est plutôt vaste, puisqu'elle s'étend du Cameroun à la Tanzanie.

L'espèce, qui porte le nom scientifique de Mecistops leptorhynchus, a été décrite dans une étude publiée le 24 octobre dans la revue Zootaxa.

Jusqu'alors, les scientifiques considéraient que l'animal était de la même espèce que son cousin de l'ouest, Mecistops cataphractus. Ce dernier a conservé son nom scientifique d'origine. Avec l'identification de cette nouvelle espèce, le faux-gavial d'Afrique de l'Ouest est désormais considéré comme une espèce menacée. Matt Shirley, auteur principal de l'étude et chercheur à l'Université internationale de Floride, estime qu'il ne reste plus que 500 individus à l'état sauvage. 

Le faux-gavial d'Afrique centrale a une peau plus douce et lisse que son cousin de l'Ouest aux écailles plus larges et grosses, ainsi qu'une peau plus épaisse, explique Matt Shirley. De plus, contrairement au faux-gavial d'Afrique de l'Ouest, la nouvelle espèce de crocodile n'arbore pas de crêtes osseuses sur son crâne.

Mais ce qui différencie surtout les deux espèces, ce sont leurs gènes, et ces différences sont très importantes. L'étude révèle que les gènes des crocodiles ont divergé une première fois il y a plus de huit millions d'années. À l'époque, le Cameroun actuel était un territoire parsemé et entouré de volcans. Matt Shirley, explorateur National Geographic, explique qu'en raison de l'activité volcanique dans la région, des montagnes infranchissables se sont formées, séparant l'aire de répartition des crocodiles en deux. Conséquence : le flux génétique a été interrompu et les deux espèces n'ont pas échangé de gènes depuis.

Séparée l'une de l'autre, les deux espèces se sont mises à diverger, à tel point que leurs paires de bases, qui constituent certains gènes importants, diffèrent de plus de 5 %, explique le scientifique.

Les deux espèces ne sont pas les seules à avoir été documentées ces dernières années. George Amato, du muséum américain d'histoire naturelle, a notamment découvert qu'il existait non pas une mais trois espèces de crocodiles nains. Matt Shirley, George Amato et leurs collègues ont également découvert qu'il existait deux espèces différentes de crocodiles du Nil.

Toutefois, Mecistops leptorhynchus est la première espèce à avoir été entièrement décrite et nommée depuis 1935, souligne Matt Shirley. Pour y parvenir, le scientifique a dû trier des centaines d'échantillons de musées du monde entier avec l'aide de ses collègues de l'Université de l'Iowa et de l'Université de Floride. Il a également réalisé un important travail de terrain dans quatorze pays africains, contractant le paludisme une dizaine de fois au cours de ses recherches.

Le travail des chercheurs s'est compliquée lorsqu'ils ne sont pas parvenu à retrouver le spécimen « type » du Mecistops cataphractus, utilisé pour identifier officiellement n'importe quelle espèce. Matt Shirley précise qu'il a certainement été détruit lors de la Seconde Guerre mondiale, quand le Musée d'histoire naturelle de Londres a été bombardé par les Allemands. Les chercheurs ont donc dû désigner un remplaçant. Ils ont aussi dû faire face à un autre problème : le spécimen type pour l'espèce Mecistops Mecistops est un juvénile. Cela embrouilla les scientifiques, car les jeunes crocodiles sont plus difficiles à identifier.

Cette étude est « une histoire de longue haleine et qui se répète quant à la diversité des crocodiles africains et du manque d'informations à leur sujet », a indiqué George Amato, directeur de la génomique de conservation à l'Institut Sackler de génomique comparative, qui n'a pas pris part à l'étude.

Cette étude devrait encourager la mise en œuvre d'efforts de conservation pour les deux espèces de crocodiles, mais plus particulièrement pour le faux-gavial d'Afrique de l'Ouest. Matt Shirley et ses collègues collaborent avec les gouvernements de la Côte d'Ivoire et du Ghana, ainsi que de nombreuses organisations à but non lucratifs, afin d'élever des crocodiles en captivité avant de les relâcher dans la nature. C'est en Côte d'Ivoire que les efforts les plus importants ont été entrepris : un zoo du pays accueille actuellement 30 crocodiles.

Les deux espèces de faux-gavial d'Afrique sont victimes du braconnage et de la réduction de leur habitat. Il reste si peu de faux-gavial d'Afrique de l'Ouest qu'ils sont quasiment impossibles à trouver, a indiqué Matt Shirley, qui a passé « des mois et des années » à leur recherche. Au final, il n'aura collecté des échantillons d'ADN que sur 15 à 20 crocodiles.

Il est plus urgent que jamais d'agir. « Ces crocodiles sont en danger critique d'extinction », confie Matt Shirley. « Ils pourraient disparaître d'un moment à un autre. »

 

Cet article a initialement paru sur le site nationalgeographic.com en langue anglaise.

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