Espèces menacées : comment faire prendre conscience de l'urgence ?

Un photographe et un scientifique espèrent que ces photographies d’oiseaux menacés de disparition inciteront les citoyens à s’investir dans leur protection.

De Jonathan Baillie
Photographie De Tim Flach
À gauche : Le bec-en-sabot (Balaeniceps rex) se trouve en Afrique de l'Est, du Sud-Soudan à ...
À gauche : Le bec-en-sabot (Balaeniceps rex) se trouve en Afrique de l'Est, du Sud-Soudan à la Zambie. L'Union internationale pour la conservation de la nature (UICN) l'a listée comme espèce vulnérable, l'une des neuf catégories qu'elle utilise pour décrire le statut de conservation d'une espèce. À droite : L'aigle des Philippines (Pithecophaga jefferyi) - L'AICN affirme que cet aigle est gravement menacé dans son aire de répartition, qui couvre les îles philippines de Leyte, Luzon, Mindanao et Samar.
Photographie de PHOTOGRAPHIÉ À ZOOTAMPA À LOWRY PARK, TAMPA, FLORIDE (À GAUCHE) ET PHILIPPINE EAGLE FOUNDATION, DAVAO VILLE, PHILIPPINES (À DROITE)
Ce sujet figure dans le numéro d’août 2018 du magazine National Geographic.

Le Bec en sabot du Nil est un oiseau pour le moins unique et en voie de disparition. C’est exactement le type d’espèces que cherche à protéger le programme Evolutionarily Distinct and Globally Endangered species (espèces à l’évolution distincte et menacées de disparition en français), ou EDGE of Existence.

En 2007, lorsque j’ai lancé le programme EDGE, mon objectif était de convaincre les citoyens à s’engager dans la protection d’animaux dont ils n’avaient jamais entendu parler.

Dans l’idéal, j’aurais frappé à la porte de la principale agence marketing spécialisée dans la vie sauvage et je leur aurais demandé comment faire pour que les gens soient émus par ces créatures étranges et merveilleuses au point de vouloir les protéger. Mais une telle agence n’existe pas et l’art et la science capables de rendre cela possible n’en sont qu’à leurs débuts.

Tim Flach a photographié les oiseaux qui figurent dans cet article. Tous ces clichés ont été repris dans son livre intitulé Endangered, (En voie d’extinction en français) auquel j’ai contribué. Tim Falch a un don unique pour saisir l’essence d’un animal et apprécie les créatures inhabituelles et peu connues. Ce livre, nous l’avons vu comme une excellente occasion de découvrir quelles images d’espèces et d’habitats naturels provoquent une réponse émotive.

À gauche : L'ara militaire (Ara militaris) - L'UICN estime que l'ara militaire est une espèce vulnérable. Son aire de répartition s'étend du Mexique à l'Argentine. Cet oiseau captif a été photographié dans une collection privée. À droite : Pigeon voyageur (Ectopistes migratorius) - Cet oiseau nord-américain a été chassé jusqu'à l'extinction ; le dernier est mort en 1914. Ce spécimen fait partie de la collection de l'expert en extinction Errol Fuller.

Les gens s’inquiètent-ils plus pour les espèces les plus grandes ? Ou les plus colorées ? Ou encore celles qui partagent des traits physiques avec les bébés, comme de grands yeux ? Quels clichés suscitent le plus de réactions : les oiseaux pris en photo dans leur habitat naturel ou alors en portrait ? Des émotions ou des comportements similaires, comme des gestes maternels, la peur ou la vulnérabilité, résultent-ils en un spectateur plus enclin à tisser des liens avec l’animal ?

Les photographies de Tim Flach ont aidé à ouvrir le débat. National Geographic, par le biais de son programme de bourses Making the Case for Nature (Défendons la nature en français), invite les spécialistes à proposer des idées qui permettront de mieux connecter les Hommes au monde naturel. C’est essentiel, car notre futur en dépend.

 

Jonathan Baillie est scientifique et vice-président exécutif en chef pour la science et l’exploration au sein de la National Geographic Society.
Cet article a initialement été publié sur le site nationalgeographic.com en langue anglaise.
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