Et si les abeilles venaient à disparaître ?

Au cours des dernières années, la durée de vie des abeilles a diminué de moitié.

De Catherine Zuckerman
Ce reportage figure dans le numéro d'octobre 2017 du magazine National Geographic.

Chez les abeilles domestiques, une abeille reine est censée vivre entre deux et trois ans, si tout va bien dans le meilleur des mondes. Mais au cours de la dernière décennie, les apiculteurs ont constaté la réduction de plus de moitié de cette durée de vie et les chercheurs tentent d'en déterminer les raisons. C'est là l'une des nombreuses questions relatives à la mystérieuse mortalité des abeilles, un phénomène inquiétant causés par plusieurs facteurs qui vont des parasites aux pesticides, en passant par la destruction de leur habitat.

Au-delà du délicieux édulcorant naturel qu'elles produisent, les abeilles domestiques rendent un service essentiel à l'agriculture : la pollinisation. Des pommes aux amandes, de nombreuses cultures pâtiraient de la disparition des abeilles. Selon David Tarpy, entomologiste à l'université d'État de la Caroline du Nord, si 90 % des apiculteurs des États-Unis sont des amateurs, la majorité des ruches appartiennent, elles, à des exploitations commerciales à grande échelle.

De manière générale, le déclin des colonies pourrait avoir des conséquences dévastatrices sur la production de nourriture. Les scientifiques sont donc à la recherche d'alternatives. La plupart des abeilles domestiques que l'on trouve aujourd'hui aux États-Unis sont d'origine italienne et sont vulnérables à un insecte nuisible, l'acarien varroa. Cependant, les abeilles russes y sont plus résistantes et les résultats des apiculteurs amateurs avec celles-ci sont extrêmement prometteurs. D'après l'entomologiste, le problème de ces abeilles domestiques russes est qu'elles produisent moins de miel que leurs homologues italiennes et qu'elles « ne présentent pas une nature aussi favorable aux migrations » nécessaire à la pollinisation de grandes exploitations agricoles.

Selon Sam Droege, biologiste spécialiste de la faune auprès de l'agence U.S. Geological Survey, une autre option consisterait à accueillir les milliers d'espèces d'abeilles sauvages d'Amérique du Nord : excellentes pollinisatrices, elles piquent rarement et ne sont généralement pas plus grandes qu'un grain de riz. Pour de nombreuses personnes, le principal inconvénient est qu'aucune espèce d'abeille sauvage ne produit du miel. « Nous pouvons toujours importer du miel d'autres pays », tempère le biologiste.

En France, les abeilles accusent des pertes de 25 à 30 % chaque hiver. Sur notre territoire, il y a surabondance [de nourriture] au moment de la floraison massive de colza et de tournesol, respectivement en avril et en juillet. Mais après viennent les mois de “creux”. Durant cette période, les fleurs des arbres et la flore sauvage sont les seules sources de nourriture. Les butineuses favorisent alors les adventices telles que le coquelicot. Mais cette biodiversité se raréfie, notamment parce que les agriculteurs cherchent souvent à se débarrasser de ces « mauvaises herbes ».

Touchées par la disette, les abeilles subissent une réaction en chaîne. Si le pollen manque, le couvain (les oeufs, larves et nymphes qui, adultes, deviennent ouvrières) se réduit, entraînant une diminution du nombre de butineuses, puis du miel… qui sert de réserve de nourriture en hiver. La faim serait donc une cause supplémentaire de la diminution des effectifs dans les ruches.Reste à savoir à quel point.

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