Des éléphants s’approchent dangereusement d’une grande ville chinoise

En Chine, des experts tentent de dévier la trajectoire d’une famille de quinze éléphants, qui s’approche dangereusement d’une ville de huit millions d’habitants.

De Shawn Yuan
Publication 30 juin 2021, 16:30 CEST
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13 juin 2021 : cette photographie aérienne montre une troupe d’éléphants sauvages se reposer aux abords de la ville de Yuxi, dans le sud-ouest de la Chine. Depuis un an, cette troupe de quinze individus s’est éloignée de plus de 482 km de son territoire situé dans une réserve naturelle.

PHOTOGRAPHIE DE Xinhua Xinhua, Redux

Depuis un an, un troupeau de quinze éléphants d’Asie (Elephas maximus) a pris la route pour un voyage sans précédent. Les pachydermes se sont éloignés de plus de 482 km de leur habitat d’origine à Xishuangbanna, une réserve naturelle située dans la province du Yunnan, dans le sud-ouest de la Chine. Ils ont pris la direction du nord, vers une destination inconnue. Leur voyage a retenu l’attention de toute la nation. Personne ne sait pourquoi les éléphants ont entrepris cette migration ni où ils se dirigent. Ils sont en passe d’effectuer la plus longue migration d’éléphants jamais observée en Chine.

Cette famille d’éléphants est composée de six femelles adultes, trois mâles adultes et six éléphanteaux. Désormais, elle erre aux abords de Kunming, où vivent plus de huit millions d’habitants. Ces derniers mois, puisqu’ils se sont rapprochés de la ville, ils ont empiété sur les installations humaines. Ils ont puisé dans les cultures, ont erré dans les rues et sont partis à la recherche de nourriture dans les petites villes. Ils ont même fait effraction dans les cuisines et se sont introduits dans une maison de retraite. Certains ont affirmé les avoir vus saouls après s’être nourris de céréales fermentées. La majorité la troupe est restée groupée mais un mâle a quitté le troupeau principal est se trouve maintenant à près de 25 km des autres.

Alors que les bêtises de ce groupe d’éléphants ont retenu l’attention du public dans tout le pays, les experts font face à un défi de taille. Ils doivent trouver un moyen de minimiser les interactions entre les animaux et la population. Becky Shu Chen, experte des éléphants d’Asie à la société zoologique de Londres, est en étroite collaboration avec l’équipe en première ligne pour surveiller les éléphants. Elle explique que « l’objectif est simple : éviter la confrontation entre les humains et les éléphants ».

Les éléphants, photographiés ici en train de traverser la ville de Yuxi en juin, ont attiré l’attention du pays. Ils ont détruit des cultures, se sont promenés dans des villages et se sont dangereusement rapprochés d’une grande ville.

PHOTOGRAPHIE DE Hu Chao Xinhua, Redux

« Les gens n’ont jamais fait l'expérience de ce genre d’incidents au Yunnan », avertit Mme Shu Chen. Par conséquent, les équipes de terrain élaborent et adaptent leur réponse en temps réel. Les autorités ont déployé des drones pour suivre les éléphants. Leur principale stratégie est d’attirer les animaux vers le sud en utilisant des appâts et des barrières physiques.

Chen Mingyong, professeur à la School of Ecology and Environment de l’université du Yunnan et membre de l’équipe de surveillance, a déclaré à la Télévision centrale de Chine que l’approche des experts consistait en « la prédétermination d’un itinéraire pour les éléphants puis à la dispersion de nourriture riche en goût, du maïs, de l’ananas et des bananes, le long de l’axe. Parallèlement, nous bloquons les routes qui mènent vers la ville, pour ne donner aucun autre choix aux éléphants que de prendre la direction que nous avons sélectionnée », ajoute-t-il.

Fin mai, les appâts ont montré des premiers résultats. Après avoir préparé plus de 4 tonnes de nourriture, l’équipe a réussi à inciter les éléphants à regagner un petit peu le sud. Actuellement, la troupe fait des allers-retours sur les frontières de Yuxi, une ville située au sud de Kunming.

 

LES DANGERS DE CE DÉPLACEMENT

Selon Pan Wenjing, chercheuse pour Greenpeace basée à Pékin et spécialisée dans la conservation des éléphants d’Asie, les appâts ne sont pas une valeur sûre. « Ils doivent se sentir en sécurité donc la nourriture à elle seule ne suffira probablement pas à dévier leur route migratoire. »

En outre, Zhou Jinfeng, secrétaire général de l’ONG pékinoise China Biodiversity Conservation and Green Development Foundation, avertit que ce type de leurre présente des risques. Selon lui, la modération est la clé pour que le piège soit efficace. « Nous ne pouvons pas laisser les éléphants devenir dépendants de la nourriture apportée par les Hommes. »

Chen Mingyong ajoute que le détournement à l’aide de clôtures électriques est une autre tactique en cours d’étude.

Les clôtures électriques sont souvent utilisées lors des conflits migratoires entre les animaux et les humains. Elles servent aussi à éloigner les éléphants des cultures par exemple. Toutefois, « dans ce cas, l’utilisation de clôtures électriques pose de nombreuses difficultés », assure Raman Sukumar, professeur d’écologie à l’Institut indien des sciences et grand spécialiste de l’écologie et du comportement des éléphants d’Asie.

Il explique qu’à mesure que les éléphants se déplacent, les clôtures devront être rapidement démontées puis réinstallées à de nouveaux endroits sur leur itinéraire. Outre cette difficulté, il peut s’avérer compliquer de pousser les éléphants à retourner sur leur lieu de départ et à y rester sans savoir pourquoi ils ont décidé de partir. Ils sont « de nature imprévisible en ce qui concerne les migrations », poursuit M. Sukumar.

Mme Shu Chen, quant à elle, estime que les éléphants se sont trop éloignés pour faire le chemin retour jusqu’à Xishuangbanna, long de plus de 482 km, et ce, même avec de l’aide.

D’autres experts en Chine, dont Zhang Jinshuo, spécialiste à l’Académie chinoise des sciences, ont affirmé aux médias officiels qu’il serait possible de les anesthésier. Ils seraient par la suite transportés vers leur réserve naturelle.

Ce ne serait pas la première fois. En 2019, les autorités du Yunnan ont capturé un éléphant mâle ayant causé d’importants dégâts après sa visite dans plusieurs villages. Ils l’ont sédaté puis rapatrié dans son habitat. Néanmoins, la capture et le transport d’une troupe de quinze éléphants n’ont jamais été tentés en Asie.

En Afrique du Sud, des transferts massifs d’éléphants ont déjà été réalisés. Mais la Chine manque d’expérience et d’infrastructures pour ce type d’opérations. La complexité géographique du Yunnan, une région densément boisée, « rendrait [le transfert] beaucoup plus compliqué qu’en Afrique du Sud, où la plupart des tranquillisations ont été effectuées dans des espaces ouverts ». De plus, une telle opération présenterait des risques immenses, notamment pour les éléphanteaux.

« Ils forment une famille très unie et ils sont vraisemblablement en alerte des dangers potentiels », explique Pan Wenjing. « En administrant un sédatif à un seul éléphant, la troupe tout entière sera sûrement agitée, ce qui engendrerait des conséquences inimaginables. »

 

UNE SOLUTION DURABLE

Mme Shu Chen considère que les solutions actuelles, les appâts et les clôtures, ne sont efficaces qu’à court terme et ne visent qu’à empêcher les conflits entre les animaux et les Hommes. Pour de nombreux experts, la véritable question est de savoir comment élaborer une solution à long terme pour ces pachydermes.

Zhou Jinfeng estime que la meilleure décision serait de créer un nouveau parc national pour les éléphants aux abords de Kunming, où le troupeau vagabonde actuellement. « Il existe de nombreuses réserves naturelles nationales, provinciales et municipales au Yunnan. Nombre d’entre elles ont le potentiel pour devenir l’habitat temporaire [puis] permanent de ces éléphants. »

Il souligne l’importance de mettre en place des couloir de migration pour connecter les quatre réserves d’éléphants déjà existantes au Yunnan. Les animaux pourraient alors migrer facilement et en toute sécurité.

M. Sukumar soutient cette idée. De par son expérience en Inde, il suggère aux autorités d’essayer d’attirer les éléphants dans une zone de retenue où ils trouveraient nourriture et sécurité. Entre-temps, les experts pourraient s’adonner à la recherche d’un nouvel habitat aux alentours. « Si la Chine tient réellement à la conservation des éléphants d’Asie sauvages, [elle] doit trouver un nouveau foyer pour ce troupeau d’éléphants. »

Basé en Chine, Shawn Yuan est journaliste, photographe et explorateur National Geographic. Après avoir réalisé des reportages dans plus de vingt pays, Shawn partage aujourd’hui son temps entre le Moyen-Orient et la Chine. Il s’intéresse particulièrement aux droits de l’Homme et à l’environnement. Il parle mandarin, cantonais, arabe et anglais.

La National Geographic Society, engagée pour mettre en lumière et protéger les merveilles de notre planète, a financé le projet de l’explorateur Shawn Yuan. Pour en apprendre davantage sur le soutien de la Nat Geo Society auprès des explorateurs qui révèlent et protègent les espèces essentielles, cliquez ici.

Cet article a initialement paru sur le site nationalgeographic.com en langue anglaise.

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