L'orang-outan est le primate qui allaite le plus longtemps

Selon une étude récente, ces singes anthropoïdes de l'Asie du sud-est sont les primates qui allaitent le plus longtemps.

De Austa Somvichian-Clausen

Plus grands grimpeurs d'arbres du monde, les orangs-outans ont désormais un nouveau superlatif associé à leur nom : selon une nouvelle étude, ce sont les primates qui allaitent le plus longtemps leurs petits.

Une nouvelle recherche étonnante a révélé que ces grands singes colorés peuvent allaiter jusqu'à huit ans, voire plus dans certains cas.

Difficiles à étudier (ils passent la plupart de leur temps perchés en haut des arbres, à l'abri des regards), nous en savons peu sur la période à laquelle ces grands singes au poil hirsute sont sevrés. Or, savoir quand les petits volent de leurs propres ailes est essentiel pour les protecteurs de l'environnement qui œuvrent à leur sauvegarde.

Dans le cadre de cette nouvelle étude, Tanya Smith et ses collègues ont développé une méthode innovante afin de connaître la durée de la période d'allaitement des orangs-outans : l'analyse des taux de baryum, un oligoélément, présent dans les dents des jeunes orangs-outans. Le baryum, issu du lait de la mère, est absorbé dans le squelette des petits et peut ainsi révéler la durée de la période d'allaitement d'un orang-outan.

« Il s'agit d'une nouvelle méthode formidable pour déterminer l'âge de sevrage à partir des dents des primates », s'enthousiasme l'anthropologue en biologie Cheryl Knott, directrice du Gunung Palang Orangutan Project du parc national de Gunung Palung en Indonésie.

 

QUAND LES DENTS EN DISENT LONG

Les deux espèces d'orangs-outangs (dont le nom vient du terme malais et désigne une « personne de la forêt ») se balancent d'arbre en arbre sur les îles de Sumatra et de Bornéo : l'orang-outang de Sumatra, Pongo abelii, et l'orang-outang de Bornéo, Pongo pygmaeus.

Smith, un anthropologue-biologiste à l'Université Griffith, et son équipe ont analysé les dents de quatre jeunes orangs-outangs, deux de Bornéo et deux de Sumatra. Les animaux avaient été abattus au cours d'expéditions de collecte il y a de nombreuses années et leurs os ont été conservés dans des musées.

Selon l'étude publiée cette semaine dans la revue Science Advances, l'examen de la croissance et des taux de baryum présent dans les molaires des spécimens a indiqué une diminution du baryum après l'âge d'un an, mais la présence persistante de l'oligoélément près d'une décennie plus tard.

À titre d'exemple, un orang-outang de Bornéo a été sevré à l'âge de 8,1 ans, tandis qu'un orang-outang de Sumatra tétait encore au moment de sa mort, à l'âge incroyable de 8,8 ans. Les orangs-outangs ont leur premier enfant aux alentours de l'âge de 15 ans et vivraient jusqu'à 50 ans à l'état sauvage.

 

DES TEMPS DIFFICILES

Les dents ont également indiqué des périodes cycliques, aux concentrations de baryum faibles ou élevées correspondant à l'abondance de fruits : lorsque l'on constate une consommation excessive de fruits, les taux de baryum sont plus bas.

D'après Smith, cela laisse à penser qu'en période de pénurie, les jeunes orangs-outangs se reposent à nouveau sur le lait de leur mère pour pouvoir s'en sortir.

« Il est difficile d'estimer la quantité de lait qu'ingèrent les petits à l'état sauvage. Cette nouvelle étude révèle qu'ils en reçoivent encore des quantités conséquentes à cette période », ajoute Knott.

Si les orangs-outans ont une croissance lente, leur environnement instable y est probablement pour quelque chose ; les excédents de nourriture susceptibles d'accélérer leur croissance sont rares. Selon elle, s'ils pouvaient compter sur de plus grandes réserves de nourriture, il est probable que les orangs-outangs n'allaiteraient pas si longtemps.

Smith ajoute que les primates en captivité tendent à s'émanciper plus rapidement que leurs homologues à l'état sauvage, vraisemblablement grâce à leur alimentation stable et nutritive.

 

UN DECLIN CONTINU

Dû à leur très lente reproduction, les orangs-outangs sont particulièrement vulnérables. La déforestation au profit des plantations de palmiers à huile a réduit leur nombre et ils sont désormais au bord de la disparition.

L'île de Bornéo a perdu plus de 50 % de sa population d'orangs-outangs au cours des 60 dernières années, tandis que l'habitat de l'espèce a diminué d'au moins 55 % ces 20 dernières années. Selon WWF, l'île de Sumatra en dénombre un peu moins de 15 000, alors qu'ils étaient 230 000 primates il y a un siècle, soit une chute considérable.

Knott ajoute que l'étude de Smith et de ses collègues rappelle que davantage de recherches doivent être menées sur les mamans orangs-outangs et leurs bébés.

« Afin d'améliorer leur sauvegarde, il nous faut comprendre le lien qui existe entre leur environnement et leur faible taux de croissance et de reproduction », affirme-t-elle.

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