Les abeilles aussi souffrent de la chaleur : voici comment les aider
Indispensables à la reproduction de nombreuses plantes, les abeilles souffrent elles aussi des vagues de chaleur. Quelques aménagements simples peuvent faire de votre jardin un véritable havre de fraîcheur pour les pollinisateurs.

Il existe près de 20 000 espèces d'abeilles dans le monde. En France, on en dénombre un millier. Les fortes chaleurs peuvent épuiser les abeilles et les contraindre à rester dans la ruche pour se protéger. Elles puisent alors dans leurs réserves de miel, au risque de manquer de nourriture.
Il existe près de 20 000 espèces d'abeilles dans le monde. En France, on en dénombre un millier. Les fortes chaleurs peuvent épuiser les abeilles et les contraindre à rester dans la ruche pour se protéger. Elles puisent alors dans leurs réserves de miel, au risque de manquer de nourriture.
Les humains ne sont pas les seuls à souffrir des fortes chaleurs estivales. Les abeilles aussi peuvent être mises à rude épreuve lors des épisodes de canicule, avec des conséquences potentiellement graves pour les écosystèmes et l’agriculture.
Des études ont montré que les vagues de chaleur peuvent rendre le pollen dont les abeilles dépendent pour survivre moins nutritif. Elles peuvent également ralentir ces insectes dans leur recherche de nourriture. Combinés, ces effets risquent de compromettre la reproduction des plantes.
S’il est impossible de climatiser tout un jardin, il existe néanmoins plusieurs moyens d’aider les différentes espèces d’abeilles, qu’il s’agisse d'abeilles domestiques, de bourdons, d'osmies ou encore d'halictes, à mieux supporter des étés de plus en plus chauds.
COMMENT LA CHALEUR EXTRÊME AFFECTE LES ABEILLES
Lorsque les températures grimpent, la survie passe avant la pollinisation. Au lieu de butiner de fleur en fleur, de nombreuses abeilles consacrent une part croissante de leur énergie à lutter contre la chaleur.
Dans une ruche d’abeilles domestiques, les ouvrières s’organisent pour étaler de l’eau sur les rayons et accélérer son évaporation en battant des ailes. Les bourdons, eux aussi, refroidissent leur nid grâce aux mouvements rapides de leurs quatre ailes.
Chez les mâles en quête de partenaires, les températures élevées peuvent également détruire les spermatozoïdes et réduire la fertilité. Un phénomène qui n’est pas sans rappeler ce qui peut se produire chez l’être humain après une exposition prolongée à la chaleur d’un sauna ou d’un bain très chaud.
Les abeilles solitaires, qui représentent pourtant la majorité des 20 000 espèces d’abeilles recensées dans le monde, disposent de beaucoup moins de stratégies pour faire face à la chaleur.
« C’est une mère seule qui doit s’occuper de toute sa progéniture », explique Christina Grozinger, entomologiste à l’université Penn State. « Si l’abeille adulte souffre d’un coup de chaleur, elle peut perdre le contrôle de ses muscles et devenir incapable de se déplacer. »
Les connaissances scientifiques restent toutefois limitées. Selon Christina Grozinger, moins de 1 % des espèces d’abeilles ont été étudiées sous l’angle des fortes chaleurs, et la plupart des recherches se sont concentrées sur les effets immédiats, par exemple lorsque les températures deviennent si élevées que les abeilles ne peuvent plus tenir debout.
Après plusieurs heures d’exposition à une chaleur intense, les abeilles adultes finissent par succomber. Quant aux larves, elles sont encore plus vulnérables puisqu’elles ne peuvent pas fuir lorsque leur environnement devient trop chaud.
Mais la chaleur ne fait pas que ralentir les abeilles. Elle crée également un dilemme énergétique.
« Lorsqu’il fait trop chaud, les abeilles ne quittent plus leur nid pour aller chercher de la nourriture », précise Christina Grozinger.
DES CONSÉQUENCES POUR TOUTE LA POLLINISATION
Quand le travail des abeilles est perturbé, c’est tout l’écosystème qui peut en subir les conséquences.
Les abeilles dépendent étroitement des fleurs qui les nourrissent. Or, le réchauffement climatique multiplie les décalages entre les plantes et leurs pollinisateurs. Des hivers et des printemps plus doux peuvent provoquer une floraison précoce ou faire sortir les abeilles de l’hibernation avant que les plantes dont elles dépendent ne soient prêtes.
Même lorsque les cycles restent synchronisés, le stress thermique peut pousser les plantes à produire moins de fleurs ou à offrir moins de nectar et de pollen aux pollinisateurs en quête de nourriture.
« Nous avons besoin de beaucoup plus de données sur la manière dont les différentes espèces d’abeilles réagissent aux fortes chaleurs dans leur environnement naturel », souligne Christina Grozinger. Les chercheurs tentent notamment de savoir si elles modifient leurs horaires de butinage ou choisissent d’autres sites pour établir leur nid.

Au-delà des épisodes extrêmes, la hausse progressive des températures moyennes modifie également les aires de répartition de nombreuses espèces animales et végétales. Certaines migrent vers le nord ou gagnent en altitude pour trouver un peu de fraîcheur. Mais toutes n’en sont pas capables.
« Les études menées sur les bourdons suggèrent qu’ils ne se déplacent ni vers le nord ni vers des zones plus élevées », avertit la chercheuse. Ils pourraient donc se retrouver piégés dans des habitats devenus trop chauds pour eux.
Dans l’ensemble, le changement climatique fait désormais partie des principales menaces qui pèsent sur les abeilles, au même titre que la destruction des habitats ou l’usage des pesticides. Même en dehors des canicules, les variations de précipitations peuvent perturber leur cycle de vie. Les travaux de Christina Grozinger montrent ainsi que les printemps plus pluvieux dans l’est des États-Unis s’accompagnent d’une diminution du nombre d’abeilles actives, probablement parce que les conditions deviennent trop difficiles pour qu’elles puissent sortir se nourrir.
COMMENT AIDER LES ABEILLES À RESTER AU FRAIS
Des recherches ont montré que les microclimats, ces petites variations locales de température et d’humidité, peuvent être bénéfiques aux insectes et atténuer les effets des conditions météorologiques extrêmes. Créer de tels refuges dans un jardin peut donc aider les abeilles à traverser les journées les plus chaudes. Les études montrent notamment que les abeilles et d’autres pollinisateurs privilégient les fleurs situées à l’ombre lorsque les températures augmentent.
« La présence d’arbres et d'arbustes fleuris, de plantes vivaces ou annuelles en fleurs permet aux abeilles et aux autres insectes de trouver les conditions de température les plus favorables pour se nourrir et nicher », explique Christina Grozinger.
La scientifique recommande également de diversifier au maximum les ressources alimentaires.
« Plus la diversité des plantes à fleurs et des habitats est importante, plus les abeilles pourront trouver les ressources dont elles ont besoin. Si vous pouvez travailler avec vos voisins pour planter des arbres, des arbustes et des fleurs qui fleurissent à différentes périodes, avec des couleurs, formes et parfums variés, tout en veillant à leur bon arrosage, vous créerez un véritable refuge pour les abeilles. »
La plupart des abeilles solitaires nichent dans le sol. Veiller à conserver des zones ombragées et fraîches dans le jardin constitue donc un moyen simple de leur offrir un abri lorsque les températures s’envolent.
L’accès à l’eau est également essentiel. Christina Grozinger recommande toutefois d’utiliser des coupelles peu profondes contenant quelques pierres afin que les abeilles puissent s’y poser sans risque de noyade.
Quelle que soit la météo, un jardin riche en végétation, disposant d’eau à proximité et offrant de nombreuses zones ombragées restera toujours un lieu accueillant pour les abeilles.
Darren Incorvaia est un journaliste indépendant basé dans l’Oregon. Il couvre l’actualité des animaux et de l’environnement, avec une passion particulière pour les invertébrés.
Cet article a initialement paru sur le site nationalgeographic.com en langue anglaise.
